Je me sens toujours coupable!

Je me sens toujours coupable!

Par Jacqueline Simoneau

Crédit photo: iStockphoto.com

Je me sens coupable d’être plus à l’aise financièrement que les autres membres de sa famille. 

«On peut se sentir malheureuse de cette situation, mais certainement pas coupable, dit Louise Descoteaux. Pour s’en convaincre, on se remémore tout le chemin parcouru, on reconnaît les efforts qu’on a faits pour y arriver.» «On s’interdit parfois d’être heureux, poursuit Marc Therrien. Dans l’optique religieuse, l’argent était mal vu. Cette éducation fait en sorte qu’on a du mal à jouir de la vie ou à ressentir du plaisir à posséder de l’argent.»

Et rien ne nous empêche de gâter ceux qu’on aime, de leur donner un petit coup de main financièrement, à condition toutefois de le faire dans le respect, en évitant d’inférioriser les autres ou de laisser sous-entendre qu’ils ont une dette morale envers nous.

Par contre, il faut refuser de se laisser culpabiliser par des reproches du genre: «On sait bien, toi, tu as de l’argent!» Rivalité et compétition font partie de la nature humaine, hélas. Nos proches refusent notre aide? On peut toujours donner un peu de notre argent à une oeuvre de charité ou à des gens dans le besoin, en évitant de faire une démonstration ostentatoire de sa richesse. Après tout, le bonheur ne se mesure pas à l’aisance financière.

Je me sens coupable d’avoir trahi le secret d’une amie.

Normal, vous l’avez cherché! Et vous risquez maintenant de perdre son amitié.

Pourquoi avez-vous agi ainsi? Seriez-vous en compétition avec votre amie? Y aurait-il un conflit non réglé entre elle et vous? Auriez-vous gardé inconsciemment une rancoeur envers elle? Avez-vous besoin d’être en vedette au point d’annoncer une nouvelle sensationnelle quitte à trahir une amie?

Le sentiment de culpabilité est bénéfique lorsqu’il nous aide à nous améliorer.

Je me sens coupable d’avoir placé ma mère dans un centre pour personnes âgées.

On entend dire de plus en plus souvent que les enfants se déresponsabilisent par rapport à leurs parents. Difficile dans un tel contexte de ne pas se sentir coupable quand on doit placer un parent. «Souvent les gens n’ont pas le choix, dit Marc Therrien. Ils n’ont pas la santé ou le temps nécessaire pour prendre soin de leurs parents. Dans ce cas, il n’y a pas lieu de se sentir coupable, même si la décision est difficile.»

Cela dit, on peut réfléchir à la relation que l’on a avec ses parents. Est-ce qu’il y aurait des conflits non réglés, de l’hostilité qui font qu’on est bien heureux de ne pas avoir le temps de s’occuper d’eux? Si c’était quelqu’un d’autre que notre père ou notre mère qui avait besoin de nous, trouverait-on le temps nécessaire? «Si on continue de se sentir coupable alors qu’on sait bien qu’on n’avait pas le choix de placer son père ou sa mère, il faut alors faire un travail sur soi-même, rappelle Claire Leduc.

Certaines personnes – les hypersensibles et les perfectionnistes, entre autres – voudraient être parfaites. C’est utopique. Il faut arriver à pouvoir se dire: “J’ai fait mon possible et, dans les circonstances, ils sont mieux dans une institution.” On les visite régulièrement. On s’assure qu’ils sont bien. Mais on ne peut changer la réalité.»

Je me sens coupable chaque fois que je passe la douane. Je n’ai pourtant rien à me reprocher.

«Les lois existent pour que tout tourne rondement dans la société. Il est normal de se sentir coupable quand on ne les respecte pas, explique Louise Descoteaux. Mais ce système est tellement efficace qu’on a peur, même si on n’a rien fait, d’être trouvé responsable de quelque chose.

Le malaise vient du fait que les douaniers sont en position d’autorité. Ils ont le pouvoir de nous fouiller, de nous retarder, de nous parler sèchement.» La peur des douaniers dépend aussi de la relation qu’on a eue dans l’enfance avec l’autorité. «Si, quand on était enfant, la moindre petite faute prenait une importance démesurée, il est fort possible qu’une fois adulte on se sente mal à l’aise chaque fois qu’on se trouve en présence d’une personne en position d’autorité, rappelle Marc Therrien.

Même quand on n’est pas en faute, on peut craindre que la personne en position d’autorité en détecte une. Seul un travail sur soi peut modifier cette perception.»

Je me suis mise en colère contre mon amie et je m’en veux!

Votre meilleure amie vous avait promis de vous accompagner à une conférence. Mais elle ne s’est pas présentée. En colère, vous l’avez engueulée vertement. Et maintenant, vous vous sentez terriblement coupable. Cette amie vous a profondément déçue et blessée. Soit. Mais faire en sorte qu’elle se sente coupable ne mène à rien. «On a tort de penser que les amis doivent être parfaits, observe la psychologue Louise Descoteaux. Il faut être capable de se dire: “Mes amis ne sont pas parfaits. Ce sont des êtres humains et, à ce titre, ils peuvent parfois faire des coups bas. Tout comme il peut m’arriver de faire ou de dire des bêtises. ”En se donnant ainsi le droit à l’erreur et en acceptant que les autres puissent aussi en faire, on crée un climat d’ouverture et de tolérance. Et si le fait de s’excuser enlève un poids sur les épaules, pardonner à l’autre procure aussi un bien immense.›› 

Le sentiment de culpabilité peut aussi cacher une peur de l’abandon. «Si on pense qu’on a été trop loin, on peut craindre que notre amie ne nous aime plus et ne veuille plus nous revoir, dit le psychologue Marc Therrien. C’est l’éternel trio angoisse-agressivité-culpabilité. 

Pour ne pas tomber dans ce piège, il faut apprendre à s’affirmer et à exprimer ses besoins et ses déceptions sans accuser l’autre. Il faut aussi prendre le temps de l’écouter. L’amie en question avait peut-être une bonne raison de ne pas être au rendez-vous.» Bref, rien de tel qu’une bonne explication pour désamorcer les tensions! 

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