Rivalité entre grands-parents: réagissons!

Rivalité entre grands-parents: réagissons!

Par Suzanne Décarie

Crédit photo: iStockphoto.com

Vous vous souvenez de cette publicité où un grand-père rendait visite à sa fille qui venait d’accoucher en apportant un ourson pour le petit? Puis l’autre grand-père arrivait avec un plus gros toutou. Et voilà le premier de retour avec une peluche encore plus grosse, suivi du second grand-père avec une plus énorme encore… Cette escalade d’amour peut faire sourire, mais elle mise sur ce désir que nous avons d’être unique pour nos petits-enfants. Et elle en dit long sur la rivalité qui peut exister entre grands-parents.

Selon un sondage mené en Europe, 17% des grands-parents interrogés croient que les autres grands-parents ont un meilleur contact avec les petits-enfants, et 60% en souffrent, les mamies davantage que les papis. C’est probablement aussi vrai ici.

Pourquoi certains grands-parents ont-ils un lien plus étroit avec leurs petits-enfants? Parce qu’ils vivent plus près, parce qu’ils ont un meilleur contact avec leurs propres enfants, parce qu’ils sont en meilleure santé, parce qu’ils sont plus disponibles ou plus à l’aise financièrement, ou simplement parce qu’ils sont les grands-parents maternels…

«Si la relation est bonne entre la nouvelle maman et sa mère, elle sera portée à s’y référer plus souvent qu’à sa belle-mère», souligne Francine Ferland, professeure au programme d’ergothérapie de l’Université de Montréal et auteure de Grands-parents aujourd’hui, plaisirs et pièges (Éditions de l’Hôpital Sainte-Justine, 2003). Et les grands-parents verront leur petit plus fréquemment. Les autres grands-parents ont le choix entre les envier ou tenter de jouer leur rôle à leur façon.

Jaloux? Normal…
Qu’il peut être cruel, pendant une fête de famille, de voir son petit-fils ou sa petite-fille se précipiter dans les bras de son «autre» grand-parent! Tout attendrissant soit-il, ce geste peut fendre le cœur et faire prendre conscience que, oui, on est jaloux de ce papi qui suscite tant de joie. Ce sentiment est normal, mais on doit apprendre à le gérer.

Le fait d’avoir peu de contacts avec ses petits-enfants entraîne parfois une impression de manque, un sentiment d’être coupé de sa lignée. On y réagit en développant de la jalousie, en se sentant en rivalité, ce qui peut se traduire, comme dans la pub, par une course aux cadeaux, par une opération de séduction des petits ou de culpabilisation des grands, et parfois même par une sorte de chantage émotif.

«Une grand-mère me racontait que son petit-fils de 8 ans lui avait un jour révélé que son autre grand-mère l’aimait beaucoup plus qu’elle, rapporte Francine Ferland. Elle lui a demandé ce qui lui faisait croire ça. “Elle me l’a dit”, a-t-il répondu. Blessée par ce chantage émotif, la grand-mère lui a simplement rappelé qu’il avait une grosse place dans son coeur…» Autant de mesquinerie ne donne rien qui vaille. Comme il ne sert à rien de comptabiliser le temps octroyé aux autres grands-parents, si ce n’est qu’à alimenter sa rancoeur.

Renforcer le lien avec les petits-enfants

Renforcer le lien avec les petits-enfants

On peut être tenté de s’attacher ses petits-enfants en les couvrant de présents. Mais «vouloir posséder les personnes qu’on aime risque d’empoisonner les relations», soutient madame Ferland. Il vaut mieux s’interroger sur ce que l’on a envie de vivre avec eux, se situer par rapport à soi-même et chercher le contact privilégié que l’on veut et que l’on peut établir. Et ce n’est pas parce que l’on habite au loin que l’on ne peut être présent dans la vie des petits.

Téléphone, courrier et courriel permettent de maintenir le contact. «On peut, par exemple, faire un DVD nous montrant à l’œuvre au jardin et dans lequel on explique au petit que lorsqu’il viendra nous voir, on cueillera des tomates ensemble», suggère Francine Ferland. On peut aussi l’abonner à un magazine qu’il recevra chaque mois. Autant de gestes qui témoignent de notre intérêt et nouent des liens dans le quotidien de l’enfant.

Du temps de qualité

L’enfant, même petit, apprécie le fait qu’on lui accorde de l’attention et du temps davantage que les cadeaux qui le ravissent certes, mais de façon bien éphémère. Même si l’on garde ses petits-enfants plus rarement que ses autres grands-parents, on peut créer un lien très riche en partageant avec eux des activités qui leur font plaisir et dont ils se souviendront. Qu’est-ce qu’on peut faire ensemble qui les rendrait heureux? «Il peut s’agir de choses aussi simples que d’observer les fourmis, d’aller à la pêche, de cueillir des fraises et d’en faire des muffins…», remarque Francine Ferland.

Ce n’est pas la quantité de temps passé ensemble qui est importante, mais la qualité… Faites confiance aux petits, si vous êtes attentif et chaleureux, cela les marquera! Il est étonnant d’entendre ce que les enfants adultes retiennent de leurs grands-parents… Si leurs rencontres étaient réussies, si la tendresse était au rendez-vous, ils se souviennent d’eux avec une douceur particulières…

Mise à jour: août 2008

Un lien unique

Un lien unique

Il y aura une grand-maman bonbon, une grand-maman jardin, un grand-papa vélo, un grand-papa marteau… Des grands-parents que l’on fréquente et qui font partie de la vie et du plaisir de tous les jours, d’autres qui semblent réservés aux petits bonheurs et aux grandes occasions.

Chacun enrichit l’enfant. «Tous les spécialistes de l’enfance le disent: la multiplication des figures d’autorité est bénéfique pour la formation psychique des plus jeunes. Des enfants confrontés à plusieurs types de fonctionnement ont toutes les chances d’être mieux armés pour la vie et plus ouverts aux autres», écrit Stéphanie Noblet sur www.psychologies.com

Avec les divorces des parents et des grands-parents, et les familles recomposées, on s’y perd parfois dans la multiplication des papis, des mamies et des petits-enfants! Tous les grands-parents ne réagissent pas de la même façon à l’arrivée de petits-enfants «rapportés», fils et filles des nouveaux conjoints dans la famille. Certains les intègrent spontanément, d’autres ont plus de mal à les accepter.

C’est vrai aussi du côté des petits qui peuvent hésiter à engager une relation agréable avec des gens qui ne sont ni leur grand-mère ni leur grand-père. Ils doivent sentir que ces grands-parents-là viennent s’ajouter, et non remplacer leurs propres grands-parents. En accueillant ces petits, en les aimant et en s’y intéressant, on témoigne à nos propres enfants que l’on respecte leur choix de vie, malgré les deuils que cela nous fait vivre.

Les grands-parents biologiques peuvent se sentir menacés par ces nouveaux visages dans la vie de leurs petits, mais ils doivent faire confiance au lien du sang qui les relie. Et se rappeler qu’ils sont uniques dans la vie de leurs petits-enfants.

Pas de plainte!

Vous vous sentez en rivalité? Vous avez l’impression d’être lésé? Parlez-en avec votre fils ou votre fille, et si vous vous sentez à l’aise, avec votre belle-fille. Mais parlez de vous en évitant la comparaison avec les autres grands-parents. Dites que les petits vous manquent, que vous aimeriez les voir davantage, que vous souhaiteriez être plus proche, et offrez de venir les garder ou de les accueillir chez vous.

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