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5 questions sur la retraite: comment préparer cette étape

5 questions sur la retraite: comment préparer cette étape

Par Daniel Germain et Jean-François Parent

Crédit photo: iStockphoto.com

Chaque fois qu’un client anxieux se présente à son bureau de la Place Ville Marie, Brigitte Felx ressort son précieux graphique qui démontre l’ascension opiniâtre des cours boursiers, malgré les multiples corrections, récessions, chocs et krachs. «Mes clients sont inquiets, car ils n’ont qu’une vague idée de leurs projets de retraite, des moyens dont ils disposent pour les réaliser, et de ce que cela va leur coûter. Le seul fait de clarifier ces aspects réduit leur stress», explique la planificatrice de RBC Banque Royale.

Toutefois, les gens qui s’apprêtent à quitter le marché du travail et qui ont encaissé une baisse de 10, 20 ou 30% de leur portefeuille pourraient bien manquer la reprise. Ils se demandent s’ils auront assez d’argent pour assurer leurs vieux jours. Ils s’inquiètent de leurs placements, mais aussi de leur régime de retraite. Dans les circonstances, faut-il modifier sa stratégie de placement? Revoir ses projets? Réduire ses dépenses? Repousser le moment de la retraite?

1. Quelles sont mes sources de revenu à la retraite?

Bonne nouvelle: vous aurez d’autres sources de revenu que votre épargne pour vivre quand vous serez à la retraite. Les retraités québécois ont droit à la pension de la Sécurité de la vieillesse (SV) du gouvernement fédéral (à partir de 65 ans) et à la rente de retraite du Régime de rentes du Québec (RRQ, disponible à partir de 60 ans). Les personnes à faibles revenus ont aussi droit au Supplément de revenu garanti (SRG), versé dans le cadre d’un programme fédéral.

La mauvaise nouvelle, c’est que ces revenus sont insuffisants. Par exemple, un célibataire de 65 ans qui touchait un salaire moyen de 50 000$ aurait reçu en 2008 près de 19 000$ des régimes publics s’il n’avait eu aucune autre source de revenu. Avant impôt, ce montant équivaut à 38% du revenu moyen durant la vie active.

Vous faites peut-être partie des 42% des travailleurs québécois qui participent à un régime complémentaire de retraite (RCR), le fameux «fonds de pension» d’un employeur. L’argent accumulé dans un tel régime donne droit à une rente dont le montant varie selon les conditions du régime. Les autres devront compter sur leur REER ou sur un REER collectif comme appoint à leurs revenus de retraite.

Pour obtenir une estimation de vos revenus de retraite, la Régie des rentes du Québec offre sur son site un outil qui vous permettra de connaître vos sources de revenus à la retraite.

Aurai-je assez d’argent à la retraite?

2. Aurai-je assez d’argent à la retraite?

C’est la première question que les gens se posent mais ils sont bien peu à avoir pris le temps de définir leurs projets de retraite de manière réaliste et d’en évaluer le coût.

Il existe plusieurs courants de pensée en planification financière. Dany Provost, actuaire, estime que les gens ont tendance à se fixer des objectifs élevés sans évaluer leurs besoins réels. Cet auteur, qui est également consultant en régimes de retraite et en planification financière, a développé une approche originale de la retraite. Selon lui, il faut planifier cette étape de manière à maintenir le niveau de vie qu’on aura atteint durant notre vie active.

Hélène Gagné, planificateur financier et gestionnaire de portefeuille chez PWL Capital, croit qu’on sous-estime souvent le coût de la retraite. «On a alors beaucoup de moments libres; on voudra donc jouer au golf, voyager. Et lorsqu’on se retrouve en perte d’autonomie, on doit payer les médicaments et les soins de santé», dit-elle.

Les deux planificateurs financiers sont d’avis qu’une personne ne doit pas se fier à la règle des 70%, selon laquelle une personne à la retraite a besoin de l’équivalent de 70% de ses revenus d’emploi. «Pour connaître vos besoins financiers, vous n’avez pas le choix: vous devez définir clairement vos projets de retraite et faire un budget», souligne Hélène Gagné.

Quand vous aurez terminé cet exercice, vous devrez comparer vos besoins à vos revenus. Pour connaître le montant d’épargne nécessaire, sachez qu’il vous faudra de 300 000 à 350 000$ pour tirer de vos placements un revenu net de 10 000$ (en dollars d’aujourd’hui) par an, et ce, pendant 25 ans. Ce chiffre est calculé en émettant l’hypothèse que le rendement obtenu sera supérieur au taux d’inflation de 2% et que le capital sera épuisé au bout de 25 ans. Notez que toute baisse de rendement de 1% exige de 10 à 15% de capital de plus, et vice versa.

Pour nombre de retraités, cette épargne, combinée aux revenus provenant des régimes de retraite publics et privés, suffira, alors que d’autres devront épargner davantage.

L’organisme Question Retraite et l’Autorité des marchés financiers mettent à votre disposition un calculateur simple et rapide à remplir pour évaluer vos besoins en matière d’épargne.

Vous trouverez sur le site de la RRQ, sous l’onglet SimulRetraite, une feuille à télécharger pour vous aider à établir un budget adapté à votre situation actuelle et un autre correspondant à votre réalité lorsque vous serez à la retraite.

Dois-je modifier ma stratégie de placement?

3. Dois-je modifier ma stratégie de placement?

Au moment de prendre sa retraite, on doit répartir son épargne dans trois paniers, conseille Gaétan Veillette. «Dans le premier panier, il faut mettre l’équivalent de deux années de revenus dans des placements sûrs, pour les besoins à court terme. Dans le second, on met les provisions dont on aura besoin au bout de trois à cinq ans. Ce montant peut être placé dans des actions privilégiées et dans des titres valeurs. Et dans le troisième, les placements à long terme investis à la Bourse», explique le planificateur financier du Groupe Investors. C’est là une autre façon de concevoir la répartition d’actifs.

Les gens dont le premier panier était bien garni ont moins souffert de la chute des cours boursiers. «Ces liquidités leur donnent plus de temps pour profiter d’un rebond des marchés», dit Hélène Bronsard, planificatrice financière et vice-présidente de Raymond Chabot Gestion privée. Les plus touchés sont ceux qui devront vendre des titres (actions, parts de fonds commun) à perte pour faire face au coût de la vie.

Quelle que soit leur exposition au marché boursier, beaucoup d’investisseurs ressentent une forte envie de se réfugier dans des placements financiers sûrs. Mais selon Hélène Gagné, trois risques guettent notre capital de retraite: les marchés financiers, l’inflation et la longévité. «On peut éliminer le premier en optant pour des placements garantis, dit-elle. Mais on sera alors plus exposé aux deux autres risques, qui sont plus sournois.» En vous réfugiant dans des titres sûrs, vous cristalliserez vos pertes, et vos nouveaux placements ne vous offriront pas des rendements qui vous assureront un revenu suffisant à la retraite.

Les conseillers financiers suggèrent donc de procéder à un rééquilibrage de votre portefeuille. C’est le moment de redonner à votre portefeuille la répartition d’actifs que vous aviez déterminée avant la tempête boursière.

Qu’adviendra-t-il de mon «fonds de pension»?

4. Qu’adviendra-t-il de mon «fonds de pension»?

La majorité des Québécois n’ont pas de régimes complémentaires de retraite. Il y a les travailleurs qui contribuent à un régime à cotisation déterminée (CD) et ceux, de plus en plus rares, qui disposent d’un régime à prestations déterminées (PD). La différence entre les deux est simple, mais de taille. Dans le premier, le montant de la rente n’est connu qu’au moment de la retraite, et il est déterminé en fonction du rendement du régime. Dans le second, le montant de la rente est connu d’avance, établi en fonction des années de service, quel que soit le rendement.

Les gens qui encaisseront leur régime CD pour toucher un revenu de retraite dans l’année qui suit doivent prévoir une baisse de leur rente équivalente à la baisse de la valeur du régime. «Ceux qui s’apprêtent à utiliser leur régime doivent tenir compte de la baisse dans leurs calculs de revenu de retraite», dit Jean-François Magloire, directeur, Gestion personnalisée, Banque Nationale.

On peut atténuer l’impact de cette baisse de valeur en reportant l’utilisation du régime dans l’espoir que le marché boursier regagne du terrain. Il faut savoir que lorsque vous serez prêt à décaisser, c’est-à-dire à transformer les fonds du régime en revenu régulier, deux options s’offriront à vous: transférer l’argent accumulé vers un fonds de revenu viager (FRV) ou acheter une rente viagère d’une compagnie d’assurance. On peut également décider de ne pas toucher à l’argent de son régime de retraite en le transférant vers un compte de retraite immobilisé (CRI). Si on ne peut pas reporter le moment du décaissement, mieux vaut opter pour le fonds de revenu viager. Dans un FRV, l’argent reste investi. On peut donc espérer recouvrer une partie des gains perdus, ce qui n’est pas le cas quand on achète une rente viagère.

«Il est également possible de n’utiliser que la portion sûre du portefeuille (obligations, CPG, parts de fonds du marché monétaire) pour en tirer un revenu, et de laisser le reste croître dans un CRI en attendant la reprise», explique Richard La Ferrière, chef de la planification financière pour le Québec chez TD Waterhouse. L’argent accumulé dans le CRI peut ensuite être transféré vers un fonds de revenu viager ou servir à acheter une rente viagère.

Devrais-retarder ma retraite?

5. Devrais-retarder ma retraite?

L’âge auquel on se retire a un impact déterminant sur notre bas de laine. Plus on retarde la retraite, plus notre capital sera important. C’est mathématique. Durant les années de travail supplémentaires, on continue à économiser. Et c’est autant d’années au cours desquelles on ne pige pas dans ses économies. Cela vaut pour la plupart des sources de revenu de retraite dont la Régie des rentes du Québec, le régime complémentaire de retraite et le REER.

En 2008, par exemple, une personne qui commençait à encaisser sa rente de la RRQ à 60 ans avait droit à une rente mensuelle maximum de 7 430$ par année. Celui qui attendait l’âge de 65 ans avait droit, toujours en 2008, à une rente de 10 615$ par an.

Bien des gens, professionnels comme employés de bureau, devront envisager cette option. «Un sondage de notre clientèle révèle que 65% des personnes estiment devoir retarder leur retraite d’environ 6 ans», dit Jean-Rémy Deschênes, responsable Affaires, vice-présidence Gestion des avoirs chez Desjardins. Autres options: la retraite progressive ou le travail à temps partiel.

«Entre 60 et 65 ans, nos revenus sont à leur niveau le plus élevé, l’hypothèque est payée et les enfants sont partis. C’est le moment de maximiser nos contributions au REER, mais aussi d’engranger des économies hors REER», explique Hélène Gagné, qui milite pour le report de l’âge normal de la retraite à 67 ans. Sans compter que d’ici cinq ans, nos actions auront eu le temps de reprendre du poil de la bête.

Quelques définitions

CRI
Le compte de retraite immobilisé est ouvert dans une institution financière et sert à recevoir l’argent accumulé dans un régime complémentaire de retraite. On peut utiliser l’argent de ce compte pour acheter une rente viagère ou le transférer vers un fonds de revenu viager.
FRV
Le fonds de revenu viager est un outil de décaissement. On y transfère l’argent qui vient de son régime complémentaire de retraite ou d’un compte de retraite immobilisé. Le FRV doit procurer un revenu pour la vie. Il y a un montant minimum à retirer et on ne peut dépasser un montant maximum, déterminé à partir du solde du compte au 1er janvier.
FERR
Le Fonds enregistré des revenus de retraite est un outil de décaissement du REER. Ce dernier doit être converti en FERR au plus tard au 31 décembre de nos 71 ans. Comme pour le FRV, un montant minimum doit être retiré du FERR chaque année.
RENTE VIAGÈRE
La rente viagère est un autre outil de décaissement. Achetée auprès d’une compagnie d’assurance, la rente est payable à une personne sa vie durant.

Mise à jour: septembre 2009

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