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Refaire sa vie

Refaire sa vie

Par Patricia Gougeon

Crédit photo: iStockphoto.com

Qu’elle survienne après une séparation ou un décès, disons-le tout de go, il n’existe aucune recette miracle pour que tout se passe bien au sein d’une famille reconstituée. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est que chacun vit la situation à sa façon et qu’il est important de le respecter…

Plusieurs éprouvent également des craintes lorsqu’il est question de refaire leur vie. Ils craignent la réaction de leurs proches, le regard des autres, ils ont peur de comparer le conjoint actuel avec le conjoint perdu, peur de ne pas aimer autant. Selon la psychologue Josée Jacques, la clé est de laisser le passé derrière soi. Il ne faut pas tenter de le recréer. Rien ne sera pareil avec une autre personne et il est normal d’aimer différemment.

On doit franchir plusieurs étapes avant de refaire sa vie avec une nouvelle personne. Dans le cas d’une séparation, vous aurez sans doute à revoir votre ex si vous avez eu des enfants avec lui. Alors que lors d’un décès, vous n’aurez pas à vivre avec les conflits et les blessures engendrées par la séparation. Il vous faudra faire votre deuil toutefois. Et pour les enfants, ce n’est pas parce qu’ils sont adultes que ce sera plus facile. «L’adulte n’aura pas à vivre l’insécurité lors d’une séparation, comme la garde partagée; il vit sa vie de son côté. Pour un décès, les enfants qui n’auront pas fait leur deuil auront beaucoup de difficulté à accepter un nouveau conjoint. Il y a aussi des craintes matérielles pour certains, la peur de voir l’héritage dilapider, par exemple. Les enfants n’étaient pas présents lorsque leurs parents ont commencé à se fréquenter. Ils n’ont pas été témoins de la magie du début, chose à laquelle ils assisteront avec le nouveau conjoint. Ça peut être difficile», explique Josée Jacques.

La réaction de l’entourage

La réaction de l’entourage

Florence Daneau a été mariée 37 ans. Un an après le décès de son mari, mort des suites d’un cancer des poumons, elle s’est remariée. «Je ne pensais pas me remarier. Quand on a appris que mon mari avait le cancer, je ne voulais pas entendre parler de la mort. Je ne voulais pas le perdre. On avait un couple d’amis dont la femme est décédée un mois avant lui. C’est avec le veuf que je me suis remariée...»

Ils ont vécu leur peine ensemble et au fil du temps et des fréquentations, leur relation a alors pris un autre tournant. «J’ai été heureuse avec lui, mais après trois ans, on lui a diagnostiqué l’Alzheimer. Je m’en suis occupée jusqu’au bout, même s’il a fallu le placer en institution. J’ai été 11 ans avec lui. Je l’ai aimé, mais pas de la même façon. Ce n’était pas le père de mes enfants. Il ne l’a pas remplacé, c’était autre chose avec lui.» Mme Daneau a eu la chance que tout se passe bien et les enfants ont rapidement accepté les nouveaux conjoints de part et d’autre.

Thérèse Boisvert a aussi eu cette chance, mais pas avec tout le monde, toutefois. À 41 ans, elle s’est retrouvée veuve avec une fille de 15 ans à charge, son mari étant mort subitement d’une crise cardiaque. Elle a vécu une dépression et a connu des difficultés à s’en sortir. Elle a dû consulter une psychologue, un groupe de soutien et a beaucoup lu sur le deuil. Chose certaine, elle ne pensait pas recroiser l’amour, mais la vie en a décidé autrement. Elle a finalement refait sa vie avec Michel, le meilleur ami de son défunt mari…

Au fil du temps, son amitié pour Michel s’est donc transformée en amour. Sa fille l’a tout de suite accepté, les enfants de son conjoint aussi au début. Après le décès de leur grand-mère paternelle, ils ont toutefois rompu les liens. Mme Boisvert ressentait les mêmes peurs que les autres femmes qui refont leur vie, mais elle craignait beaucoup la réaction de ses beaux-parents. Elle souhaitait garder contact avec eux, même si leur fils était décédé, car ils demeuraient les grands-parents de sa fille. «Au début, ils ont été surpris, mais ils l’ont bien accepté. J’ai la chance d’avoir des beaux-parents extraordinaires et ouverts d’esprit. Par contre, mon beau-frère a coupé les ponts. Cela m’a peinée et a attristé ma fille, puisqu’elle n’a qu’une cousine, sa fille à lui.»

Josée Jacques insiste: il faut que chacun fasse son deuil avant d’accepter un nouveau venu dans la famille. Il faut aussi arrêter de croire au noyau familial parfait… Il se peut qu’un des enfants accepte mal l’arrivée d’un nouveau conjoint. Il n’est pas forcé de l’aimer. «Quand on tente de forcer les choses, ça ne marche pas. Il faut respecter le rythme de chacun. On ne vit pas les choses au même rythme. Il se peut aussi qu’il n’y ait jamais de bonne entente avec le nouveau compagnon. C’est correct également. Mais le parent n’a pas à laisser de côté ses enfants, il peut les voir sans son nouveau partenaire. La relation parent-enfant n’est pas brisée, c’est la relation conjoint-enfant qui ne marche pas.»

Chacun vit la situation différemment

Ne pas prendre la place de l’autre

Une des clés de la réussite des familles reconstituées réside dans le rôle des nouveaux conjoints. Personne ne doit essayer de prendre la place laissée vacante par l’autre conjoint!

Liette Picottin a vécu 14 ans avec son mari, une union de laquelle sont nés une fille et un garçon. Lorsqu’elle a refait sa vie, jamais son nouveau conjoint n’a pris la place du père. «Il était là, mais il ne se mêlait pas de l’éducation des enfants. Il m’appuyait beaucoup, mais il laissait la place au père. La relation entre mon conjoint et mon ex-mari était même meilleure que celle que j’entretenais moi-même avec mon ex. Quand je suis devenue grand-mère, il n’a pas tenté d’être le grand-père de mes petits-enfants. Cela ne l’empêche pas d’aimer mes enfants comme s’ils étaient les siens.»

Thérèse Boisvert partage aussi cet avis. Son nouveau conjoint n’a jamais tenté de remplacer le père décédé auprès de sa fille. «Il était là pour elle. Elle lui a souvent demandé son avis, mais il n’a pas voulu remplacer son père. Il s’est mêlé de ses affaires», dit-elle.

Vivre avec le passé

Le nouveau conjoint peut jouer un rôle important, mais il doit aussi respecter le passé. S’il y a eu décès, il doit accepter de voir une photo de cette personne dans la maison. «C’est sûr que si c’est un musée de la personne disparue, c’est plus éprouvant. Mais la personne décédée fait partie du passé. Si la famille ne cesse de parler d’elle, on peut dire qu’on se sent de trop ou triste à ce moment-là, mais il faut le faire avec tact et ne blesser personne. Encore une fois, c’est une question de seine communication», explique la psychologue.

En définitive, apprendre à exprimer nos émotions et comprendre que chacun vit la situation différemment aide grandement à la réussite d’une famille reconstituée.

Mise à jour: avril 2008

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Le billet d'Aline Pinxteren, rédactrice en chef

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