Aller à l’urgence… ou non?

Aller à l’urgence… ou non?

Par Carolyne Ann Boileau

Crédit photo: Photo by Martha Dominguez de Gouveia on Unsplash

En cas de douleur ou de malaise inhabituel, qui devrait-on consulter: l’urgentologue ou notre médecin de famille? Voici quelques pistes pour prendre la meilleure décision.

En temps de pandémie, il est normal de se demander si les hôpitaux sont suffisamment sécuritaires pour éviter d’y contracter le virus. Marcel Émond, urgentologue à l’Hôpital de l’Enfant-Jésus, à Québec, et chercheur responsable du programme OPTIMISTa (Optimisation des soins urgents et traumatologiques aux aînés), garantit que ce risque est très faible: «À l’hôpital, il existe beaucoup plus de mesures de protection que dans la communauté. Et l’urgence a été divisée pour éviter la contamination entre les gens testés positifs à la COVID et ceux qui n’ont pas la maladie. Il ne faut donc pas négliger une consultation médicale urgente à cause du virus. Beaucoup de patients ont tardé à se présenter à l’urgence et sont arrivés dans un état pire qu’au départ.»

Côté achalandage, Audrey-Anne Brousseau, urgentologue au Centre hospitalier universitaire de Sherbrooke et titulaire d’une spécialité en médecine d’urgence gériatrique, signale que c’est très variable d’une journée à l’autre: «Il n’y a pas de règle depuis le début de la COVID, c’est soit très occupé… ou pas. Mais une chose est certaine, on est très bien organisé en zones froides et chaudes pour accueillir tout le monde.» Cela dit, si les raisons qui nous poussent à voir un urgentologue sont parfois évidentes, il arrive aussi qu’on ressente un ou plusieurs symptômes qui sèment le doute: consulter ou ne pas consulter, là est la question!

 

Je vais à l’hôpital si…

· j’éprouve une douleur thoracique. On parle notamment d’une sensation de brûlure ou une pression à la poitrine, associée à des faiblesses, à une difficulté à respirer, à une sensation de perdre conscience ou à des battements de cœur très irréguliers. «L’infarctus ne se présente pas de la même manière d’une personne à l’autre, affirme la Dre Audrey-Anne Brousseau. Il y a le cas classique de l’homme de 55 ans qui se plaint d’une douleur à la poitrine irradiant dans le bras gauche, mais chez la femme de 75 ans, ça pourrait se traduire par des nausées, des vomissements, une chute, de la confusion, de l’essoufflement, des palpitations, et ce, sans grande douleur à la poitrine. À un âge très avancé, les symptômes peuvent être plus vagues.»

· je ressens une douleur abdominale qui évolue très vite ou que celle-ci s’accompagne d’autres symptômes. Quand il y a présence de sang dans les selles ou l’urine, de fièvre, de brûlements lors de la miction ou si on éprouve un besoin fréquent de vider sa vessie, une perte de conscience, de fortes nausées, ou encore si on vomit beaucoup, on se dirige vers l’hôpital. Même chose si la douleur au ventre commence soudainement et qu’elle augmente en l’espace de quelques heures, ajoute le Dr Marcel Émond.

· je respire difficilement. Asthme, allergie et sensation d’oppression au niveau thoracique peuvent, entre autres, rendre la respiration difficile, mais aussi être le signe d’un trouble plus pressant.

· j’ai fait une mauvaise chute. Si on a de la difficulté à se mouvoir, on file à l’urgence, en ambulance s’il le faut. «Une personne qui, en plus, s’est cogné la tête ou qui prend un médicament qui éclaircit le sang devrait être évaluée», recommande la Dre Brousseau.

· j’ai une grosse fièvre persistante. Chez une personne plus âgée, par exemple, une température élevée peut révéler un problème de santé sous-jacent si le médecin ne décèle aucun signe d’infection à première vue. «Nous allons en chercher la cause, explique le Dr Émond. Des maladies rhumatologiques ou inflammatoires, voire des caillots dans les poumons peuvent donner de la fièvre.» Alors qu’une personne de 65 ans pourrait attendre une journée ou deux avant de se présenter à l’urgence, note la Dre Brousseau, celle de 85 ans devrait se rendre à l’urgence sans tarder, même avec une fièvre légère.

· je suis confus ou je démontre des signes d’un accident vasculaire cérébral. Les symptômes d’un AVC sont sans équivoque et restent les mêmes, quel que soit l’âge. Une paralysie d’un côté, une difficulté à parler, un visage asymétrique, une perte de vision d’un œil ou un mal de tête très intense en sont des manifestations classiques.

· j’ai une plaie qui s’aggrave. Selon le Dr Émond, une infection de la peau nécessite rarement d’emblée une consultation en urgence. Si, toutefois, son aspect évolue rapidement (de 24 à 48 heures) et que la personne fait beaucoup de fièvre ou qu’elle a beaucoup de douleur, mieux vaut ne pas tarder à se rendre à l’hôpital.

 

Je communique plutôt avec mon médecin de famille si…

· j’ai des éruptions cutanées. À moins d’une plaie grave, tout ce qui relève des infections de la peau peut être vu par notre médecin, même si ça fait des semaines que la situation perdure.

· ma douleur au genou ou au dos me fait souffrir davantage. Comme il a déjà identifié la condition, le médecin de famille est la personne la mieux outillée pour soulager son patient. «Si la personne n’a pas d’atteinte fonctionnelle neurologique, comme la paralysie, tout indique qu’elle peut s’orienter dans le système de consultations médicales de première ligne», confirme le Dr Émond.

· ma tension artérielle est trop élevée. En testant notre pression à la pharmacie ou à la maison, on constate que le chiffre du haut frôle ou surpasse le 200? Si aucun signe – mal de tête, engourdissement, confusion, douleur à la poitrine, dyspnée, syncope, paralysie – ne se manifeste, on reprend notre pression une ou deux heures plus tard. On s’assure d’être détendu depuis une vingtaine de minutes avant de la tester à nouveau. Si la tension artérielle est toujours aussi élevée, mais qu’on se sent bien, on prend contact avec notre médecin de famille. «L’hypertension est une maladie chronique, souligne le Dr Émond. Des chiffres de pression élevés sans autres symptômes ne sont pas une indication qu’il faudrait changer la médication à l’urgence. C’est très rare qu’un urgentologue le fasse. Avec la télémédecine, le médecin de famille peut gérer ce problème à distance et ajuster les médicaments de son patient, au besoin.»

Les indications qui précèdent sont pertinentes, mais il ne faut pas s’y limiter pour prendre la décision de se rendre – ou non – à l’urgence. «Les 50 ans et plus se présentent souvent de façon différente que les plus jeunes pour une maladie urgente», révèle la Dre Brousseau. «Les plus âgés ne perçoivent pas toujours l’inconfort de la même manière. L’intensité de la douleur est moins importante que sa localisation et son installation», renchérit le Dr Émond. En cas de doute, si on ne pense pas être victime d’un malaise grave, on peut téléphoner au 811; une infirmière évaluera notre condition. Elle pourra amorcer un processus ou, du moins, nous orienter vers la bonne ressource. Si on a l’impression de vivre une situation très problématique, le 911 reste le numéro à composer pour une prise en charge immédiate. Des paramédicaux seront dépêchés sur les lieux et, après avoir pris connaissance de la situation et des signes vitaux de la personne, ils s’assureront de la transporter vers le bon centre hospitalier.

 

Pour un triage efficace à l’urgence

Si possible, on prend des notes sur notre état de santé avant de se présenter devant l’infirmière au triage de l’urgence. En répondant de manière précise à ses questions, on est certain d’obtenir un niveau de priorité qui reflète notre condition, défini selon l’Échelle canadienne de triage et de gravité. Voici la liste des indices:

Siège de la douleur (en bas, en haut, à gauche ou à droite de l’abdomen, à la poitrine, etc.)

Type de douleur (fulgurante, persistante, irradiante, etc.)

Installation de la douleur (subite ou progressive)

Évolution de la douleur:

- Elle se manifeste depuis quand?

- Elle a empiré ou s’est améliorée?

- Elle est stable ou intermittente?

Symptômes associés:

- Sang dans les selles

- Sang dans l’urine

- Perte de conscience

- Vomissement

- Déplacement de la douleur ailleurs dans le corps (bras, dos, poitrine, jambes, testicules, etc.)

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