La prostate: il faut en parler!

La prostate: il faut en parler!

Par Jacqueline Simoneau

Crédit photo: iStock

Le cancer de la prostate est préoccupant. Mais grâce à un dépistage précoce, des traitements ultraciblés et de nouvelles approches thérapeutiques, il est possible d’améliorer grandement les chances de survie, voire d’en guérir.  

Le cancer de la prostate est la troisième cause de décès par cancer chez les hommes Canadiens. Les chiffres parlent d’eux-mêmes: la Société canadienne du cancer estime qu’ils sont 24 600 à avoir reçu un diagnostic de cancer de la prostate l’an dernier – ce qui représente 20% de tous les nouveaux cas de cancer chez les hommes – et que 4600 en sont décédés.  

Hélas, bien que de nombreux hommes soient affectés par cette maladie, le sujet est encore tabou. Même s’ils sont de plus en plus sensibilisés aux questions de santé et consultent plus facilement qu’autrefois, ils hésitent à s’ouvrir à leurs proches ou à leur médecin à propos du cancer de la prostate.

«Ils sont plusieurs à être gênés d’en parler, car cela touche à leur virilité et sexualité», constate Ann-Marie Romanin, directrice, communications et marketing chez PROCURE, un organisme de bienfaisance dans la lutte contre le cancer de la prostate. C’est pourtant nécessaire pour briser le tabou de la maladie. «Plus on en parlera, plus les hommes seront informés et plus ils seront à l’aise de discuter de leur cancer et de leurs émotions», affirme Mme Romanin.  

Quand la maladie frappe 

Le cancer survient quand des cellules prostatiques se reproduisent de façon incontrôlée, entraînant la formation d’une tumeur. L’adénocarcinome prostatique est la forme la plus courante; il représente près de 95% des cas.  

Il existe deux principaux types de cancer de la prostate : localisé et métastatique. Le cancer localisé se trouve uniquement dans la prostate. Certains cancers localisés sont à risque faible, c’est-à-dire qu’ils progressent très lentement et affectent rarement la longévité; toutefois, d’autres peuvent être agressifs, évoluer rapidement et se répandre à l’extérieur de la prostate. Le cancer de la prostate métastatique survient lorsque la tumeur se propage au-delà des tissus entourant la prostate pour atteindre les ganglions lymphatiques ou d’autres parties du corps (les os, par exemple).    

Le cancer de la prostate est sournois puisqu’aux premiers stades, la maladie est asymptomatique. «Un homme peut vivre plusieurs années avec ce trouble de santé sans le savoir, fait remarquer le Dr Thierry Lebeau, chirurgien urologue à l’Hôpital Maisonneuve-Rosemont. Ce n’est qu’à des stades avancés, lorsque la tumeur grossit et comprime l’urètre, qu’elle cause problème. Le plus souvent, il s’agit de symptômes s’apparentant à ceux de l’hypertrophie bénigne de la prostate ou de la prostatite, tels un besoin urgent d’uriner, un jet faible et une miction difficile.»

Bien que les symptômes urinaires n’annoncent pas nécessairement un cancer de la prostate, mieux vaut ne pas prendre ces signes à la légère et consulter un médecin rapidement. 

Dépister, oui ou non? 

Le dépistage du cancer de la prostate se fait à l’aide d’une prise de sang pour détecter la présence de l’antigène prostatique spécifique (APS) – une protéine associée à ce cancer – et d’un toucher rectal. Si les résultats montrent des anomalies, le médecin peut proposer d’autres tests, dont une biopsie, pour confirmer le diagnostic.  

Contrairement au dépistage du cancer du sein pour les femmes, celui du cancer de la prostate n’est pas offert systématiquement à tous les hommes âgés de 50 ans et plus. «Il faut commencer à y penser, mais il n’est pas obligatoire de subir un premier test de dépistage à 50 ans, précise le Dr Lebeau. Les examens se font plutôt sur une base individuelle, après consultation avec le médecin pour évaluer les avantages et les risques.»

En règle générale, les tests réguliers sont recommandés aux hommes les plus à risque en raison de leurs antécédents familiaux de cancer de la prostate, de leur origine afro-américaine ou de leur âge.  

Reste que le dépistage du cancer prostatique ne fait pas consensus dans le milieu médical. Certains médecins estiment qu’il y a un risque de surdiagnostiquer et de surtraiter des cancers latents qui ne causeront jamais de problèmes, avec tous les effets secondaires que cela comporte. Selon le Dr Lebeau, il importe de ne pas soumettre les patients à un traitement qui pourrait causer plus de nuisances que de bienfaits. La plupart des cancers de la prostate évoluant lentement, sur plusieurs années, il est probable que bon nombre de patients atteints mourront d’une autre cause.  

Dans les faits, le dosage de l’APS devrait être offert aux hommes asymptomatiques âgés de 55 à 69 ans ayant une espérance de vie de plus de 10 ans, qui en font la demande et qui ont été informés des avantages et des inconvénients du dépistage précoce. Cette recommandation est d’ailleurs approuvée par l’Association des urologues du Canada. Pour les hommes de 70 ans et plus ou dont l’espérance de vie est inférieure à 10 ans, on ne recommande pas le dépistage.  

Une prise en charge «à la carte» 

Il existe plusieurs traitements, à utiliser seuls ou en combinaison, pour stopper ou ralentir la progression de la maladie, voire la guérir.  Mais parce que les cancers de la prostate ne sont pas tous pareils et ne répondent pas de la même façon aux approches thérapeutiques, chaque patient requiert une approche personnalisée.  

Lorsque le cancer est confiné à la prostate, les médecins choisissent généralement parmi trois options : la surveillance active, la radiothérapie ou la chirurgie (prostatectomie radicale). 

Étonnamment, de nombreux hommes ayant reçu un diagnostic de cancer de la prostate n’ont pas besoin d’être traités immédiatement. C’est le cas lorsque le cancer est localisé et à faible risque de progression ou que le patient préfère ne pas être soigné immédiatement afin d’éviter un traitement inutile et de possibles effets secondaires. En effet, le médecin pourrait simplement opter pour une surveillance active. Cette approche consiste à faire des examens rapprochés afin de surveiller le développement et la possible propagation d’un cancer nouvellement diagnostiqué. L’objectif est de retarder la mise en place d’un traitement tant qu’il n’est pas nécessaire.  

La radiothérapie utilise des radiations pour détruire les cellules cancéreuses. Elle est notamment recommandée aux patients ne souhaitant pas être opérés ou ne pouvant pas l’être en raison de leur état de santé.  

La prostatectomie radicale, quant à elle, consiste à retirer la glande prostatique et certains tissus avoisinants. «Plus les patients sont jeunes, plus on tend à les orienter vers l’option chirurgicale, explique le Dr Lebeau. À l’inverse, plus ils avancent en âge (70 ans et plus), moins on est enclin à opérer parce que les résultats sont moins performants.»  

Bon à savoir: les traitements contre le cancer de la prostate peuvent provoquer des effets secondaires comme l’incontinence urinaire et la dysfonction érectile. Cependant, les fonctions érectiles et urinaires reviennent généralement à la normale après un certain temps. Les orgasmes sont préservés dans le cas d’une radiothérapie et d’une chirurgie. La majorité des hommes continuent donc d’avoir une vie sexuelle agréable en dépit de cette maladie. 

La bonne nouvelle: la plupart des cancers de la prostate localisés et traités rapidement peuvent être guéris. En revanche, un cancer plus agressif peut récidiver. «Dans un tel cas, il est encore possible de guérir un cancer localisé avec des traitements de rattrapage ciblés, note le Dr Frédéric Pouliot, urologue-oncologue et clinicien-chercheur au CHU de Québec. Et si les cellules cancéreuses migraient à l’extérieur de la prostate, il y a d’autres options pour ralentir la maladie.»  

Androgènes sous la loupe 

Un cancer avancé ou métastatique n’est peut-être pas guérissable, mais il peut être contrôlé. Contrairement à d’autres formes de cancer, il est possible de vivre durant plusieurs années – en moyenne de 5 à 7 ans – dans de bonnes conditions avec ce type de cancer.  

L’hormonothérapie fait partie des traitements proposés lorsque le cancer récidive ou s’est propagé à l’extérieur de la prostate. «Les cellules cancéreuses ont besoin d’androgènes, en particulier la testostérone, pour croître, rappelle le Dr Lebeau. Ce traitement par injection a pour effet de réduire la quantité d’androgènes et, par le fait même, de diminuer la croissance et la propagation du cancer.» Mais il y a plus. «On dispose maintenant d’une hormonothérapie de deuxième génération dont les nouveaux agents superpuissants s’attaquent plus agressivement aux androgènes en circulation, mais pénètrent aussi dans la cellule cancéreuse pour bloquer le récepteur des androgènes. Cette hormonothérapie de pointe constitue désormais la base du traitement du cancer métastatique», indique le Dr Pouliot.  

Et si la maladie résiste toujours, la chimiothérapie vient à la rescousse. Elle détruit les cellules métastatiques à l’aide de médicaments anticancéreux pour soulager la douleur et contrôler les symptômes.  

Le progrès à pas de géant 

La dernière décennie a été riche en découvertes innovatrices. Grâce à la recherche, il est notamment possible de faire de la médecine de précision, tant pour le diagnostic que pour le traitement. 

Les thérapies ciblées font partie de cette nouvelle génération de traitements. Destinées aux patients atteints d’un cancer de la prostate métastatique résistant à l’hormonothérapie et à la chimiothérapie, elles recourent à des médicaments radiopharmaceutiques pour cibler des molécules spécifiques (gène ou protéine) présentes à la surface et au cœur même des cellules cancéreuses. Ce traitement de précision permet de soigner plus efficacement le cancer avec moins d’effets secondaires, car il préserve les cellules saines.  

Les recherches médicales ont également mis en évidence de nouveaux biomarqueurs ouvrant la voie à des traitements sur mesure et plus performants. «Certains biomarqueurs génétiques visualisent les mutations ou les anomalies dans l’ADN des cellules cancéreuses, ce qui permet de savoir quels patients vont répondre à tel traitement et ceux qui n’y répondront pas, explique le Dr Pouliot. Il y a aussi du nouveau du côté des biomarqueurs d’imagerie, dont le PSMA (antigène membranaire spécifique de la prostate), présent dans la plupart des cellules cancéreuses de la prostate.» 

Parmi ces traitements de pointe, il y a aussi la théranostique, une nouvelle approche thérapeutique utilisant à la fois la technologie des thérapies ciblées et des biomarqueurs. «Il s’agit d’un traitement par injection qui permet de localiser et d’imager avec des traceurs (appelés têtes chercheuses) les protéines PSMA sur les cellules cancéreuses, mentionne le Dr Pouliot. Après avoir repéré les protéines PSMA, les têtes chercheuses gorgées d’agents radioactifs vont s’arrimer aux cellules tumorales et relâcher la radioactivité en doses plus importantes sur les zones ciblées.»   

La grande majorité des traitements offerts, de la chirurgie à la théranostique, maximisent la survie des patients, tout en préservant une certaine qualité de vie. Un élément à ne pas négliger! «Différents symptômes, dont la douleur, peuvent se manifester au fur et à mesure que le cancer se développe, ce qui affecte inévitablement le quotidien des malades, indique le Dr Lebeau. Mais grâce à des traitements plus efficaces et ciblés pour retarder la progression de la maladie et soulager les symptômes, on améliore automatiquement la qualité de vie des patients.» 

Les progrès récents constituent ainsi une belle évolution dans la prise en charge du cancer de la prostate à un stade avancé. Les hommes aux prises avec cette maladie peuvent désormais avoir bon espoir de la mettre K.O., d’autant plus que les recherches se poursuivent!

Besoin d’aide? 

Recevoir un diagnostic de cancer est angoissant. Les émotions montent à la surface et les questions quant à l’avenir du malade surgissent. La solitude peut aussi peser sur ce dernier, car la famille ou les amis peuvent avoir de la difficulté à faire face à sa maladie. Heureusement, plusieurs organismes fiables proposent des services d’aide, de soutien et des outils pour les personnes atteintes du cancer et leurs proches, en complément aux interventions médicales.

C’est le cas de PROCURE, un organisme de bienfaisance dans la lutte contre le cancer de la prostate, qui chapeaute la campagne de sensibilisation Nœudvembre. «Les patients et leur entourage peuvent trouver sur notre site web une foule d’informations détaillées sur la maladie et ses traitements, de même que les meilleures ressources offertes, mentionne Ann-Marie Romanin. Ils peuvent également consulter la chaîne YouTube de Procure afin de regarder des conférences, des témoignages et des capsules-conseils.»  

Dans les moments difficiles, il est réconfortant de pouvoir communiquer avec des professionnels ou des gens ayant déjà vécu la même situation pour partager son expérience, exprimer ses émotions, discuter des répercussions de la maladie sur sa vie et recevoir des conseils et des encouragements. Il suffit de contacter la ligne de soutien téléphonique gratuite et confidentielle de Procure, ouverte en tout temps au 1 855 899-2873.  

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