Patrick Norman : Totalement heureux

Patrick Norman : Totalement heureux

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Collaboration spéciale

Riche d’une carrière de plus de 50 ans, il est l’un des interprètes les plus aimés au Québec… et au Rwanda. À 76 ans, il a le cœur en joie. Rencontre avec un homme qui mord dans la vie.

Patrick, vous êtes en pleine tournée d’adieu. Est-ce difficile sur le plan émotif?

Non, parce que d’une part, je savoure chaque seconde sur scène, et de l’autre, cela ne signifie pas que je vais prendre ma retraite. Au départ, cette tournée devait souligner mes 50 ans de carrière, un jalon atteint en 2019. Mais la pandémie a tout chamboulé. Elle devait débuter en 2020, et j’ai dû la mettre sur pause, comme bien d’autres artistes. J’ai eu 76 ans en septembre dernier, alors si on calcule que mes tournées durent en moyenne 3 ans, j’aurai 80 ans quand je l’aurai terminée, puisqu’au moment où on se parle, il y a des supplémentaires qui commencent à s’ajouter! L’âge me ralentit forcément. Et en même temps, la pandémie m’a appris à aimer vivre chez moi et a développé mon goût d’y être.

De savoir que ce serait votre dernier tour de piste a-t-il changé votre approche du spectacle?

Non, le programme est demeuré le même. Vous savez, la musique, c’est comme faire l’amour, c’est une communion. (rires) Le sourire des gens dans la salle, c’est pour ça que je fais ce métier, c’est ma récompense. Le contact humain me manquait énormément. Je l’appelle ma tournée d’adieu, mais je devrais plutôt dire la tournée de tous les feux, car je suis un homme totalement heureux, tant sur scène que dans ma vie personnelle. La musique est un art qui me passionne et qui nourrira toujours ma curiosité.

Pour ce 33e album, Si on y allait, vous vous êtes offert un cadeau: enregistrer à Nashville avec la crème des musiciens de studio… qui n’avaient pas la moindre idée de qui vous étiez. Est-ce là un avantage, à votre avis?

Je crois que oui, car ils ont permis aux six succès que j’y reprends de vivre une véritable renaissance et à mes six nouvelles chansons de bénéficier de musiciens exceptionnels, empreints d’une humilité exemplaire. Ils ne me connaissaient pas, mais, à la fin, ils m’ont dit que c’était un honneur d’avoir fait cet album avec moi. Je leur avais donné carte blanche et je suis très fier du résultat.

Vous êtes né Yvon Éthier, puis êtes devenu Patrick Norman. Qu’est-ce que le premier a permis au second?

D’ouvrir ses ailes. Enfant, j’étais très timide. Mais la guitare m’a toujours interpellé et intrigué, depuis que, tout petit, mon père m’en a mis une entre les mains. Il a d’ailleurs été ma première idole. En revêtant les habits de Patrick Norman, je devenais un chevalier, et ma guitare, mon armure. Yvon voulait juste être aimé, et Patrick était sous les feux de la rampe, c’était surréel pour les deux. Bien sûr, j’ai fait des erreurs, je suis tombé dans quelques pièges. Par exemple, le look qu’on m’a imposé [NDLR: sa perruque frisée], ça ne faisait pas partie de moi, mais du côté plastique du vedettariat. Aujourd’hui, je préfère l’authenticité.

À partir de quand avez-vous senti le vent tourner et le milieu reconnaître votre vraie valeur?

Ça s’est fait petit à petit. Il y a bien sûr eu un tournant avec Quand on est en amour, pour laquelle j’ai remporté des Félix et MetroStar.

Une chanson qui a une belle histoire, car n’eût été de son existence, vous seriez peut-être devenu vendeur de fenêtres…

Oui, ça a passé proche! Je vivais une période sombre, j’avais lancé la serviette, et finalement, elle a changé le cours de mon existence. Elle me vient d’un homme qui était alors policier, Robert Laurin, par la suite devenu un grand ami. J’étais dans un restaurant quand on me dit qu’un policier demande à me parler… Disons que ça saisit! (rires) Il m’offre cette chanson, qu’on a retravaillée ensemble et qui est devenue mon plus grand succès. Un jour, je rencontre l’humoriste Michel Mpambara, qui me lance: «Patrick, tu sais que tu es une grande vedette dans mon pays, le Rwanda?» Moi qui n’avais pourtant jamais eu la gourmandise de tenter une carrière internationale! Par la suite, j’ai eu plusieurs témoignages en ce sens, dont une Rwandaise qui m’a approché un jour pour me raconter que, pendant que sa famille se faisait massacrer à coups de machette, elle, cachée, se chantait ma chanson en boucle dans sa tête. C’est bouleversant.

Dans votre biographie, Patrick, Yvon et vous, Pierre Bertrand vous décrit comme «un intense qui a su garder son cœur d’enfant». Qu’est-ce qui vous émerveille dans la vie?

Lui aussi, d’ailleurs, a su garder son cœur d’enfant! La première chose qui me vient à l’esprit, c’est que ce qui m’émerveille, c’est d’être là où je suis. Quel parcours pour en arriver là! J’ai la santé, j’ai bien gagné ma vie à faire ce que j’aime le plus au monde. À 76 ans, je n’ai jamais été aussi heureux. Il n’y a pas d’âge pour l’être, et c’est pour ça que je le crie, je veux que tout le monde le sache! (rires)

Outre son amour de la musique, qu’est-ce que votre père vous a transmis?

Son côté impulsif. Ça, j’aurais pu m’en passer! (rires) C’était un prompt, mais deux minutes après avoir explosé, il regrettait. Il ne fallait pas lui piler sur les pieds. Moi non plus. Je m’adapte tellement que si on me parle en air bête, je suis capable de répondre de la même manière. (rires)

Et qu’avez-vous hérité de votre mère?

Ah, Margot. Ma mère a gardé son innocence de petite fille toute sa vie. Elle n’a jamais laissé filtrer de négatif. Elle était effacée, d’où mon côté timide quand j’étais gamin. Elle était gênée parfois de mon succès. Elle était fière de moi, mais en même temps, ça la gênait quand on allait dans des endroits publics: les regards furtifs, le volume des conversations qui baisse. Elle avait alors un tic nerveux, elle levait l’épaule et reniflait. Je me penchais vers elle et je lui disais: «Tu n’es toujours bien pas la mère de Mom Boucher!» (rires) Pour moi, la motivation n’a jamais été d’être connu et reconnu, mais plutôt de donner du bonheur aux gens.

En 2017, vous vous êtes marié avec la femme de votre vie, la chanteuse Nathalie Lord, qui vous accompagne sur scène en tournée. Qu’est-ce qui fait la force de votre couple?

Ma belle, ma douce Nathalie. C’est qu’on ne se pose plus de questions, on réalise à quel point on est sur notre X et on vit dans le moment présent, toujours, parce qu’on s’aime, se respecte, se désire et s’admire mutuellement. Je la trouve belle et, bien que je ne sache pas pourquoi, elle me trouve beau! C’est aussi la première fois que j’ai une compagne qui tripe musique, qui est capable de jouer. Sa place est sur une scène. Elle est calme et moi, je m’emporte souvent, alors elle m’apaise, tempère. C’est mon ange. Je vis un nouveau départ depuis que je l’ai rencontrée.

Puisque vous avez 22 ans de différence, comment voyez-vous l’avenir, alors qu’elle continuera à travailler et à tourner quand vous serez à la retraite?

Je n’ai aucune appréhension à cet égard. Je lui ai dit: «La dernière chose que je veux regarder, c’est tes yeux.» Ce qui se passera d’ici là se passera. On va prendre ça au jour le jour.

Vous avez réaménagé votre maison pour pouvoir y vivre jusqu’à la fin de vos jours et partir entouré de vos guitares. Ça vous aide à apprivoiser la mort?

Je pense que la mort, ce n’est rien. C’est mourir qui n’est pas facile. L’avant. Quand ma mère est décédée, j’ai dit un mot que je prononce rarement, alléluia. Dans ma tête, il était en lettres majuscules. Elle était enfin rendue de l’autre côté! C’était la libération. Je me suis alors promis de mourir chez moi, pour ne pas avoir à traverser ce qu’elle a vécu en CHSLD. Je suis en train d’agrandir ma maison spécialement pour ça.

Elle avait 101 ans quand elle est partie. Si vous retenez d’elle, cela vous laisse encore bien des années pour réaliser d’autres rêves. Qu’y a-t-il sur votre liste?

Plein de choses m’appellent, et il me reste d’autres pages à écrire. Je travaille sur un humble album instrumental. Et en mars, je vais aller au Rwanda. Ça m’intéresse de voir la reconstruction de ce pays qu’un génocide a déchiré. Sinon, comme dans la chanson titre de mon album, Si on y allait, écrite par Daniel Laquerre et composée par Alain Leblanc, je me lance sans filet: «Si on y allait, du côté où tout est vrai/Pour voir le temps ne se vivre qu’au présent.»

Vite de même

Ce qui vous fait rire: Ma femme!

Ce qui vous enrage: L’incompétence.

Ce qui vous émeut: Un enfant.

Ce qu’on ignore de vous: Peut-être mon intérêt pour la cuisine.

Ce que vous n’oublierez jamais: La première fois que j’ai vu les yeux de Nathalie. Et la naissance de ma fille Debbie.

Ce que vous changeriez dans le monde: Rien ne justifie de tuer des gens, d’être en guerre, alors c’est ce que je changerais.

Une lecture marquante: La biographie de Gandhi, et Papillon, d’Henri Charrière. C’est le seul livre que j’ai terminé et que j’ai recommencé immédiatement.

Une chanson que vous auriez aimé avoir écrite: Quand les hommes vivront d’amour.

Un plat que vous ne ratez jamais: Mon saumon. Je mets de la levure alimentaire dessus, ça donne un bon goût fromagé et du croustillant.

Pour voir les dates de la tournée: patricknorman.ca

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