10 stratégies pour surmonter un problème financier

10 stratégies pour surmonter un problème financier

Par Simon Diotte

Crédit photo: Micheile Henderson via Unsplash

Un événement imprévu peut parfois altérer nos finances de façon radicale. D’où ces 10 conseils utiles pour affronter la tempête et surmonter un problème financier. 

La vie de Diane Tremblay (nom fictif) se déroulait sans souci majeur. Un amoureux de longue date, un emploi stimulant et bien rémunéré en marketing et des tonnes de projets en tête. Mais un jour, la quinquagénaire s’est mise à souffrir de douleurs musculaires. Loin de s’atténuer, la souffrance a augmenté au point de devenir insupportable, forçant Diane à cesser de travailler. Après de nombreuses consultations médicales et une batterie de tests dans divers hôpitaux, le verdict est tombé: sclérose en plaques, une maladie auto-immune pour laquelle il n’existe aucun remède.

En tant que travailleuse autonome, Diane ne disposait d’aucune assurance collective ni d’assurance invalidité. Comble de malheur, elle ne pouvait rien recevoir de l’assurance-emploi, n’y ayant pas cotisé depuis des années. Résultat: en l’espace de quelques semaines, Diane a perdu toutes ses sources de revenus. À la suite de ce choc et pour survivre financièrement, elle s’est retrouvée, à son corps défendant, entièrement dépendante de son amoureux, en plus d’être physiquement mal en point.

Des circonstances inhabituelles

Le cas de Diane est loin d’être rare. Les mauvaises surprises en matière de finances personnelles peuvent arriver à n’importe qui. Il suffit d’une séparation, d’une perte d’emploi ou d’une maladie – les trois principales causes d’un problème financier – pour semer le chaos… bien malgré nous. «Les gens qui se ramassent dans la misère ne sont pas des paresseux, explique Éric Lebel, syndic autorisé en insolvabilité et associé chez Raymond Chabot Grant Thornton. Souvent, ils vivent une situation exceptionnelle qui provoque une perte de contrôle de leur budget.»

Or, de tels scénarios sont de plus en plus fréquents, car on tend à utiliser le crédit à profusion pour améliorer notre qualité de vie. «Les consommateurs étant plus vulnérables que jamais, une baisse de revenus ou une hausse des dépenses, même temporaire, les plongent dans de grandes difficultés financières», note Éric Lebel. Comment, alors, éviter la catastrophe ou reprendre le contrôle de nos finances quand tout déraille? Des experts nous révèlent leurs astuces.

1) On se constitue un pécule

Pendant que tout est au beau fixe, on accumule un fonds d’urgence qui nous permettra, en cas d’imprévu – comme un déménagement après une rupture amoureuse –, de subvenir à nos besoins le temps de remettre nos finances sur pied. «Tout le monde devrait idéalement disposer d’un coussin de trois à six mois de revenus, explique François Bernier, directeur des techniques avancées de planification, gestion de patrimoine, à la Financière Sun Life. Cet argent assurera la période de transition entre l’ancienne et la nouvelle vie.»

2) On évite d’utiliser nos cartes de crédit

Leurs taux d’intérêt sont en effet prohibitifs, souligne François Bernier. «On doit réussir notre transition en évitant le surendettement. Autrement, on ne fait que reporter le problème à plus tard.» Pour payer des frais d’urgence, mieux vaut utiliser une marge de crédit personnelle ou hypothécaire. Il faut cependant y avoir souscrit (et surtout ne pas l’avoir utilisée) AVANT les pépins. Dans le cas contraire, les institutions financières refuseront notre demande, même si on affiche une bonne cote de crédit depuis un demi-siècle. Car les banques prêtent à des clients qui ont les moyens de les rembourser et non aux personnes sans revenus et criblées de dettes. 

3) On réfléchit avant d’agir

Il pourrait être tentant de poser un geste impulsif pour se tirer d’affaire. Comme installer une pancarte «À vendre» devant notre maison quelques jours après une séparation. «Si on ne prend pas le temps de réparer les défauts mineurs qui nuisent à la valeur de notre propriété, elle risque de se vendre à moindre prix», affirme François Bernier. Pour éviter de perdre des milliers, voire des dizaines de milliers de dollars, mieux vaut rester calme. «On profite plutôt de l’occasion pour réviser notre situation financière», recommande Natalia Sandjian, directrice principale et responsable de la planification à la Banque Nationale.

4) On garde les pieds sur terre

Vivre dans le déni en voulant préserver les apparences, ça risque de coûter cher! «Certaines personnes tentent à tout prix de conserver le même train de vie, a constaté François Bernier. Elles souhaitent montrer à leur entourage qu’elles maîtrisent la situation. Or, il n’y a pas de honte à perdre son emploi! Les restructurations d’entreprises sont monnaie courante. On n’est pas non plus à l’abri de la maladie ni d’une séparation.»

5) On revoit nos dépenses

Dresser un nouveau budget s’avère indispensable afin de se relever d’un choc financier, prévient Éric Lebel. «On en fait un à très court terme, en scrutant chaque dépense afin de savoir exactement où va notre argent. On prend ainsi toute la mesure de notre train de vie.» Le fait de tout consigner sur papier aide à réduire le stress financier, ajoute Émilie Laurin-Dansereau, conseillère budgétaire à l’Association coopérative d’économie familiale du Nord de Montréal: «C’est là qu’on voit les dépenses superflues, celles qu’on peut couper sans trop de douleur.» 

6) On coupe certaines choses… en gardant le moral

Pour y voir clair, on divise en deux colonnes les dépenses fixes et les dépenses discrétionnaires. Les premières, plus difficilement compressibles, englobent notamment le logement, la nourriture, l’électricité, le transport et les vêtements de base. Les dépenses discrétionnaires, elles, répondent davantage à des désirs qu’à des besoins. Elles incluent les repas au restaurant, les voyages, les achats impulsifs, les cafés lattés à 5 $, les soins dans un institut de beauté et les plateformes comme Netflix ou Spotify. Se passer de ces derniers outils de divertissement peut paraître impensable. Or, ils coûtent cher. «Les gens ne se rendent pas compte des sommes astronomiques qu’ils dépensent en abonnements chaque mois», souligne Natalia Sandjian.

Par ailleurs, mettre la hache dans tout ce qui est non essentiel n’est pas forcément une bonne idée non plus. En sacrifiant nos plaisirs, on est moins motivé à vouloir respecter notre nouveau budget, explique Mme Sandjian. «Des dépenses peuvent être considérées superflues par certains, mais essentielles pour d’autres. À chacun de revoir ses priorités.» Ainsi, Diane Tremblay n’a pas cessé de boire du vin régulièrement avec son amoureux, malgré le coût des bonnes bouteilles. «Ça me permet de garder le moral, dit-elle. Toutefois, j’ai coupé dans les visites chez le coiffeur et les crèmes hydratantes. J’endure mes mèches grises et mes rides!» (rires)

7) On accepte de faire des sacrifices

Certaines décisions sont plus difficiles à prendre, comme dire adieu à notre VUS ou à notre moto, sur laquelle on rêvait de traverser le pays. «Si on a loué une voiture de luxe, on devrait envisager la résiliation du bail, conseille François Bernier. Même si ça entraîne des frais élevés sur le coup, on pourra économiser des milliers de dollars à long terme.»

8) On règle notre surendettement

Pour ce faire, trois solutions principales s’offrent à nous.

La consolidation de dettes. Une institution financière nous prête une somme qui nous permet de rembourser toutes nos dettes à moindre coût.

La proposition de consommateur. On rembourse un pourcentage de nos dettes à nos créanciers.

La déclaration de faillite. On se libère de nos dettes en liquidant tous nos biens. Un syndic de faillite nous informe alors sur les pistes possibles. «C’est parfois l’unique solution pour reprendre le contrôle de notre vie», affirme Éric Lebel.

9) On consulte un expert

Si on ne possède pas tous les outils nécessaires pour affronter notre nouvelle situation, mieux vaut recourir à une aide spécialisée. 

Un planificateur financier ou un conseiller budgétaire nous guidera vers la stabilité financière. On peut aussi s’adresser à l’une des 21 Associations coopératives d’économie familiale (ACEF) du Québec. Elles offrent une consultation budgétaire gratuite. «On aide les gens à dresser le portrait le plus exact de leur situation financière, explique Émilie Laurin-Dansereau, de l’ACEF du Nord de Montréal. On ne leur impose rien. Ce sont eux qui prennent leurs propres décisions.» 

Un avocat spécialisé en droit du travail nous aidera à ne pas partir les mains vides en cas de perte d’emploi. «On pourrait avoir droit à une indemnité de départ, rappelle François Bernier. Si on ne la négocie pas, on n’obtiendra pas le maximum, ce qui risque de compliquer notre période de transition.» Dans certains cas, il est possible de conserver nos avantages sociaux pendant quelque temps et de bénéficier des services d’une firme spécialisée en réorientation professionnelle. Un avantage non négligeable quand on a 50 ans ou plus et qu’il faut réintégrer le marché du travail. 

Un avocat spécialisé en droit de la famille nous assistera dans le partage du patrimoine familial en situation de divorce. «On a peut-être droit à une pension alimentaire pour nous et nos enfants, ainsi qu’à une partie du fonds de pension de l’ex-conjoint, souligne François Bernier. Malheureusement, beaucoup de gens ne font pas ce genre de démarches parce qu’ils veulent éviter les conflits. Ils renoncent ainsi à des sommes colossales, qui pourraient servir à sécuriser leur retraite.»

10) On saisit toutes les perches tendues

De nombreuses solutions sont accessibles à tous. Diane Tremblay en a fait l’expérience. «On n’a pas idée des ressources gratuites ou peu coûteuses qui existent: services psychologiques, activités, loisirs, entraînement sportif, cours de langues, etc. Quand la terre se dérobe sous nos pieds, on doit rester en bonne santé mentale afin de pallier nos difficultés dans l’immédiat et de préparer la suite.» Un an plus tard, Diane va beaucoup mieux après avoir reçu de meilleurs traitements. Et elle se sent enfin prête à envisager un retour sur le marché du travail. Comme quoi l’espoir et la volonté peuvent nous aider à venir à bout des pires épreuves!

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