Provence: sur la route des rosés

Provence: sur la route des rosés

Par Élise Jetté

Crédit photo: Elle Hughes via Unsplash

Un vent doux, le GPS dans l’auto et des envies gourmandes plein la tête… On prend la route des vacances là où il y a toujours quelque chose à déguster: en Provence! 

Dans le sud de la France, entre Marseille et Nice, s’étendent des plaines, des collines et des villages bucoliques. Au cœur de notre visite, le Var. Ce département français de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur doit son nom au fleuve côtier qui constituait jadis la limite orientale du département.

Premier arrêt à Moissac-Bellevue, à la Bastide du Calalou (bastide-du-calalou.com). On y déguste, à l’hôtel même, un menu tout entier à base de truffe! Et le lendemain, un lever de soleil digne de l’interprétation cinématographique du paradis nous accueille au réveil. Un passage à la Maison de la Truffe permet de tout apprendre sur ce champignon mystérieux évalué entre 800 et 1 300 euros le kilo. S’il y a 150 ans, on en mangeait ici comme des patates, la truffe s’est dorénavant raffinée, devenant un produit de luxe en raison de sa rareté. Sa naissance se fait généralement à 45 cm dans le sol, puis elle frôle la surface de la Terre au moment de la récolte. Si on visite la région à la fin du mois de janvier, on assistera d’ailleurs à la Fête de la truffe, durant laquelle tous les restaurants du coin proposent un menu qui en est composé.

En visitant Aups, une commune de 2 000 habitants de la région, on rencontre le chef Gaillard, au restaurant La Truffe. Il nous guide dans sa passion des produits du terroir, comme la truffe, évidemment, mais aussi le safran et la Salerne, une figue blanche. Ses plats s’adaptent aux saisons, des gnocchis de truffe au foie gras fumé et aux tomates cerises panées et bœuf au bourbon. Boîte à lunch en main, on peut ensuite visiter le Domaine de Valcolombe, où se trouvent six hectares de vignes divisées en onze cépages (domaine-valcolombe.com).

La balade se poursuit au Château de Taurenne, pour (re)découvrir l’huile d’olive (domaine-de-taurenne.fr). Là, 11 000 arbres s’étendent à perte de vue sur 253 hectares, permettant la production de six variétés différentes d’huile. On y broie les olives et leurs noyaux pour en faire une pâte, puis le tout est pressé à froid avant de séparer le solide de l’huile à l’aide d’une centrifugeuse. Un endroit où on apprend autant qu’on goûte!

Pour la soirée, on rejoint Tourtour, surnommé le village dans le ciel. La Petite Auberge nous accueille, avec ses chambres à balcon ouvrant sur un paradis luxuriant de vallons et de verdure. Les levers et couchers de soleil coupent le souffle, et la terrasse donne envie de s’y prélasser à l’infini (petiteauberge.net).

Le palais au sommet

Le lendemain, cap sur la Dracénie, qui rassemble 23 communes du Var, dont Draguignan, où on visite le Domaine du Dragon, avec ses points de vue spectaculaires sur toute la région (domainedudragon.com). On y trouve des cuves de vin en pierre de plus de 300 ans d’âge. On produit ici près de mille litres de vins blanc, rouge et rosé chaque année!

Après le vin, le fromage… Non loin de là nous attend la fromagerie La Pastourelle, à Châteaudouble (la-pastourelle.wifeo.com). Un fromage en forme de cœur y a été nommé Cœur de pirate, en hommage à l’artiste! Pas moins de 30 000 personnes se rendent à cette ferme chaque année pour se procurer des fromages et autres produits laitiers! Il faut dire qu’ils sont les seuls du Var à posséder les trois espèces: vache, chèvre et brebis. Autre étape gourmande, la vinaigrerie Le Clos Saint-Antoine, où l’on fabrique le vinaigre selon une méthode ancestrale. On peut même s’y procurer un article breveté: un kit de démarrage pour faire son propre vinaigre (leclossaintantoine.com).

Une vingtaine de minutes de voiture nous séparent alors des gorges de Pennafort, où nous passerons la nuit à l’Hostellerie du même nom (hostellerie-pennafort.com). Un endroit propice pour une petite escapade à pied à travers les gorges, avant de s’asseoir à la table du chef Philippe Da Silva, étoilé Michelin. Il y a tant de délices à goûter… Lors de notre visite, nous avons savouré 16 services durant quatre heures! Les raviolis de foie gras et parmesan et le filet de pigeonneau rôti enlèveraient l’envie de manger quoi que ce soit d’autre à tout jamais!

Tentant terroir 

Au matin, direction Roquebrune, pour visiter le Domaine des Planes (dom-planes.com). L’une des deux propriétaires, Ilse Rieder-Eberbach, nous accueille. Installée sur le domaine depuis 1980, l’Allemande d’origine souligne que le rosé se consomme d’abord avec les yeux. Elle affiche donc un présentoir contenant les différentes teintes de rosé, afin d’aider les gens qui se présentent au comptoir. 

Autre domaine, autre production, celle de l’huile d’olive, au Domaine de l’Olivette, où la cultivatrice est en parfaite symbiose avec son produit (domainedelolivette.fr). Pour le lunch, on s’installe au Resto Evelyne, une petite terrasse du centre de Roquebrune, où l’on mangerait «comme à la maison», nous a-t-on dit. C’est en fait encore bien meilleur! La Maison du chocolat et la Chocolaterie du Rocher sont nos principaux arrêts de l’après-midi passé à rêvasser dans les petites rues rustiques. Et pour clore la journée en beauté, une visite du Rucher de la Bouverie, un endroit où l’on récolte le miel depuis plus de cent ans (rucherdelabouverie.com). L’apiculteur François Laponche nous guide à travers ses différentes productions de miel, décrivant au passage tous les types de nectars pouvant découler des arbres croisés. Avec lui, la production du miel de Provence devient tout un poème!

Après toutes ces escales gourmandes, on offre une pause d’une journée à nos papilles en rejoignant Les Issambres, pour tremper le pied dans la Méditerranée. Un arrêt plus «touristique» pour se rapprocher de cette mer si réputée.

Le lendemain, on reprend les chemins de campagne vers le canton de Fayence (paysdefayence.com). La visite chez le safranier est le coup de cœur de la journée. Jean-Michel Peborcq cultive le safran au quartier de la Rouvière. Sur la propriété familiale, il exploite la safranière sur 2 000 m2. Cette épice extraite de la fleur de crocus fleurit de la mi-octobre à la mi-novembre. À 30 000 euros le kilo, il s’agit d’un produit de luxe. Durant la période de récolte, Michel cueille près de 15 000 fleurs par jour, desquelles il doit retirer le précieux stigmate qui donnera le safran. Un travail minutieux, saisonnier et précaire, mais tellement impressionnant! 

C’est au Château de Saint-Martin, directement dans le vignoble, qu’on nous attend pour la nuit (chateaudesaintmartin.com). Ce château appartenant à la même famille depuis 1740 est reconnu pour se transmettre d’une femme à l’autre de génération en génération, contrairement aux traditions de jadis. Un incontournable de l’œnotourisme au cachet incontestable! L’approche culturelle y est privilégiée: on peut notamment apprendre à peindre «au vin» auprès de l’artiste Liza Mazzoni. Les Bulles de rosé, fabriquées de façon traditionnelle, sont étonnantes. Il faut en ramener une bouteille! 

On regagne ensuite Marseille via le sud pour un bref arrêt au port de Cassis. Cette commune très touristique, située à 20 km à l’est de Marseille, abrite le massif des Calanques et le cap Canaille, deux sites remarquables. On arpente les calanques en bateau, parfait pour goûter au vent marin. Dans les vignobles des alentours, on ne manque pas le fameux vin blanc de Cassis. En 1936, il a été l’un des premiers vins d’appellation contrôlée (AOC). En France, ce sceau permet d’identifier un produit dont les étapes de fabrication (production et transformation) sont réalisées dans une même zone géographique et selon un savoir-faire reconnu.

Ne reste plus qu’à prendre notre vol de retour, la tête encore pleine de cette escapade riche en saveurs, et nos bagages lestés de quelques bouteilles ou gourmandises! Rares sont les endroits qui regroupent autant de possibilités de goûter à des plaisirs locaux et bio dans un dépaysement agréable et en français!

En pratique

Y aller Air Canada Rouge offre un vol direct pour Marseille (7 heures) avec plusieurs options qui rendent le vol plus confortable, comme le service wifi et des divertissements.

Payer Comme presque partout en Europe (on est en France), la Provence évolue avec l’euro. Mais, comme la région demeure assez rurale, mieux vaut garder toujours un peu d’argent comptant sur soi.

Se déplacer Il existe des services de bus organisés pour faire le tour de la Provence. Cela dit, on n’est jamais mieux servi que par soi-même si on peut rouler: louer une voiture dès le départ de l’aéroport est la meilleure option pour ne rien manquer.

Vidéos