Achat d’un VR: À quoi faut-il penser?

Achat d’un VR: À quoi faut-il penser?

Par Nadine Filion

Crédit photo: iStock Photo

Des VR, il y en a pour tous les goûts et toutes les bourses. La Fédération québécoise de camping et de caravaning (FQCC) parle même d’une «mer de VR», tant dans le neuf que dans l’usagé. Conséquence, on trouve facilement chaussure à son pied… Mais encore faut-il partir du bon pied, justement! «Le budget ne devrait pas être le premier critère», soutient Yvon Houle, ancien directeur général d’Horizon Lussier (horizonlussier.com) et conseiller spécial à la direction. De fait, le VR n’est pas la solution la plus économique pour voyager. Au-delà de son prix d’acquisition et de l’importante dépréciation qui l’affectera (plus encore que pour une automobile), il faut tenir compte des emplacements de camping, qui coûtent parfois cher, des assurances ainsi que des frais d’entretien, de réparations et de remisage. Quand on choisit un VR, il vaut mieux prendre avant tout en compte ses intérêts et l’utilisation qu’on prévoit en faire.

Cibler ses besoins

Le véhicule de loisir idéal n’existe pas: les inconvénients de l’un deviennent les avantages de l’autre et vice-versa. Si certains trouvent leur bonheur pour quelques milliers de dollars avec une tente-roulotte d’occasion, d’autres investissent jusqu’à 2,5 millions de dollars dans un Prévost (prevostcar.com), l’équivalent du jet privé chez les autocaravanes! Mais attention: entre le rêve et la réalité, il y a une marge que la pensée magique et le «on va faire avec» ne peuvent combler… La plus grande erreur des acheteurs d’un premier VR? Le choisir trop petit, révèle M. Houle: «Si vous habitez une maison de trois étages avec sous-sol fini, vous n’apprécierez pas votre expérience dans trop petit. Ce qui, au départ, vous paraissait une aubaine ne le sera pas si vous n’établissez pas et ne respectez pas vos besoins réels.» Pour déterminer ces derniers, on se pose ces 6 questions:

1- Utiliserai-je mon VR toujours l’été et au même endroit? Si oui, une maison mobile ou une roulotte-parc est un bon choix: on n’aura pas à entretenir inutilement un moteur.

2- Est-ce que je voudrai plutôt parcourir de longues distances? L’autocaravane, avec sa cabine ouverte, permet d’accéder rapidement au cabinet de toilette, à la cuisine, voire à l’espace-chambre pour une sieste. Mais attention: l’article 396 du Code de la sécurité routière du Québec interdit de se déplacer à l’intérieur d’un véhicule en mouvement, et l’autocaravane ne fait pas exception. Il faut même y porter la ceinture de sécurité, sous peine d’amende (de 80 $ à 100 $) et de trois points d’inaptitude. Par ailleurs, une autocaravane de petite taille à moteur diesel fera économiser du carburant (jusqu’au tiers d’une autocaravane à essence). Ce n’est pas nécessairement le cas des plus gros modèles: plus puissants (parfaits pour les régions montagneuses) et plus lourds (parce que mieux équipés, par exemple d’une confortable suspension à air), ils sont aussi jusqu’à deux fois plus dispendieux à l’achat (de 230 000 $ à plus de 500 000 $, neufs) que leurs équivalents à essence (de 110 000 $ à 210 000 $).

3- Quelles destinations est-ce que j’envisage? Si on privilégie les endroits ensoleillés, un «petit» classe B fera l’affaire. À noter, toutefois, qu’une ville comme Fort Lauderdale reçoit quand même annuellement 1 690 mm de pluie, répartis sur 145 jours! Par contre, s’il y a probabilité de gel au sol (même l’hiver floridien n’y échappe pas) ou de mercure qui plonge, on privilégie un modèle reconnu pour son isolation et l’efficacité de son chauffage; sinon, on risque d’avoir à composer avec des tuyaux gelés.

4- Est-ce que je m’y connais en mécanique? Si ce n’est pas le cas, une roulotte évitera alors bien des cauchemars. Par contre, on doit alors s’assurer que notre véhicule personnel puisse la tracter en toute sécurité. Le manuel du propriétaire indique le remorquage maximal possible, une prescription à respecter sous peine de dommages, notamment en cas d’accident. Si on n’est pas champion, non plus, des manœuvres de stationnement, «une autocaravane de classe B ou de classe C sera plus facile à piloter qu’un gros classe A ou une roulotte à sellette», conseille Yvon Houle.

5- Quelle durée auront mes séjours? «Si on rêve d’escapades le temps d’un week-end, il faudrait réfléchir sérieusement avant de payer 200 000 $ pour un équipement qu’on n’utilisera que les fins de semaine de l’été!» s’exclame M. Houle. Si on pense plus à de longs séjours, on cherche un modèle avec beaucoup de rangement pour ne pas passer ses vacances à chercher ses effets personnels. À ce chapitre, la FQCC soutient que les roulottes à sellette sont plus généreuses que les autocaravanes, en plus d’offrir plus de hauteur sous plafond.

6- Comment est-ce que je me vois sur place? Ainsi, si on ne s’imagine pas utiliser les installations des campings ou marcher jusqu’aux blocs sanitaires pour une pause pipi au milieu de la nuit, on choisit un VR avec douche et toilette (certains proposent même le bain!). On aura envie de visiter les environs? On vérifie que notre auto peut être remorquée par l’autocaravane. Autrement, on devra prévoir des vélos et/ou choisir un camping près des attractions et des épiceries, «sans quoi il faudra tout débrancher à chaque sortie», avertit M. Houle. Et finalement, si on sait que des amis, de la parenté ou des petits-enfants nous rejoindront à l’occasion, on achète un équipement avec assez de couchettes et on s’assure que le coin-repas, une fois transformé en lit, soit suffisamment large et long pour les dormeurs qu’il accueillera. 

Apprivoiser la bête

Aucune classe du permis de conduire québécois autre que la bonne vieille classe 5 n’est exigée pour piloter un VR de classe B, de classe C ou même les gigantesques classe A! Néanmoins, plus l’autocaravane est longue, large, haute et lourde, moins elle se conduit comme une voiture. «Un VR remet en question l’ensemble de la conduite automobile», confirme Robert Boire, formateur agréé à la FQCC. Avant partir en voyage au volant de son nouvel équipement, mieux vaut donc le tester un minimum, par soi-même dans les stationnements déserts des centres commerciaux ou en suivant des cours de conduite spécifiques (la FQCC en propose).

Bon à savoir, les manœuvres de recul sont les plus difficiles à maîtriser. «On les évite autant que possible, quitte à faire un détour», conseille Christian Deslières, passionné de VR et enseignant au Centre de formation en transport routier (CFTR) de Saint-Jérôme. On se donne une petite chance en stationnant le nez du VR direction sortie et en se garant loin de la circulation dense ou des entrées de magasins achalandées. Et on réserve en priorité un emplacement de camping offrant un accès direct, c’est-à-dire sans sortie en marche arrière. Impossible de s’en sauver? On descend du véhicule pour vérifier de visu les environs, puis on se fait aider par une seconde paire d’yeux. La caméra de recul? Nos experts de la conduite en VR n’en sont pas friands: «Une distraction», commente Christian Deslières. «Qui ne révèle qu’une partie et non tout le secteur arrière», ajoute Robert Boire.

Plus le VR est long (jusqu’à 17 m dans le cas d’une roulotte à sellette sur camionnette), plus les angles morts sont prononcés. On se montre donc doublement prudent aux changements de voie puisqu’on perd alors de vue un très long moment les voitures qui nous dépassent. Autre élément important à noter, l’arrière du VR met en porte-à-faux presque le tiers du véhicule. Les virages à droite ont donc des répercussions proportionnelles vers la gauche. Pareil «coup de fouet» peut heurter des obstacles qui ne semblaient pourtant pas si proches. «Vérifiez toujours ce qui se trouve du côté opposé à celui où vous tournez le volant et accordez-vous amplement d’espace», recommande Christian Deslières.

La largeur du VR le rend aussi plus sensible au vent. Pour ne pas se laisser surprendre par une bourrasque, on tient toujours le volant fermement. Et on ralentit: c’est la meilleure façon de réduire l’effet éolien et d’éviter que notre VR ne tangue en virage. Un VR peut aussi faire jusqu’à 4,15 m (13,6 pi) de haut, autant qu’un semi-remorque. On prête attention aux fils électriques suspendus, aux dégagements réduits sous les viaducs ou aux branches qui bordent les chemins. Et on bannit les stationnements souterrains. «Les novices devraient conserver à portée de main un aide-mémoire avec les dimensions métriques de leur VR, mais aussi avec celles en pieds pour les balades aux États-Unis», suggère M. Boire. Cela évitera également tout doute devant un quelconque panneau de signalisation.

Pour plus d’info: Fédération québécoise de camping et de caravaning (fqcc.ca ou 1 877 650-3722) et Liberté en VR (liberte-en-vr.ca).

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