Médicaments: l’importance du dosage

Médicaments: l’importance du dosage

Par Isabelle Bergeron

Crédit photo: rawpixel via Unsplash

Les médicaments soulagent et guérissent. Ils peuvent néanmoins aussi générer des problèmes importants s’ils ne sont pas bien adaptés à notre cas. On fait le point.

En 2013, en un peu moins de 10 ans, la vente de médicaments au Canada avait augmenté de 7 milliards de dollars, atteignant les 22 milliards. «Le vieillissement de la population est une des explications», estime Caroline Sirois, pharmacienne et professeure à l’UQAR. Également chercheuse au Centre d’excellence sur le vieillissement de Québec, Caroline Sirois se penche depuis quelques années sur la polypharmacie, soit la prise de plusieurs médicaments simultanément. Au Québec, les deux tiers des personnes de 65 ans et plus prennent 5 médicaments ou davantage. Selon l’Institut canadien d’information sur la santé, deux personnes sur trois, dans les CHSLD, consomment au moins 10 médicaments sur une base quotidienne. «Plus le nombre de médicaments pris est élevé, plus les risques d’interactions ou de surmédication causant des effets indésirables augmentent», souligne la pharmacienne. On prend deux médicaments différents? Le risque d’interaction néfaste est d’environ 10 %. On en consomme cinq ou plus? Ce chiffre passe alors à 80 %. Et 10 % des hospitalisations à plus de 65 ans seraient dues à cette situation.

Une médication adaptée

«Depuis une dizaine d’années, la médication gériatrique se fait de façon un peu plus adéquate et personnalisée, note la Dre Cara Tannenbaum, professeure à la Faculté de médecine et de pharmacie de l’Université de Montréal et chercheuse à l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. Cela dit, il reste encore beaucoup de chemin à faire.» De fait, les Instituts de recherche en santé du Canada estiment qu’environ 25 % des Canadiens âgés consomment au moins un médicament considéré comme inutile, voire nocif pour eux. Par exemple, les benzodiazépines, des somnifères, leur sont déconseillés, car ils augmentent de 50 % le risque de chute et sont associés à un risque accru de démence. Pourtant, au Québec, environ 30 % des aînées en consommeraient. Autre exemple: environ 25 % des résidents en établissement de soins de longue durée (SLD) prendraient des antipsychotiques. Ce médicament, habituellement prescrit pour les troubles bipolaires et la schizophrénie, serait utilisé pour traiter l’agressivité et l’agitation associées à la démence. Plusieurs études ont pourtant démontré que les antipsychotiques ne sont pas vraiment efficaces pour traiter ces symptômes et augmentent même les complications. Une étude de la Fondation canadienne pour l’amélioration des soins de santé a même établi que la réduction et la suppression des antipsychotiques chez les résidents des CHSLD avaient réduit de 20 % le risque de chutes et de 50 % celui de violence verbale et physique.

Pas les mêmes effets

Outre les maladies en tant que telles, le facteur vieillissement proprement dit a un impact sur la façon dont notre corps métabolise les médicaments. Un médicament qui fonctionnait très bien sur nous il y a sept ans peut perdre de son efficacité ou engendrer plus d’effets secondaires aujourd’hui, parce que notre masse musculaire diminue alors que notre taux de gras augmente, par exemple. Cette situation peut avoir un impact sur la «distribution» des médicaments dans notre organisme. «De plus, au fil des années, notre corps est bien moins hydraté, plus sec, et notre foie et nos reins fonctionnent souvent moins bien, rappelle la Dre Tannenbaum. On ne réagit donc parfois plus de la même façon aux médicaments. Il importe de s’assurer que ces derniers sont adaptés à notre situation.» Selon Caroline Sirois, «une des conséquences du fait que nos reins et notre foie fonctionnent moins bien est aussi que les médicaments s’éliminent plus difficilement». Résultat, on risque la surmédication, d’autant qu’on vit plus longtemps à notre époque et qu’on cumule dès lors parfois plusieurs maladies chroniques (diabète, arthrite, maladie cardiaque). Les médicaments s’additionnent, tout comme les risques d’interactions indésirables.

Poser les bonnes questions

Comment savoir si on consomme trop de médicaments ou si ces derniers ne nous sont pas adaptés? «Ce n’est pas évident, admet Caroline Sirois. Une grande fatigue et de la faiblesse surviennent fréquemment dans ce cas, mais on n’associera pas nécessairement ces signes à un problème de médication.» De plus, les symptômes différeront souvent selon les médicaments pris, sans compter que certains effets néfastes ne seront véritablement détectés qu’avec un examen sanguin, par exemple.

Bien entendu, dès qu’on sent que quelque chose ne va pas avec nos médicaments, on en avise notre médecin. Mais mieux vaut ne pas attendre que notre corps nous signale un problème et miser sur la prévention. «Il est important de se questionner et d’adopter un esprit critique à l’égard de la médication», insiste la Dre Tannenbaum. Tel ou tel médicament est-il vraiment nécessaire? Son dosage est-il encore adéquat? Tel médicament interfère-t-il avec tel autre? Bien sûr, on aura besoin d’aide pour répondre avec justesse à ces questions et, très important, on ne cesse jamais de prendre un médicament par nous-mêmes! «Si on prend plusieurs médicaments, incluant certains dits naturels et ceux en vente libre, on commence par prendre rendez-vous avec un pharmacien et passer en revue avec lui toute notre pharmacie, suggère la Dre Tannenbaum. Les pharmaciens sont les mieux placés pour nous aider à y voir clair et nous conseiller.» Lors de notre prochain rendez-vous avec notre médecin, on n’hésite pas non plus à lui poser des questions et à lui rappeler tous les médicaments pris. «Cela évitera les cascades médicamenteuses, c’est-à-dire des effets secondaires causés par des médicaments et traités avec d’autres médicaments», précise la médecin.

Traiter la maladie par des pilules est un réflexe encore profondément enraciné. Toutefois, de plus en plus de voix s’élèvent contre la prescription à outrance, comme celles des experts alliés au Réseau pancanadien de déprescription. Cette organisation, qui a vu le jour il y a deux ans, a mis en place un plan d’action pour établir de nouvelles stratégies visant une prescription médicamenteuse plus sécuritaire et adaptée. Selon la pharmacienne Caroline Sirois, les gens sont prêts à de telles initiatives. «Une étude que j’ai menée récemment sur la déprescription a montré que les aînés étaient tout à fait ouverts à l’idée de prendre moins de médicaments. Ce qui était le plus important pour eux, finalement, c’était d’être en meilleure santé possible, quel que soit le moyen!»

Plus d’infos, on consulte l’Ordre des pharmaciens du Québec: opq.org ou 1 800 363-0324.

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