Quelles solutions pour la perte d’audition?

Quelles solutions pour la perte d’audition?

Par Jacqueline Simoneau

Crédit photo: Monika Rams via Unsplash

On a du mal à suivre une conversation? Notre conjoint se plaint qu’on met le volume de la télé trop fort? On fait constamment répéter les gens? Notre ouïe nous joue certainement des tours. Heureusement, il existe des options efficaces pour contrer la perte auditive! 

Si l’acuité auditive diminue au fil du temps, au même titre que la vue, on ne fait pourtant pas vérifier notre audition régulièrement, comme notre vision. «De nombreuses personnes pensent qu’il faut avoir complètement perdu l’audition pour consulter, note Michèle Veilleux, audiologiste aux cliniques Lobe. En réalité, des suivis réguliers permettent de détecter rapidement une baisse d’audition et d’agir promptement pour en prévenir les répercussions.»

Une démarche utile, certes, car la perte auditive n’est pas sans conséquence. «Plus l’audition diminue, plus les gens ressentent de la frustration, du stress et une perte de confiance, ajoute Mme Veilleux. Ils perdent graduellement de l’intérêt pour les rencontres et les activités de groupe, et ils évitent les conversations en milieu bruyant. Les relations personnelles, sociales et professionnelles sont ainsi affectées. Les problèmes d’écoute conduisent peu à peu à l’isolement social et même parfois à la dépression.» En outre, certaines études tendent à démontrer un lien entre la perte auditive et le risque de subir un déclin cognitif plus rapide.

Pourquoi entend-on moins bien? 

Si on a l’impression que les gens marmonnent ou parlent moins clairement, c’est peut-être parce qu’on souffre de presbyacousie, une perte auditive associée à l’âge. Ce phénomène naturel affecte 25 % des personnes âgées de 55 à 64 ans, 33 % des 65 à 74 ans et 50 % des 75 ans et plus. Il apparaît plus tôt chez les hommes que chez les femmes. La presbyacousie touche les deux oreilles et s’installe progressivement, si bien que, souvent, la personne concernée ne s’en rend pas compte, du moins au début. Ce sont généralement ses proches qui le remarquent. «Les gens ont tendance à mettre leur difficulté à entendre sur le compte des autres, leur reprochant de ne pas parler assez fort ou de ne pas articuler suffisamment», remarque l’audiologiste.

Cependant, certains indices ne trompent pas. La presbyacousie débute par une perte de perception des sons aigus comme le «s» et le «f». Elle entraîne aussi des problèmes à bien comprendre dans un environnement bruyant ou en présence d’un bruit de fond (par exemple, de l’eau qui coule). On entend, mais on ne comprend pas certains mots. On aura alors tendance à faire répéter ou à demander de parler plus fort. Avec le temps, on en vient à ne plus entendre divers bruits, comme la sonnerie du téléphone ou celle du micro-ondes.

«La presbyacousie s’explique de deux façons, précise Michèle Veilleux.  La première réfère à la synaptopathie. Selon ce concept, la connexion entre les fibres nerveuses qui envoient le message au cerveau et les cellules ciliées de la cochlée, dans l’oreille interne, se fait moins bien en vieillissant. La seconde implique une dégénérescence des cellules ciliées causée par une “usure” naturelle. Outre l’âge, il existe d’autres facteurs susceptibles de dégrader le système auditif et d’accélérer le vieillissement des cellules, tels l’hérédité et les expositions prolongées au bruit.»

Notre audition baisse? On consulte sans tarder un audiologiste, car plus on attend, plus on risque d’éprouver des difficultés. Ce spécialiste évaluera s’il y a une perte auditive – ou pas – et déterminera, s’il y a lieu, un plan de traitement. Au besoin, il nous référera à un audioprothésiste, le spécialiste des aides auditives. 

Plus discrets que jamais

La presbyacousie ne s’opère pas, car elle est irréversible. En revanche, les prothèses auditives peuvent améliorer grandement la qualité de vie. Pourtant, bien des gens hésitent encore à y recourir parce qu’ils craignent les qu’en-dira-t-on ou l’aspect inesthétique des prothèses. Ils se disent qu’au fond ils n’entendent pas si mal et repoussent l’échéance. Dommage, quand on sait que les avancées technologiques ont révolutionné les appareils auditifs. De plus en plus petits et discrets, ils offrent une excellente qualité d’écoute et de multiples fonctions ultraperformantes. 

Les prothèses auditives se classent en deux familles: intra-auriculaire (à l’intérieur de l’oreille) et contour d’oreille.

IIC (invisible-in-canal) «C’est la plus petite des prothèses, précise Michel Zalatan, audioprothésiste aux cliniques Lobe. Se logeant profondément dans le canal auditif, ce qui la rend quasi invisible, elle corrige des surdités légères à modérées.» Étant donné son format, elle exige toutefois une bonne dextérité pour l’entretien, le changement de pile et l’insertion dans le canal. Elle n’est pas munie d’un bouton pour les ajustements. 

CIC (completely-in-canal) Discret, ce modèle se glisse complètement dans le canal auditif. On ne le remarque que de profil et de près. La prothèse CIC peut être dotée d’un bouton de commande pour l’ajustement du volume, entre autres, d’où une plus grande flexibilité par rapport à la IIC. Elle requiert néanmoins une bonne dextérité. Convient aux pertes auditives légères à modérées. 

Intra-canal demi-conque et pleine conque «Une partie de l’appareil prend place dans le conduit auditif et une autre dans le bas de l’oreille», explique l’audioprothésiste. Un peu plus grosses que les précédentes, ces prothèses sont plus faciles à manipuler et permettent l’ajout d’options, comme des micros directionnels pour réduire les bruits arrière et mieux capter les sons devant. Pour les surdités légères à modérées.

Contour d’oreille On trouve sur le marché deux principaux types de contour d’oreille. «Le modèle régulier est robuste, puissant et facilement maniable. Ses piles offrent une bonne autonomie. La partie derrière l’oreille est reliée à un embout sur mesure placé dans le pavillon. Cet appareil est plus volumineux, mais il offre des possibilités techniques incomparables. Il répond à la plupart des besoins et à tous les degrés de surdité. Le modèle à écouteur délocalisé possède un boîtier plus petit et un fil plus mince, avec un écouteur logé dans le conduit auditif, ce qui le rend plus discret. Il convient aux gens atteints de surdité légère ou profonde.»

Pour nous aider à choisir un appareil adapté à nos besoins, l’audioprothésiste considère plusieurs facteurs: notre degré de surdité, notre style de vie, notre dextérité, l’esthétique et, bien sûr, notre budget. Le prix d’une prothèse varie de 1500 $ à 4000 $ pour les modèles de haute technologie. Et parce que la perte auditive touche généralement les deux oreilles, on devra prévoir l’achat de deux prothèses. Un incontournable, selon Michel Zalatan: «Porter deux appareils permet entre autres de mieux entendre et de localiser plus facilement la provenance des sons.»  

Des aides précieuses 

La nouvelle génération de prothèses auditives n’a plus rien à voir avec les gros appareils beiges d’autrefois. On dispose désormais d’une panoplie d’options destinées à améliorer la performance auditive, à répondre aux besoins actuels et à faciliter le quotidien: contrôle et ajustement automatiques du volume, atténuateur de bruits ambiants, transmetteur sans fil pour la télé, microphone à distance pour entendre, par exemple, la voix d’un conférencier directement dans les appareils auditifs, résistance à l’eau, à la poussière et à la transpiration, etc. Grâce à la connectivité sans fil Bluetooth, il est même possible de transférer la communication téléphonique et la musique directement du cellulaire, de la tablette ou de l’ordi aux prothèses, de régler le son, de modifier les programmes, de recevoir des appels en mode mains libres ou encore de géolocaliser les prothèses, de sorte que la prochaine fois qu’on ira au même endroit, les appareils s’ajusteront automatiquement selon les réglages préétablis. Aucune raison de s’en priver!

En attendant, on peut mettre en place diverses stratégies de communication pour nous aider à mieux comprendre notre interlocuteur… 

• L’avertir qu’on a des problèmes d’audition. 

• Lui demander de parler lentement et clairement, une personne à la fois. 

• Ne pas faire semblant d’avoir compris et souligner plutôt la partie de la phrase entendue, en lui demandant de répéter celle qui manque.

• Lui demander de répéter en d’autres mots.

• Se rapprocher de la personne, face à elle.

• Se placer dos à la lumière ou à la fenêtre.

• Éliminer le bruit ambiant. 

• Au restaurant, choisir un emplacement tranquille.

Est-ce que j’entends assez bien? 

Certaines personnes ignorent qu’elles souffrent d’un problème d’audition. Et si c’était notre cas? On fait le test en encerclant les énoncés qui nous concernent. 

Je demande souvent aux gens de répéter ou de parler plus fort.

J’éprouve de la difficulté à suivre une conversation dans un environnement bruyant, au téléphone ou quand plusieurs personnes parlent ensemble.

J’ai du mal à localiser la provenance des sons. 

J’ai du mal à comprendre quand je ne vois pas le visage de mon interlocuteur.

J’ai de la difficulté à entendre la sonnerie du téléphone ou de la porte d’entrée quand je suis dans une autre pièce.

Mon entourage se plaint que je mets le volume de la télé ou de la radio trop fort. 

Je refuse des sorties (cinéma, théâtre, soupers, etc.), de crainte de ne pas bien entendre. 

Vous avez encerclé certaines de ces affirmations? Mieux vaudrait alors consulter un audiologiste pour faire un bilan d’audition. 

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