Quel est ce bruit dans mes oreilles?

Quel est ce bruit dans mes oreilles?

Par Carolyne Ann Boileau

Crédit photo: iStock

Grésillements, bourdonnements, tintements… les probabilités qu’un ou plusieurs de ces sons nous perturbent sont bien réelles: les acouphènes affectent de 12 à 30 % de la population canadienne. Comment faire la paix avec ces sensations auditives?

Nos oreilles sont précieuses. Saviez-vous que les nombreux klaxons entendus durant le convoi des camionneurs à Ottawa, l’hiver dernier, étaient suffisants pour affliger l’ouïe des personnes se trouvant à proximité?

«Les bruits excessifs sur de longues périodes sont dommageables pour l’audition», affirme Sylvie Hébert, audiologiste et professeur titulaire en audiologie à l’École d’orthophonie et d’audiologie de l’Université de Montréal. Le son d’un klaxon peut atteindre jusqu’à 115 décibels, soit l’équivalent d’un concert de musique. C’est assez pour engendrer une perte auditive…

L’acouphène, ce mal invisible

Selon Sylvie Hébert, certains acouphènes disparaissent spontanément, tandis que d’autres, perceptibles sur une période de plus de six mois, peuvent devenir chroniques. Cela dit, leur intensité peut varier dans le temps.

Le hic, c’est qu’il n’y a bien souvent que la personne qui en souffre qui les entend. «Les acouphènes sont des bruits parasites qui résonnent dans la tête ou dans les oreilles et qui ne sont pas reliés à une source sonore externe. Autrement dit, c’est le système auditif, et plus précisément le cerveau, qui les produit», précise Sylvie Hébert.

Mais qu’est-ce qui peut bien causer ce trouble auditif? Avant la cinquantaine, le coupable est bien souvent un traumatisme sonore. «Les gens qui travaillent dans le bruit depuis 20 ans, par exemple, percevront un début de baisse d’audition», révèle le Dr Luc Monette, président de l’Association d’otorhinolaryngologie et de chirurgie cervicofaciale du Québec et ORL à l’Hôpital de Gatineau.

Les jeunes ne sont d’ailleurs pas épargnés par les acouphènes: selon Sylvie Hébert, qui rapporte les résultats d’une étude scientifique canadienne, 46% des adultes âgés de 19 à 29 ans ont fait l’expérience d’un acouphène dans l’année précédente!

Vers l’âge de 55 ans et plus, on assiste bien souvent au début des effets du vieillissement normal de l’oreille et, donc, à une perte d’audition dans les hautes fréquences.

«Il faut être attentif si on détecte l’apparition d’acouphènes, que ce soit dans une oreille ou les deux, note le Dr Monette. Le volume de la télévision est un bon indicateur: si le conjoint écoute la télé à 12 et que vous lui demandez constamment d’augmenter le volume à 15, par exemple, c’est signe qu’il faut passer un test d’audition auprès d’un audiologiste pour valider s’il y a une perte dans les hautes fréquences. Même chose si la personne a plus de difficulté à comprendre certains mots lors d’une conversation dans un milieu bruyant.»

D’autres causes sont aussi pointées du doigt: les bouchons de cérumen (moins de 5 % des cas) peuvent entraîner des silements dans les oreilles, qui disparaissent instantanément une fois nos conduits auditifs libérés. Certains médicaments dits ototoxiques (dont ceux utilisés dans des traitements contre le cancer, voire quelques antibiotiques et diurétiques) risquent aussi de provoquer des silements.

Si des acouphènes apparaissent, il faut en parler avec son médecin ou à son pharmacien. Enfin, les gens qui ont fait des otites à répétition pourraient aussi être sujets aux acouphènes.

Une question de fréquences

Certaines personnes souffrant d’acouphènes les décrivent comme des silements, tandis que d’autres disent ressentir des bourdonnements. Quel que soit le mot choisi pour les qualifier, il faut savoir que la fréquence (en hertz) n’est sans doute pas la même pour ces deux types de sons. Généralement, le silement sera associé aux fréquences aiguës, équivalant à plus de 3000 ou 4000 hertz. Les bourdonnements, eux, seraient d’environ 500 hertz. De tels acouphènes pourraient être liés à une pathologie de l’oreille, telle que la maladie de Ménière.

Si l’acouphène est perçu d’un seul côté, qu’il est continu ou pulsatile (on sent sa propre pulsation cardiaque dans l’oreille), c’est une indication qu’il faut consulter son médecin de famille, qui dirigera son patient vers un ORL. Un problème de circulation sanguine pourrait être en cause.

«Les acouphènes sont plus fréquemment perçus dans les deux oreilles, car nous sommes exposés au bruit de façon équivalente, précise Sylvie Hébert. Mais il peut arriver que des passionnés de chasse ou de tir à l’arc, par exemple, ressentent des manifestations sonores dans une seule oreille, soit celle située le plus près du bruit émis.» Plus rarement, un acouphène unilatéral pourrait aussi signaler la présence d’une tumeur.

Des solutions efficaces

Si on ne guérit pas de l’acouphène chronique, des outils sont néanmoins à notre portée pour mieux en gérer les inconforts.

• Enrichir notre environnement sonore

Comme les acouphènes sont davantage perceptibles dans le silence, il est conseillé de faire jouer la radio ou la télé afin de créer un fond sonore. Ainsi, on y portera moins attention. On peut aussi installer une application qui fait jouer des bruits blancs sur notre tablette ou notre télé- phone intelligent. Cela dit, la science n’a rien statué de concret à ce propos.

• Porter des prothèses auditives sophistiquées

Certains appareils auditifs amplifient les hautes fréquences, ce qui camoufle les acouphènes. Il est possible, également, de leur intégrer un générateur de bruits. «L’audiologiste pourra ajuster l’appareil à la fréquence de l’acouphène, si ce dernier est sous la barre des 8000 hertz», affirme Sylvie Hébert. Ça permet donc de restaurer un peu d’audition.

• Suivre une thérapie cognitivocomportementale

Les gens très dérangés par leurs acouphènes ont tout à gagner en consultant un psychologue offrant ce type de thérapie. «Elle a été démontrée efficace pour augmenter le bien-être et réduire la dépression et l’anxiété, signale l’audiologiste. Cette thérapie permet aux gens de décortiquer le lien entre les pensées et les comportements en passant par les émotions. Le psychologue amène tranquillement la personne à dédramatiser l’impact de l’acouphène dans sa vie. Vous savez, le cerveau est fait pour filtrer les informations. C’est sûr que lorsqu’on se concentre sur nos oreilles, il s’en passe, des choses!»

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