Le bonheur de chanter

Le bonheur de chanter

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Chantale Lecours

Quitter son emploi pour monter une chorale? Marie-Josée Forest l’a fait, et ne regrette rien, non, rien de rien. 

En secondaire 1, Marie-Josée Forest était plutôt gênée. Elle s’est mise à gratter la guitare. Puis à composer des mélodies pour les paroles qu’écrivait une de ses amies. Et à chanter avec elle. Un jour qu’elle devait livrer un exposé oral, elle a eu l’idée d’apporter son instrument en classe et… de chanter son texte.

«Plein d’élèves sont venus me voir après, et je me suis fait des amies juste à cause de cet exposé. » C’est aussi durant cette période qu’elle a commencé à diriger, officieusement, sa première chorale. «Pour le spectacle de fin d’année, j’avais décidé de chanter Be My Baby (par The Ronettes) et j’avais rallié des amies à qui je montrais les harmonies dans la salle de bains de l’école!» 

Elle était alors loin de se douter qu’un jour ce serait un gagne-pain. 

Merci, acupunctrice! 

Avance rapide (ou FFWD, pour qui a grandi avec un lecteur cassette). Marie-Josée est en couple avec Jean-François Fortier, un musicien avec qui elle a même lancé un album en 2007, Easter Swing, sous le nom de Marijo Bonheur, et elle est la maman de deux filles. La frénésie de la vie familiale et le stress de faire de l’argent avec les concerts éteignent toutefois sa passion musicale. Jusqu’à une visite chez l’acupunctrice. «J’avais des problèmes avec mes poumons. Et elle me dit: « Toi, quand je t’ai connue, tu chantais. Tu devrais recommencer! » Je l’ai écoutée et je me suis inscrite dans une chorale. Et j’ai réalisé qu’effectivement, chanter me faisait le plus grand bien.» 

Un soir, elle a une illumination. «Je regardais ma prof et je me suis dit que j’aimerais ça, diriger, moi aussi.» Et comme la vie est faite de hasards, sa prof perd un jour la voix et lui demande de la remplacer, elle qui connaît toutes les parties du chœur. «J’ai adoré.» On est alors en 2017. Marie-Josée travaille comme graphiste et directrice artistique dans un magazine… où elle organise une chorale sur l’heure du dîner. «C’était un peu bric-à-brac, mais mes collègues me disaient toujours que cette petite demi-heure les requinquait pour le reste de la journée.» L’idée d’en former une plus professionnelle commence à la tarauder. «Mais je n’ai pas de connaissances en musique, je ne sais pas la lire. J’envisage donc d’aller suivre une formation en direction de chorale à Vancouver.» 

C’est là que la main du destin frappe (encore) à sa porte. «Je suis tombée en arrêt de maladie après avoir fait une grosse crise de panique au bureau. Je pensais que j’allais mourir.»

Pressentiment? Marie-Josée venait de réserver un week-end de ressourcement à l’Abbaye de Saint-Benoît-du-Lac. «J’ai pleuré et écrit tout le long. Je remettais tout en question, mon travail, ma vie de couple. En revenant à Montréal, c’était devenu clair que je voulais délaisser le graphisme et lancer ma chorale. À ce moment-là, mon chum [devenu ex-chum par la suite] a décidé d’embarquer avec moi. J’ai trouvé des clients à la pige et je suis retournée à l’université apprendre les bases qu’il me manquait. Et, moins d’un an après mon épiphanie, on a mis en place Chœur de loups. J’aime encore le graphisme, mais je sais désormais que je ne veux plus d’emploi à temps plein!»  

Une chorale pour tous 

D’emblée, Marie-Josée a établi les principes suivants : il n’y aurait pas d’auditions, pas de basses, ténors ni sopranos, pas de partitions, pas de spectacles. «Nous, c’est : on arrive et on chante. L’objectif: avoir du fun ensemble. À la première session, en 2018, dans nos publications Facebook, j’ai dit que j’avais le goût de chanter en harmonie et j’ai demandé qui avait envie de se joindre à nous. Une soixantaine de personnes se sont présentées! La session d’après, on était 90.»  

Si on chante mal, peut-on s’inscrire pareil? «À chaque début de session, je demande qui n’a jamais fait partie d’une chorale. Ça va de la moitié aux trois quarts. Chanter dans un groupe, ce n’est pas comme fausser dans sa douche. On est porté par la voix des autres, il n’y en a pas une qui domine. Tout le monde peut chanter la mélodie principale. Les plus habitués font les harmonies.»  

Et tous, de 12 à 80 ans, sont d’accord sur une chose : c’est bon pour le moral. «Les gens créent des liens, ça donne un sentiment d’appartenance, brise l’isolement de certains. Parce qu’on se concentre à travailler sa mélodie, à apprendre les paroles, on est dans le moment présent, on oublie nos soucis du quotidien. Et quand la chanson commence à être bien intégrée, on est dans le pur plaisir. Chanter, ça libère!» 

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