Peut-on recevoir un traumatisme en héritage?

Peut-on recevoir un traumatisme en héritage?

Par Isabelle Bergeron

Crédit photo: iStock

Dans quelle mesure nos comportements et sentiments peuvent-ils être liés à des événements douloureux vécus par une grande-tante ou un arrière-grand-père? Nous explorons la question du traumatisme transgénérationnel avec Barbara Couvert, autrice, gestalt-thérapeute et psychogénéalogiste.

C’est aux recherches sur les liens transgénérationnels de la psychologue Anne Ancelin Schützenberger qu’on doit la popularisation de la psychogénéalogie, notamment avec son best-seller Aïe, mes aïeux! paru en 1988 et maintes fois réédité. Un ouvrage passionnant où elle explique le concept selon lequel «nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et que nous avons parfois, curieusement, à “payer les dettes” du passé de nos aïeux.» Si Barbara Couvert s’est intéressée à la psychogénéalogie, c’est notamment grâce à sa rencontre avec Ancelin Schützenberger, avec qui elle a travaillé quelques années. La gestalt-thérapeute a elle-même publié deux livres sur le sujet, dont Au cœur du secret de famille, en 2000, et Hériter de l’histoire familiale?, qui vient de paraître en format poche.

Comment pourrait-on résumer ce qu’est la psychogénéalogie?

Lorsque des événements douloureux se sont produits dans une famille, ils peuvent avoir une influence – psychique ou physique – des générations plus tard sur la vie des membres de cette famille. Pour mieux comprendre, prenons un exemple collectif, celui de la crise du verglas en 1998.

Des études faites sur des enfants nés de mères ayant subi un stress important durant la crise ont démontré que ceux-ci étaient plus sou- vent stressés et obèses. Des effets qu’on a pu constater aussi sur la génération suivante. C’est la même chose pour un traumatisme individuel. Celui-ci peut avoir un impact important sur les générations suivantes.

Les événements positifs peuvent-ils aussi se répercuter ainsi?

De tels événements marquants peuvent certainement avoir aussi des répercussions, mais les gens heureux ne consultent pas. Difficile, donc, d’étudier ces cas!

Comment savoir si un traumatisme familial du passé est la cause de nos difficultés?

Si on éprouve un mal-être, une souffrance importante, mais qu’on ne peut l’expliquer par une cause liée à nous-même, il peut s’agir d’un événement passé dont les impacts remontent jusqu’à nous. Par exemple, si on a une peur bleue de l’eau mais que cette peur n’est rattachée à aucun événement de notre vie, elle est peut-être liée à quelque chose qui s’est passé chez nos aïeux.

En psychogénéalogie, nous utilisons le génogramme comme outil. Il s’agit d’une sorte d’arbre généalogique qui sert à établir les liens entre les événements et les gens, ainsi que les relations entre les membres d’une famille. Le thérapeute qui fera le génogramme interrogera la personne sur son histoire par rapport à certains événements, établira des liens et posera des questions précises afin d’accéder à la mémoire familiale non consciente de la personne. Tout ça afin de mieux comprendre les émotions qui émergent de cette personne par rapport à tel ou tel événement, de façon à pouvoir faire des corrélations par la suite.

Pourquoi pourrait-on subir certaines répercussions, par exemple la peur de l’eau ou de la foudre, sans que notre frère ou notre mère les subissent eux aussi?

On est tous différents. Même les jumeaux identiques ne sont pas pareils. On naît avec des forces, des vulnérabilités, et on est tous dotés d’une volonté personnelle qui nous permet d’évoluer de telle ou telle manière. Par ailleurs, il peut y avoir d’autres raisons qui expliquent ou amplifient l’impact d’un traumatisme ancien chez une personne: des circonstances ou un contexte particulier, un événement déclencheur, etc. C’est complexe comme phénomène.

Comment faire pour éviter que ces traumatismes ne se répercutent encore? Autrement dit, comment en guérir?

En arrivant à comprendre, ne serait-ce qu’un peu. Nommer ce qu’on éprouve en ayant une idée de la raison qui l’explique… Cette prise de conscience est très aidante. On n’arrivera peut-être pas toujours à savoir exactement ce qui a pu se produire, mais on aura au moins un début de réponse. Cela dit, avant que les gens viennent en consultation, je leur suggère toujours d’essayer de faire une recherche préliminaire sur leur histoire familiale, d’arriver avec des éléments d’information. Ça facilite le travail. La psychogénéalogie est une chose, mais on a parfois aussi besoin d’être accompagné dans le cadre d’une psychothérapie pour travailler sur nos émotions.

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