L’écoanxiété, ce n’est pas juste une affaire de jeunes!

L’écoanxiété, ce n’est pas juste une affaire de jeunes!

Par Caroline Fortin

Crédit photo: iStock

Le sort de la planète n’inquiète pas seulement Greta Thunberg. S’il n’y a pas d’âge pour ressentir de la tristesse en regardant les catastrophes écologiques dans l’actualité ou en pensant au monde qu’hériteront les futures générations, il y a heureusement des moyens de composer avec ces tracas, qui prennent de plus en plus de place dans la tête de certaines personnes.

«Anxiété provoquée par les menaces environnementales qui pèsent sur notre planète.» C’est sous cette définition que l’écoanxiété a fait son entrée dans Le Petit Robert 2023. Pour la communauté scientifique, toutefois, le concept n’est pas si simple. « Parce qu’il y a une grande diversité dans les réalités et l’intensité avec laquelle elle est vécue, je résume l’écoanxiété en une phrase parapluie : avoir des préoccupations par rapport à l’environnement », explique la Dre Inês Lopes, psychologue spécialisée en éducation écosociale.

Ainsi, les Madelinots qui ont subi les dégâts laissés par l’ouragan Fiona et les gens qui ont vu à la télé les kangourous fuir le brasier en Australie peuvent tous ressentir de l’écoanxiété, même si les premiers ont vécu les conséquences des changements climatiques aux premières loges et les seconds les ont observés à distance. «Il y a des stress vécus directement, au présent, qui peuvent entraîner des anticipations anxieuses, et il y a des gens qui vivent de l’anxiété parce qu’ils anticipent l’avenir, sans qu’il y ait nécessairement un événement présent qui bouleverse leur vie.»

Une chose est certaine: contrairement aux troubles anxieux, l’écoanxiété n’est pas reconnue comme un problème de santé mentale. «L’inscrire dans le Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux reviendrait à lui donner un caractère pathologique, alors qu’il s’agit d’une réaction tout à fait normale et légitime à une situation anormale, soit le fait que la Terre soit menacée par l’activité humaine», rappelle la doctorante en psychologie Christina Popescu, dont les travaux portent sur l’écoanxiété.

Une impression de nuage gris

Pour ceux qui la ressentent, l’écoanxiété peut tout de même être une «gâcheuse de vie», comme elle l’a été pour Hélène-Lise, une surveillante scolaire de 69 ans. «Je suis anxieuse depuis l’enfance. Et j’ai toujours été préoccupée par l’état de la nature, des animaux. Sans que ça occupe continuellement mes pensées, tout m’inquiétait – disparition des abeilles, canicules extrêmes, temps trop doux l’hiver, déversement de matières toxiques – et ça me demandait beaucoup d’efforts pour passer à autre chose. C’était comme un gros nuage gris qui s’acharnait à rester au-dessus de ma tête.»

Boule dans le ventre, sueurs nocturnes, insomnie, cauchemars, sentiment d’impuissance, hypervigilance, perte d’espoir en l’avenir, difficulté de concentration : les symptômes liés à l’écoanxiété sont à peu près les mêmes que ceux de l’anxiété. «La différence, c’est que ce sont les changements climatiques et les autres bouleversements environnementaux qui déclenchent l’anxiété et non des situations du quotidien», précise Christina Popescu, ajoutant qu’ils varient en intensité selon chaque personne.

Toutefois, pour d’autres personnes, le sort de la planète ne soulèvera pas que de l’anxiété, mais une palette d’écoémotions, qui deviendront des moteurs d’action.

Après la pluie, le beau temps

Alors, est-il possible d’apaiser son écoanxiété? «C’est une question plus compliquée qu’il n’y paraît, répond Inês Lopes. Car ce trouble revêt une multitude de visages: les réfugiés climatiques, par exemple, vivent toutes sortes d’impacts psychologiques très réels et souvent difficiles. Et d’un autre côté, l’écoanxiété peut devenir un catalyseur et pousser à l’action, donc être bénéfique. Dans un monde idéal, on serait dans une combinaison action-self care, qui consiste à prendre soin de l’environnement, des autres et de soi-même.»

Des stratégies pour y arriver

Cultiver sa connexion avec la nature. «Vivre des expériences positives avec la nature, comme aller marcher en forêt, permet de ne pas toujours être dans la représentation "environnement = problème". On peut aussi la cultiver en transmettant à ses enfants et petits-enfants son amour et son émerveillement devant la nature de même que le respect de celle-ci», dit Inês Lopes.

S’entourer de personnes aux valeurs communes. Donc qui ne nient pas les changements climatiques. «Pouvoir parler de ses préoccupations de manière sécuritaire avec la famille, les amis, c’est un facteur de protection à long terme», souligne Christina Popescu.

Se faire du bien. Prendre des pauses pour se changer les idées en faisant des activités qu’on aime. Sortir de sa tête de temps à autre n’équivaut pas à vivre dans le déni des défis environnementaux.

Consulter. Pour Hélène-Lise, ça a été comme une bouée. «Ma psychothérapeute m’a recommandé la kinésiologie éducative, aussi appelée Brain Gym. Des exercices qui, combinés à ma médication anxiolytique, forment une routine qui me donne un sentiment de sécurité.»

S’impliquer. Dans son quartier, auprès d’organismes comme Mères au front ou Nature Action Québec, ou encore en militant pour faire bouger les gouvernements, les entreprises, le système, car c’est à cette échelle que les véritables changements se feront.

Hélène-Lise, elle, a choisi de s’impliquer à sa mesure. «Tous les printemps, aux deux semaines, je me promène dans mon quartier à Laval et je ramasse toutes les cochonneries que je trouve. À mon école, je demande aux plus jeunes de rapporter les masques, les papiers, les déchets, et, à la fin de la semaine, je les récompense. Je les rappelle à l’ordre quand ils posent des gestes qui peuvent nuire à l’environnement, par exemple en se pendant aux branches des arbres. Mais je leur fais toujours comprendre ma motivation: je fais de l’éducation à ma façon, sur le terrain, dans le présent.» En semant des graines pour l’avenir.

Pour aller plus loin

L’ouvrage Apprivoiser l’écoanxiété – et faire de ses écoémotions un moteur de changement, de la psychologue Karine St-Jean (Les Éditions de l’Homme, 2020), propose réflexions et outils pour tirer parti des écoémotions – ces émotions ressenties dans la vie en général, mais qui sont alimentées par les préoccupations envers l’avenir de la planète.

 

 

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