L’Amérique de Paul Houde

L’Amérique de Paul Houde

Par Constance Cazzaniga

Crédit photo: Chantale Lecours

Passionné autant par les États-Unis que par les voyages en véhicule récréatif, Paul Houde a joint l’utile à l’agréable en lançant récemment la série documentaire Paul dans tous ses États, qu’il pilote avec l’historien Francis Primeau, ainsi qu’un livre du même titre, écrit en collaboration avec Nicolas Bertrand. Les deux œuvres mettent en lumière des lieux et des personnages qui ont marqué l’histoire de ce pays.  

En voyage, vous avez l’habitude de tenir un journal. D’où vient-elle ?  

Ça remonte à très loin. Dans mon enfance, mes parents nous amenaient en vacances dans le Massachusetts ou dans le Maine. Le livre est basé sur plusieurs carnets, pas seulement ceux que j’ai traînés sur le tournage de la série documentaire. C’est, si on veut, une réflexion de mon intérêt pour mes voyages en Amérique, ce qu’on appelle en anglais les roadtrips, que je fais depuis plusieurs années.  

À travers les pages, vous donnez des détails comme votre numéro de vol, le nom de votre hôtel, le kilométrage, etc. Pourquoi ces éléments sont-ils importants pour vous ? 

Dès que je me déplace, je note tout : mon heure de départ, la météo, où j’ai mangé, où j’ai dormi… C’est dans ma nature. J’ai un côté extrêmement détaillé dans ma vie. Savoir que j’irai dans tel aéroport me permet de mieux prévoir certaines choses. C’est toute une logistique. Je suis très pointilleux là-dessus.  

Quel est votre plus beau souvenir sur la route dans le cadre des tournages ? 

C’est probablement au Nouveau-Mexique, sur le site de Trinity, où l’on est allés tourner au point zéro de la première explosion nucléaire. J’étais là en me disant que le 16 juillet 1945, le monde avait complètement changé parce qu’on y avait fait détoner la première bombe atomique de l’histoire.  

Et quel lieu vous a le plus touché ? 

Probablement le motel Lorraine, à Memphis. Nous sommes allés sur le balcon où Martin Luther King a été assassiné en avril 1968. On était là et on prenait conscience de l’histoire qui était sous nos pieds. On a aussi visité le dépôt de livres à Dallas d’où le tueur Lee Harvey Oswald a assassiné le président Kennedy il y a 60 ans. C’est un autre endroit où il fallait absolument s’arrêter.  

On parle de l’histoire des États-Unis, mais qu’est-ce qui vous fascine de ce pays aujourd’hui ? 

Je dis souvent qu’on aime l’Amérique pour le meilleur et pour le pire. Beaucoup de gens ne s’arrêtent qu’au pire. Quand on regarde la société américaine – qui est en ce moment en plein bouleversement, qui est très polarisée politiquement et où toutes sortes de drames éclatent chaque jour –, on peut évidemment avoir une évaluation très négative des États-Unis. Mais quand on est ouvert d’esprit, on comprend que l’Amérique, c’est 50 États, chacun avec ses spécificités importantes. Il s’agit d’y aller lentement et de découvrir ville par ville, région par région, des disparités absolument incroyables.  

Vous qui aimez les chiffres, lesquels vous viennent en tête spontanément quand vous pensez aux États-Unis ? 

330 millions. C’est le nombre d’Américains. Et encore plus d’armes ! C’est quand même incroyable. Ça m’a frappé particulièrement à Waco, au Texas. On y est allés pour parler de la secte des Davidiens, qui s’est terminée par un véritable massacre en 1993. Waco compte une très belle université, réputée dans le monde entier, mais à part ça, pour moi, ce sont des églises et les boutiques d’armes où l’on n’a pas besoin de permis pour acheter. 

Vous cultivez une passion pour les voyages depuis votre jeunesse. Avez-vous préféré faire de la route dans la vingtaine ou dans la soixantaine ? 

Dans la soixantaine, on y va plus à notre rythme. On est plus attentifs à nos besoins. J’aime mieux voyager dans la soixantaine que dans la vingtaine, où j’étais affamé et curieux de tout, ce qui fait que je ne profitais jamais de rien. J’avais toujours l’impression d’être en retard sur quelque chose !  

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