Hélène Florent: Sans prétention

Hélène Florent: Sans prétention

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Maude Chauvin

Aussi humble que talentueuse, l’actrice illumine nos écrans depuis plus de deux décennies. Ces jours-ci, c’est dans la peau d’Une femme respectable, film du cinéaste réputé Bernard Émond récemment sorti en salle, qu’elle éblouit. Entretien avec une grande sensible.

Dans Une femme respectable, vous incarnez Rose qui, dans les années 1930 à Trois-Rivières, accepte, après 11 ans de séparation, de reprendre chez elle son mari volage et les trois filles qu’il a eues avec une autre femme…

Et c’est sa décision à elle! Même le curé (Paul Savoie) lui dit qu’elle n’est pas obligée d’être charitable à ce point-là. C’est d’ailleurs une chose que j’aime du film, c’est que, malgré l’époque, elle demeure maîtresse de ses choix. On sent que le curé la connaît depuis longtemps, elle l’écoute et accepte de revoir Paul-Émile (Martin Dubreuil), mais décide certaines choses, par exemple de ne pas reprendre la vie conjugale avec lui. Elle n’a jamais pu avoir d’enfants, alors c’est le premier moteur qui la guide, du moins c’est comme ça que je la vois. C’est une femme qui mène une vie rangée, tranquille, pieuse. Ses intentions sont louables, elle ne veut pas combler un vide, mais donner une bonne éducation à ces trois petites filles qui viennent de perdre leur mère. Et comme elle ne veut pas les arracher à leur père, elle l’accueille, lui aussi.

Le film est inspiré d’une nouvelle de Luigi Pirandello, Toute la vie, le cœur en peine. Ça vous a donné des clés pour la comprendre?

C’est un titre si magnifique, et c’est aussi la toute dernière phrase de la nouvelle. Même si Rose est moderne, elle demeure prise avec le carcan de l’époque et entre elle et son mari, il y a tout un tissu d’ambiguïtés, de contradictions, de non-dit. Elle est restée seule 11 ans, on sent qu’un certain désir remonte à la surface, mais elle ne sait pas si elle veut y succomber ou pas. De son côté, lui n’a pas vraiment changé, elle le connaît par cœur, mais comme elle l’a vraiment aimé, elle ressent des choses qui la dépassent. Comme acteurs, Martin (Dubreuil) et moi avons tripé à jouer nos personnages avec ce matériau extrêmement riche et complexe. Même en ayant lu la nouvelle, je savais que tout n’était pas clair, je me demandais ce que Rose voulait au fond d’elle-même.

C’était votre deuxième film d’époque, après Maria Chapdelaine. Qu’est-ce qui vous plaît dans ce type de tournage?

Me plonger dans un univers loin de moi. Ça permet de s’éloigner plus vite de soi-même. J’adore aussi jouer dans des séries actuelles, mais les films d’époque nous obligent à nous aligner, à bouger d’une autre façon. Aussitôt qu’on enfile les costumes et qu’on arrive dans le décor, on est déjà ailleurs. Pour Une femme respectable, toutes les scènes extérieures ont été tournées à Trois-Rivières, mais l’intérieur de la maison a été recréé en studio, car ça aurait été trop compliqué de maquiller la vraie. L’équipe a fait un travail de reconstitution minutieux, allant jusqu’à créer des costumes à partir des patrons des années 1930. Je trouve que certains tournages mériteraient des expositions muséales pour que les gens voient tout le souci du détail qu’il y a derrière.

Dans la série Eaux turbulentes, vous jouez pour la première fois une enquêteure, dans le nord de l’Ontario. La deuxième saison se termine sur une porte ouverte pour une suite…

Grâce à cette série, j’ai tourné avec des Franco-Ontariens et des Autochtones de plusieurs communautés. Je trouve ça bien que notre télé s’ouvre de plus en plus à d’autres communautés. Et oui, à la fin de la deuxième saison, Ève Ringuette, qui joue une policière anishinabe, se tient devant un tableau avec des photos de femmes autochtones disparues, et on comprend qu’elle connaît très bien l’une d’elles. C’était un réel plaisir de travailler avec elle. Et j’ai un beau personnage de femme qui vit toutes sortes de choses, et a même des scènes de bagarre ! Alors oui, je nous souhaite une troisième saison!

Jeune, vous ne vouliez pas être actrice, mais la nature est revenue au galop. En quoi est-ce le plus beau métier du monde, et en quoi est-il difficile?

Le plus difficile, c’est l’insécurité. Ne jamais savoir ce qui s’en vient, ni si on va être choisie après une audition, ni si une série sera renouvelée. J’ai atteint une tranche d’âge où il n’y a pas le plus de rôles à défendre. J’essaie de ne pas trop penser à l’avenir. Ce que j’aime le plus, c’est inventer un personnage, repartir à zéro, ce qui est un peu vertigineux. Il faut tout créer. Évidemment, il y a une trame, mais tout n’est pas dans le texte. Pour Eaux turbulentes, par exemple, j’ai regardé des séries policières, parlé à quelqu’un qui a des acouphènes comme mon personnage. Pour Une femme respectable, j’avais la nouvelle de Pirandello, mais j’ai aussi monté une trame sonore pour m’aider. J’adore le nouvel univers qui arrive avec un personnage, et qui change tout le temps. Cet été, je tourne une série pour illico, Société secrète. Je ne peux pas trop en parler, c’est un drame familial entouré de mystère, et ça ouvre une autre porte…

Dans la série Les invisibles, version québécoise de Dix pour cent, vous repreniez le rôle de Cécile de France, qui refuse des injections pour décrocher un rôle. Assumer son âge quand on est actrice, est-ce un combat de tous les jours?

Ça a tellement été le fun à faire! Tout comme moi, Cécile de France affirmait dans la vie son refus de la chirurgie esthétique, alors je trouvais ça parfait. Il fallait une cohérence entre le rôle et l’actrice. Pour ma part, ce n’est pas un combat de me voir vieillir à l’écran. Je me souviens d’avoir dit à une amie, alors que j’avais 40 ans: «Je me sens bien avec moi-même, je n’ai pas envie de retoucher mon visage. Si la télé ne veut plus de moi, je ferai autre chose.» Mais c’est personnel à chacune. Il faut dire que je me suis vue vieillir à l’écran. Il y a des acteurs qui ne regardent pas ce qu’ils font, moi, j’aime ça, je suis curieuse de voir le résultat final, les scènes des autres, la musique. Je ne ressens pas de pression dans l’industrie pour rajeunir mon visage.

Vous allez avoir 50 ans l’an prochain, est-ce un jalon redouté?

Pas du tout. Quand on avait 10 ans, 50 nous paraissait tellement vieux! Mais je me sens encore parfois comme si j’avais 17 ans. J’ai gardé beaucoup d’amitiés de longue date, alors on est tous du même âge. J’ai de nouveaux amis à cause de mon garçon, dont les camarades ont des parents plus jeunes, mais je ne me sens pas en décalage, peut-être juste pour certaines références télévisuelles. La vie ne s’arrête pas à 50 ans, on peut encore travailler sur nous, évoluer, s’améliorer, être curieux. Et j’ai un métier qui garde l’esprit jeune. Par ailleurs, je lisais le Bel âge chez ma mère, alors que je n’étais pas encore dans le public cible!

Quand vous regardez derrière, pour quoi avez-vous le plus de gratitude?

Pour les rencontres que j’ai faites. J’ai été chanceuse à cet égard tout au long de mon parcours. Mes parents nous ont d’ailleurs toujours encouragées à faire ce qu’on aimait, ma sœur et moi. Ils nous disaient de nous épanouir, d’aller vers ce qui nous rendrait heureuses. J’essaie de faire la même chose avec mon garçon.

Quelles valeurs avez-vous à cœur de lui transmettre?

Les mêmes que j’ai reçues. [NDLR : Hélène a perdu sa mère, mais son père est encore en vie.] Mes parents se souciaient d’autrui, étaient empathiques, accueillants. Ils nous encourageaient à aller vers l’autre. Mon fils est comme ça, il reconnaît la méchanceté et ça l’atteint, il est plus dans la bonté et l’ouverture du cœur. La générosité. Des fois, c’est un peu envahissant d’être comme ça. Je peux m’en faire pour des gens que je ne connais pas dans la rue ! Et mon fils aussi.

Devenir mère de Joseph vous a changée comme actrice?

Non. Ça a fait que le temps passé loin de lui me pèse! Mon socle familial est tellement fort et aimant, mes amitiés aussi. Quand j’ai fait La galère et que je suis devenue un peu plus connue, cet ancrage me gardait les pieds sur terre. Avant d’avoir mon fils, c’est de ma famille et de mes amis que je m’ennuyais quand je tournais beaucoup.

Et en tant que femme, qu’est-ce qu’il vous reste à réaliser comme rêves?

Présentement, je me consacre à accompagner mon fils et à l’outiller du mieux que je peux. Dans dix ans, je répondrai sûrement autre chose!

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