Qui a peur des vieilles?

Qui a peur des vieilles?

Par Aline Pinxteren, Éditrice et rédactrice en chef

Crédit photo: Laurence Labat

Trop ridée, trop botoxée, trop séduisante, trop négligée, habillée trop court, coiffée trop long… C’est moi ou on est souvent «trop» pour certains quand on est plus âgée? Trop grise! Céline a eu droit à des titres hallucinants dans la presse française simplement parce qu’elle emmenait un de ses jumeaux chez le dentiste au naturel, sans maquillage et avec une légère repousse grise: «Au plus mal, choquante, inquiétante, elle fait peur.» Rien que ça!

Même tollé face à la repousse de Sarah Jessica Parker, 56 ans, surprise elle aussi en photo dans la rue. À la sortie des premiers épisodes de And Just Like That, la suite 18 ans plus tard de la célèbre série Sex and the City, l’actrice s’est fait démolir sur les réseaux sociaux pour ses traits vieillis, alors que sa collègue Kristin Davis se faisait, elle, au contraire, reprocher ses retouches esthétiques.

Ce qui a fait très bien résumer le tout dans Vogue à la principale intéressée: «C’est comme si les gens voulaient nous voir mal à l’aise avec qui nous sommes aujourd’hui, qu’on choisisse d’accepter nos imperfections ou qu’on décide de faire de la chirurgie pour nous sentir mieux. Que dois-je faire, arrêter de vieillir? Disparaître?»

Cette injonction contradictoire est soulignée par la journaliste Marie Charrel dans son essai auquel j’ai volé l’excellent titre pour ce billet*: les femmes doivent paraître plus jeunes, mais, si elles s’offrent un petit coup de pouce médical pour y parvenir, c’est mal perçu aussi. Quoi qu’elles fassent, elles sont donc perdantes! Sans compter qu’on est parfois si dures avec nous-mêmes qu’on ne se passe rien, alors que nos proches portent, eux, généralement un regard beaucoup plus bienveillant sur notre silhouette et nos traits qui changent… (Messieurs les lecteurs, vous confirmez?)

Face à cet âgisme latent, nous avons décidé depuis un bon moment de ne mettre à l’honneur en couverture et pour nos pages mode-beauté que des femmes de plus de 50 ans, le plus souvent des abonnées. Quand on les rencontre pour les séances photo, cela saute aux yeux, elles sont toutes tellement différentes, loin des clichés et des carcans. Certaines affichent leur envie de séduire, d’autres pas; certaines leur blanc, d’autres leur colo; plein de styles, d’envies, de vécus, et c’est parfait comme ça.

L’inconnu fait peur, dit-on? Alors, plus on verra des moins jeunes dans les magazines et à l’écran, plus on réussira peut-être à s’assumer comme on est et comme on aime. En ce numéro qui devrait vous parvenir juste un peu avant le 8 mars, journée internationale des droits des femmes, si on s’accordait enfin le droit d’être nous-mêmes?

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