Hortithérapie: le bonheur est dans la cour

Hortithérapie: le bonheur est dans la cour

Par Annie St-Amour

Crédit photo: Marisa Morton via Unsplash

Entendu entre les branches: le jardinage sème que du bon, tant sur le plan physique que mental. À nous brouette et arrosoir pour se soigner… par le jardinage! 

Depuis le début de la pandémie, bon nombre d’entre nous avons découvert ou redécouvert les plaisirs du jardinage. Les ruptures de stock constatées auprès des semenciers au cours de l’hiver dernier le prouvent d’ailleurs. «Au printemps 2020, redoutant l’ennui et la déprime, nous avons aménagé un jardin qui nous a tenu occupés tout l’été, raconte Johanne, une quinquagénaire de Saint-Hubert. Je me levais tous les matins, heureuse à l’idée d’aller observer mes plantes et de récolter les fruits et légumes arrivés à maturité. Devant un tel succès, nous avons répété l’expérience cette année.» 


Anti-stress

Désherber, tailler, creuser… Ces gestes peuvent certes éloigner les pensées sombres, aussi envahissantes que les mauvaises herbes. «La détresse psychologique et l’anxiété causées par la COVID nous ont amenés à effectuer des choix différents, et l’horticulture en fait partie, affirme Christianne Bourgie, consultante en santé mentale à l’Institut universitaire en santé mentale Douglas. Partir d’une graine ou d’une bouture et réussir à créer quelque chose de vivant et de plus grand que soi, c’est vraiment valorisant.» Sans compter qu’un jardin exige qu’on s’en occupe. «Il faut prendre soin de ce qui est planté et ça, c’est aussi une façon de prendre soin de soi.»

 

Le jardin qui soigne

Le jardinage sème que du bon, tellement qu’il est devenu une forme de thérapie plus poussée, nommée hortithérapie, pratiquée par des hortithérapeutes aux États-Unis et au Canada anglais. Au Québec, on parle davantage d’ateliers de jardinage. À l’Institut Douglas, par exemple, qui a mis sur pied un atelier de jardinage en 1985, l’horticulture fait partie des activités visant à soutenir les personnes ayant un trouble de santé mentale et à favoriser leur intégration sociale. «Notre travail consiste à les aider à retrouver un rythme de vie normal, précise Jacques St-Hilaire, horticulteur accompagnateur aux serres. Certains, à cause des symptômes de la maladie, ont vécu de l’isolement. Pour eux, être capables de se mobiliser et de se rendre à une activité, c’est déjà une victoire en soi.»

Cette motivation, ajoute-t-il, semble aller de pair avec le sentiment d’appartenance au milieu. «Les gens arrivent le matin, prennent un café, placotent. Beaucoup ont appris à socialiser. Il y en a pour qui c’est plus difficile au début, mais le fait de faire partie d’un groupe leur donne une raison de se lever. Sans compter que désherber et retourner la terre, ça fait du bien physiquement.»

 

Des initiatives prennent racine

En 2014, afin de faire profiter des patients des bienfaits du jardinage, Mario Parenteau, chef des soins et services à l’unité des troubles psychotiques de l’Hôtel-Dieu du CIUSS de l’Estrie-CHUS, a aménagé un jardin pour eux. Au départ, l’objectif des ateliers de jardinage était d’améliorer la santé cognitive des participants en leur montrant à commencer et terminer une tâche, en récoltant le fruit de leur labeur. Mais ces activités ont atteint un autre objectif. «Avec le recul et les sondages effectués, on s’est rendu compte que c’est au niveau de l’estime de soi que ça a fait la plus grande différence. Les gens étaient fiers de leur travail.»

Les bénéficiaires sont aussi plus nombreux, le jardin étant maintenant accessible à l’ensemble de la clientèle. «On a des gens âgés dans d’autres unités de soins, et pour eux, juste de se promener dans le jardin, d’enlever les gourmands sur les plants de tomates, ça leur apporte un sentiment de détente.»

 

À tout âge

Le jardinage est aussi une façon de former des liens intergénérationnels ou de les renforcer. On le constate avec les Urbainculteurs, un organisme à but non lucratif qui fait la promotion du jardinage et de l’agriculture urbaine. En plus d’offrir des ateliers, la jeune entreprise, basée à Québec, réalise des potagers et des aménagements pour d’autres organisations. «Les bénévoles qui nous accompagnent sont pour la majorité des retraités inscrits aux Loisirs Montcalm, raconte Marie-Hélène Dubé, responsable des communications. C’est une belle collaboration. Les récoltes sont destinées à la sécurité alimentaire et ceux qui participent viennent pour l’aspect social.» 

Un autre exemple est le jardin communautaire de la résidence Cardinal-Vachon de Beauport, auquel les résidents ont donné une deuxième vie. «On a recréé des platebandes de vivaces et installé des bacs en hauteur pour que les gens puissent jardiner sans avoir à se pencher, décrit Marie-Hélène Dubé. Ça a apporté un regain d’intérêt pour la clientèle. Beaucoup se sont remis à faire de l’activité physique et à sortir dehors.» 

Même constat pour Julie Paquin, nutritionniste au Centre de santé de Lebel-sur-Quévillon et instigatrice d’un projet de jardinage intergénérationnel qui a reçu l’an dernier le prix Action communautaire dans le cadre du concours de la Semaine québécoise intergénérationnelle. Dans la petite communauté de 2700 habitants, la résidence pour aînés et le CPE sont voisins. La nutritionniste y a vu l’occasion de mixer les tout-petits et les personnes âgées qui, chacun de leur côté, ont planté leurs semis. Puis, tous se sont rencontrés au début de l’été pour les mettre en terre. «Les jeunes inscrits au camp de jour sont venus à quelques reprises pour prendre soin du jardin. Ça faisait de la vie dans la cour. Ça motivait les résidents à sortir prendre l’air, à bouger davantage.» L’expérience a été tout aussi enrichissante pour les enfants, qui ont pu échanger avec les aînés et goûter à des aliments moins connus. «Les plus jeunes aiment mettre les mains dans la terre et le jardinage est bon pour développer leur dextérité, assure Julie Paquin. Cette activité sensorielle les rejoint.» 


Graines de bon sens

Au fil des ans, des études ont démontré les effets positifs du jardinage sur la santé physique. À commencer par notre ossature, qui tire profit du soleil. «Ce dernier joue un rôle dans la formation de la vitamine D, qui aide à nourrir les os», rappelle la Dre Isabelle Deschênes, rhumatologue à l’Hôpital du Haut-Richelieu. 

Des chercheurs de l’Université de l’Arkansas ont aussi observé une meilleure densité osseuse chez les femmes âgées de plus de 50 ans qui s’adonnent à cette activité au moins une fois par semaine. L’exercice renforce la musculature et améliore le tonus, favorisant ainsi un meilleur équilibre, ce qui diminue le risque de chute et de fracture. «Lorsqu’on jardine, on bouge, on se penche, on s’agenouille, on creuse, on soulève parfois des charges pesantes», confirme la Dre Deschênes, qui ajoute qu’il est toutefois préférable d’en parler à son médecin avant de sortir ses gants de jardinage si on a subi une fracture ou si on a un autre problème de santé.

 

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