Travail autonome: bien lancer son entreprise

Travail autonome: bien lancer son entreprise

Par Ronald McKenzie

Crédit photo: iStockphoto.com

À 52 ans, Chloé en a eu assez. Le stress et les frustrations du travail salarié l’ont vaincue. Spécialiste en implantation de réseaux informatiques pour une grande entreprise montréalaise, elle a choisi de quitter son emploi. Adieu paie régulière et avantages sociaux! «Je travaillais les soirs et les fins de semaine. J’étais vidée», dit cette brune énergique.

Un mois après son départ, alors qu’elle s’était refait une santé, le principal concurrent de son ex-employeur l’a appelée. Il lui a offert de faire de la consultation, non pas à titre d’employée, mais de consultante pour des mandats précis. Cette formule a plu à Chloé, car elle pouvait travailler de chez elle en organisant son horaire à sa guise.

Les premiers pas

Première chose à faire: s’installer adéquatement. La chambre des invités sera transformée en bureau à domicile. Ouste le canapé-lit et les tables de chevet! À la place, un bureau, deux étagères, un classeur, un ordinateur et une imprimante. 

Deuxième étape: commander une ligne téléphonique dédiée exclusivement à son bureau. «Au commencement, je donnais mon numéro personnel à mes clients. C’était compliqué, car quand ça sonnait, je ne savais pas si c’était pour moi, mon mari ou mes enfants.» Évidemment, cette nouvelle ligne occasionne des frais supplémentaires, mais Chloé a pu profiter d’une promotion incluant l’installation gratuite et un rabais de 12 mois sur le tarif de la boîte vocale. En plus, c’est déductible d’impôt. Ensuite, les choses se sont accélérées…

Forme juridique

«Mon principal client exigeait que ses fournisseurs aient une existence légale. J’ai dû réagir.» Chloé parle ici de la forme juridique d’une entreprise. Il en existe une demi-douzaine qu’il serait trop long de décrire ici. Comme Chloé faisait affaire seule, deux formes l’intéressaient particulièrement: l’immatriculation et l’incorporation.

Immatriculation.Dans une entreprise immatriculée, vos actifs personnels et ceux de votre firme ne font qu’un. En cas de difficultés financières, vos biens personnels peuvent être saisis par les créanciers. Il y a donc un élément de risque à considérer. Le principal avantage de l’immatriculation est sa simplicité. Vous n’avez qu’à remplir une demande d’immatriculation que vous trouverez au Palais de justice de votre région ou dans les bureaux de Revenu Québec. La procédure peut être réglée en une heure environ.

Incorporation. L’incorporation est une démarche plus complexe, car il s’agit de créer une société à capital-actions. Pour ce faire, vous devez retenir les services d’un expert-comptable et payer plusieurs centaines de dollars. D’un point de vue juridique, une entreprise incorporée est une entité indépendante de vous, son fondateur. En cas de difficultés financières, c’est contre elle que les créanciers doivent exercer leurs recours, pas contre vous. Elle est régie par des règles spécifiques en matière d’impôt et elle doit produire des déclarations de revenus distinctes des vôtres.

Chloé souhaitait s’incorporer, mais elle trouvait que c’était prématuré. «Mon comptable m’a dit que si je générais moins de 100 000$ de revenus avant impôt, je n’avais pas vraiment d’avantage fiscal à m’incorporer.» Notre spécialiste en informatique a donc opté pour l’immatriculation. Éventuellement, elle incorporera sa société si cela est profitable.

À ne pas négliger

TPS et TVQ: oui ou non?

Au Québec, toute personne en affaires doit s’inscrire aux fichiers de la TPS et de la TVQ si le total annuel de ses ventes taxables (les honoraires de Chloé, par exemple) dépasse 30 000$. Chloé n’a pas atteint ce seuil à sa première année, car elle ne voulait pas ouvrir la machine trop rapidement. Mais elle a choisi quand même d’inscrire son entreprise. «Quand mon chiffre d’affaires croîtra, ce sera déjà fait. Et puis, si je ne n’ai pas de numéro de TPS et de TVQ, mes clients sauront automatiquement que je gagne moins de 30 000$ par année. Ça risque de nuire à ma crédibilité. En étant inscrite, ils n’ont aucune idée du montant de mes revenus.»

À ne pas négliger

Papeterie. Cela semble tomber sous le sens, mais Chloé s’est fait imprimer des cartes de visite et du papier à en-tête de son entreprise. Elle s’est rendue dans un magasin spécialisé en articles de bureau qui propose des modèles pré-imprimés. Il suffit d’indiquer les informations appropriées. Pour 250$, elle a obtenu 250 cartes de visite en deux couleurs, 500 feuilles à en-tête et 500 enveloppes identifiées au nom de sa société.

Pochette d’information. Certes, le premier client de Chloé connaissait bien ses compétences. Mais lorsque notre travailleuse autonome s’est mise à chercher de nouveaux contrats, elle avait besoin de documents de présentation. Chloé a donc préparé une pochette d’information incluant un CV résumé sur une page, la description des services qu’elle fournit, l’avantage concurrentiel qu’elle offre, des photos des appareils qu’elle installe et met à niveau de même qu’une carte de visite. Pour s’assurer que ses textes soient impeccables, elles les a fait réviser par une correctrice professionnelle. Ainsi équipée, Chloé s’est lancée dans l’aventure de la consultation.

Le blues du bureau à domicile

Le blues du bureau à domicile

Au bout de 15 mois, elle a senti le besoin de faire le point. Certes, les affaires ont progressé à un rythme satisfaisant, mais, seule dans son petit bureau à la maison, Chloé se sentait de plus en plus isolée. «J’étais entre mes quatre murs sept jour sur sept», dit-elle. L’une de ses amies lui a parlé de la possibilité de louer un espace de travail dans un «centre professionnel».

La formule est simple. Des travailleurs autonomes partagent un grand local commercial divisé en plusieurs bureaux individuels munis chacun d’une ligne téléphonique et d’une connexion Internet. Le local dispose d’une réception et d’un télécopieur communs, d’une cuisinette et d’une salle de réunions.

Curieuse, Chloé a visité l’un de ces centres professionnels. Il comprenait 16 bureaux mesurant environ 150 pi2 chacun. Elle pouvait en louer un à la journée (30$), à la semaine (125$) ou au mois (350$). «Ce n’est pas le grand luxe, mais c’est bien situé, ensoleillé et accessible jour et nuit.» En outre, elle aurait des voisins parfaits pour socialiser et réseauter: graphistes, photographes, journalistes, webmestres. Elle pense sérieusement à s’y installer.

Son comptable lui a indiqué que la location d’un tel espace simplifiera la production de ses déclarations de revenus. En effet, la totalité du loyer sera considérée comme une dépense d’entreprise au même titre que l’achat de papier, par exemple. Lorsque le bureau est installé à domicile, c’est plus compliqué, car il faut mesurer la superficie qu’il occupe par rapport à la maison (15% dans le cas de Chloé) et ensuite attribuer à cette partie la quote-part des dépenses totales de la maison. Le fisc est aussi pointilleux sur l’usage du bureau à domicile à des fins personnelles. Il y a donc du calcul à faire. L’Agence du revenu du Canada accepte que le travailleur autonome inscrive 100% des frais de bureau à domicile à titre de dépense d’entreprise, pourvu qu’ils ne créent pas un déficit d’opération. Mais Revenu Québec n’en autorise que la moitié. De ce point de vue, l’avantage fiscal est limité.

Prospecter les clients

Prospecter les clients

Les clients actuels de Chloé la tiennent pleinement occupée. Mais elle est consciente qu’un jour ils auront moins besoin de ses services. Elle devra alors trouver d’autres contrats. Au lieu d’attendre à la dernière minute, elle a déjà commencé à solliciter des prospects. Elle consacre une journée complète par semaine à cette activité.

Le premier contact se fait par téléphone. À portée de la main, elle a son plan d’attaque: présentation de ses services, arguments de vente et conclusion de l’appel. En effet, elle doit être prête à répondre aux questions. À plusieurs reprises, la réceptionniste lui a passé le patron sur-le-champ. La première impression étant capitale, ce n’est pas le moment d’improviser! Son objectif est de rencontrer en personne le futur client. C’est à ce moment qu’elle lui remettra sa pochette d’information.

Éventuellement, elle le relancera pour savoir comment il a accueilli sa proposition. Cette étape est cruciale, mais délicate, car il faut être insistant sans en avoir l’air.

Jusqu’ici, Chloé ne regrette pas son choix. Bien sûr, certains jours sont gris, mais qui n’en connaît pas? Quand elle doute d’elle-même, elle se demande: «Retournerais-je chez mon ex-employeur ?» Sa réponse est catégorique: «Non!»

Mise à jour: septembre 2008

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