5 tendances qui marqueront 2023

5 tendances qui marqueront 2023

Par Isabelle Bergeron

Crédit photo: iStock

Au fil du temps, la société change. Des sujets disparaissent, de nouveaux émergent, d’autres encore évoluent. En voici cinq qui s’inscrivent de façon marquée dans l’air de notre temps.

1. Nourrir l’autonomie alimentaire

La pandémie et la guerre en Ukraine, notamment, ont révélé que notre sécurité alimentaire ne peut pas être tenue pour acquise. Un état de fait qui pousse la réflexion des gouvernements quant à l’importance d’avoir des services d’approvisionnement locaux en nourriture.

«Pas seulement au Québec, mais partout au Canada, on voit depuis deux ou trois ans une augmentation des initiatives pour favoriser l’autonomie alimentaire», affirme Sylvain Charlebois, professeur et directeur scientifique du Laboratoire en science analytique agroalimentaire à l’Université Dalhousie. Toutefois, le Québec est la seule province au pays à avoir adopté une politique sur la question qui implique, entre autres, d’importants investissements à Aliments du Québec (2,5 M$ à 7,5 M $ entre 2020 et 2023) et dont le plan d’action 2018-2023 donnera lieu à un bilan cette année.

«Je suis optimiste, poursuit M. Charlebois. Le Québec et les Québécois sont très soucieux d’acheter local, et ça va se poursuivre et même prendre de la force.» Avec l’inflation importante qu’on vit en 2023, l’achat de produits locaux tendra-t-il à la baisse? Peut-être pas quand on réalise que plus de 70 % des produits Aliments du Québec sont aussi sinon plus compétitifs que ceux venant d’ailleurs.

2. Écoanxiété et solidarité

Si les trois quarts des 18-35 ans sont particulièrement touchés par cette forme d’anxiété selon un sondage Léger paru en 2021, les générations précédentes ne sont pas à l’abri. Et la tendance est lourde. «On est tous touchés par les changements climatiques, car on constate désormais leurs effets de façon claire», dit Annie Chaloux, directrice du Climatoscope, une revue de vulgarisation scientifique sur les changements climatiques: phénomènes climatiques extrêmes, écarts importants de température, etc. De plus, les connaissances scientifiques sont plus nombreuses et on est mieux informés.

Bref, les changements climatiques demeurent un sujet phare en 2023. «Cette année sera particulièrement importante, souligne Mme Chaloux, puisque c’est celle du bilan mondial suite à l’Accord de Paris. On évaluera ce qui a été fait, ce qui n’a pas été fait, tout le travail à venir…» De plus en plus d’actions collectives visant à améliorer la situation pourraient aussi apparaître. «Si on peut voir un potentiel de positif par rapport aux changements climatiques, dit Mme Chaloux, c’est ce resserrement des communautés pour trouver des solutions.» Le chercheur finlandais en écoanxiété Panu Pihkala tend au même constat.

Dans un article paru en 2022 dans la revue Frontiers in Climate, l’expert révèle que, chez plusieurs, l’écoanxiété entraîne l’envie de se sentir utile, d’adopter un comportement pro-environnemental comme s’engager dans une association ou entamer une transition écologique à la maison. Bonne nouvelle: 86 % des Québécois sont persuadés de l’urgence d’agir (Baromètre de l’action climatique 2022).

3. Santé mentale: on en parle plus que jamais!

En plus des dommages physiques qu’elle a laissés derrière elle, la pandémie a aussi causé bien du tort à la santé mentale des gens. En février 2022, seulement 58 % des Canadiens de 12 ans et plus estimaient avoir une excellente santé mentale (68 % chez les 65 ans et plus). Toutefois, le côté positif de tout cela: on parle plus que jamais de santé mentale et de maladies mentales.

«Comme société, on avance, dit Renée Ouimet, directrice du Mouvement Santé mentale Québec. Plus de gens en parlent ouvertement, des personnalités publiques témoignent, et c’est une très bonne chose.» Dans les sphères publiques et politiques, des engagements sont pris, comme le plan interministériel du ministère de la Santé et des Services sociaux 2022-2026 visant à mettre en place différentes actions de sensibilisation, de prévention et d’accessibilité aux soins.

4. Voyages: la revanche des vacanciers

Un grand nombre de personnes ont vu leurs plans de voyage démantelés par la pandémie. C’est pourquoi les experts parlent de revenge travel, soit la volonté d’en profiter maintenant que les bornes de sécurité pandémiques sont presque entièrement tombées. Et ce, même si le prix des billets d’avion a beaucoup augmenté.

Selon le Consumer Trends Report 2023, à la question «qu’est-ce qui leur apporterait de la joie dans le futur?», 55 % des répondants ont mentionné les voyages, au deuxième rang après passer du temps en famille. La génération X et les baby-boomers faisaient du voyage l’une de leurs trois priorités, même si ça signifiait couper ailleurs.

À cette tendance à court terme se joignent, selon le CAA Québec, celles du slow travel et du conscious travel. Soit: voyager en prenant son temps et en demeurant plus longtemps aux mêmes endroits, et voyager en prenant particulièrement soin de laisser le moins de traces possible, et parfois même en s’engageant dans des causes communautaires, environnementales ou sociales.

5. Consommation réfléchie

Qualité, coût, confiance en l’entreprise et la bonne réputation de celle-ci sont les premiers critères des consommateurs quand ils choisissent où faire leurs achats, selon le Consumer Trends Report 2023. Des critères qui se retrouvent dans le document La Covid changera de façon permanente le comportement des consommateurs, produit par la grande firme mondiale de conseil Accenture. Faire des achats plus réfléchis, plus durables, locaux, auprès d’entreprises engagées socialement… toutes des considérations qui ont été accentuées au cours des dernières années et qui seront encore, voire davantage, présentes cette année.

Détail intéressant: la pandémie a fait augmenter les achats en ligne dans la population en général, mais c’est chez les 55 ans et plus que cette croissance est le plus marquée! (Académie de la transformation numérique de l’Université Laval, 2021)

Autre fait notable: de plus de plus de gens utilisent le réseau social TikTok, non seulement pour se divertir, mais aussi pour orienter leurs achats. Et non, cette plateforme réputée pour ses courtes vidéos souvent ludiques n’est pas la propriété exclusive des jeunes! Les 60 ans et plus y seraient de plus en plus représentés.

Selon le professeur Reuben Ng, de l’Université de Singapour, expert en gérontologie sociale, ils représentent des créateurs de contenu ayant un impact social important, notamment pour démanteler quelques préjugés liés au vieillissement.

Qu’est-ce qui préoccupe les Québécois aujourd’hui?

En septembre 2022, le baromètre CIRANO, qui analyse les préoccupations des Québécois, a établi que les deux principales préoccupations des Québécois étaient leurs finances et le système de santé. Les 55 et plus particulièrement semblent inquiets quant à la manière dont ils seront pris en charge en cas de maladie. L’environnement et les ressources énergétiques prennent la troisième et la quatrième places.

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