Le Manitoba de Gabrielle Roy

Le Manitoba de Gabrielle Roy

Par Louise Gaboury

Crédit photo: Manitoba

Saint-Boniface

À peine descendue d’avion, je traverse le pont Provencher, qui a subi une étonnante cure de rajeunissement avec la construction de l’esplanade Louis-Riel. Le paysage qui se déroule maintenant sous mes yeux n’a plus rien à voir avec celui que Gabrielle voyait lorsqu’elle traversait le pont avec sa mère pour aller faire des courses à Winnipeg.

J’ai une pensée pour les parents de Gabrielle, Mélina et Léon, enterrés dans le cimetière devant la belle cathédrale où Gabrielle raconte, dans La Détresse et l’Enchantement, être allée prier avec sa mère. Louis Riel repose également ici, de même que sa grand-mère, Marie-Anne Gaboury, la première Blanche à s’aventurer dans l’Ouest canadien, et son mari, Jean-Baptiste de Lagimodière.

La cathédrale a brûlé en 1968 et une église plus petite a été érigée à l’intérieur de ses murs. On voit maintenant le ciel à travers la rosace vide. L’effet est spectaculaire! Dépassant ensuite l’école Provencher où Gabrielle a enseigné, j’arrive bientôt rue Deschambault, la petite rue qui l’a menée au bout du monde, comme elle l’a si bien dit.

C’est ici dans cette belle maison jaune du 375, rue Deschambault, qu’est née Gabrielle Roy en 1909. La maison, rendue célèbre par le recueil de nouvelles, Rue Deschambault, que des générations d’enfants ont lu sur les bancs d’école, abrite maintenant un musée consacré à la romancière manitobaine. Bâtie en 1905, la maison a été classée monument historique en 1982 et achetée par la Corporation de la maison Gabrielle-Roy en 1997. Restaurée, repeinte aux couleurs originales et décorée de meubles et d’objets d’époque, elle a été ouverte au public en 2003.

Une voiture immatriculée au Québec s’arrête devant la maison, un homme et une femme en sortent. Ils prennent des photos, s’attardent à l’ombre des ormes plantés par Léon, puis entrent dans le musée. Je me joins à eux. Ils écoutent attentivement les commentaires de la guide. La dame pose des questions. Elle semble bien connaître la vie et l’œuvre de Gabrielle. La visite de la maison l’émeut visiblement. Comme moi, elle se recueille devant la lucarne du grenier où la jeune Gabrielle allait rêver au vaste monde qui l’attendait.

L’homme et la femme sont partis d’Ottawa pour se rendre à Victoria. Plus tôt, ils sont passés par le minuscule village de Marchand où Gabrielle a commencé sa carrière d’enseignante. En route vers l’Ouest, ils veulent faire le détour jusqu’à Cardinal, sur La Route d’Altamont, où Gabrielle a aimé enseigner parce que sa situation lui permettait d’aller passer presque toutes ses fins de semaine à la ferme de son oncle Excide après avoir pris le train jusqu’à Somerset, où vécut sa grand-mère.

Depuis 2006, la bibliothèque de Somerset abrite un petit musée consacré à Gabrielle où sont présentés des objets ayant appartenu à la famille et des lettres de la romancière. Par contre, du petit village peint en rouge évoqué notamment dans Ces enfants de ma vie, il reste peu de choses. Dans la chapelle Sainte-Thérèse, construite dans le style roman avec des détails gothiques, se trouve quand même un petit musée qui contient les archives de la paroisse et celles de l’école où Gabrielle Roy a enseigné.

À l’étage de la maison de la rue Deschambault, la dame étudie la carte de la région de La Petite Poule d’eau. Pendant leur voyage de retour, elle aimerait aller jusque-là voir ces paysages qu’a décrits Gabrielle. C’est la direction que je prendrai le lendemain.

Le pays de la petite poule d’eau

Le pays de la petite poule d’eau

La route qui mène au pays de la petite poule d’eau est parallèle à la limite est du parc national du Canada Mont-Riding. De Norgate, une petite route mène à Wasagaming, où bat le cœur du parc. Pour aller vers Waterhen, il faut plutôt mettre le cap sur le nord et passer par Sainte-Rose-du-Lac, Rockerton, Toutes aides et Meadow Portage (Portage-des-prés), des noms qui évoquent les personnages colorés de La Petite Poule d’eau. On s’attend presque à voir apparaître Luzina, le capucin de Toutes-aides, et Martha, la courageuse héroïne d’Un jardin au bout du monde!

Voilà l’île Gabrielle-Roy, rebaptisée ainsi par la commission de toponymie du Manitoba en 1989. Il faut rouler encore dans ce pays lacustre où le très faible clapotis des vagues n’est troublé que par les cris des oiseaux et le lancinant sifflement du vent pour arriver à l’endroit idyllique évoqué par Gabrielle dans son deuxième roman. Les 10 années qui la séparaient de son séjour dans la région ont peut-être contribué à embellir ses souvenirs. L’endroit émeut moins que la description qu’elle en fait…

Au retour, l’escarpement du Mont-Riding se voit de loin. On y arrive après avoir traversé Dauphin, une petite ville fondée par La Vérendrye et ainsi baptisée en l’honneur du fils du roi de France. Dauphin est l’hôte du plus important festival ukrainien du pays, ce qui nous ramène inexorablement à Gabrielle dont le père avait pour mission d’établir dans la région des immigrants venant pour la plupart d’Europe de l’Est. Les coupoles caractéristiques des constructions slaves sont nombreuses ici, de même que les minuscules cimetières dont les stèles arborent des inscriptions en alphabet cyrillique. Au musée de Fort Dauphin, les visiteurs intéressés peuvent feuilleter un livre souvenir sur les écoles rurales à l’époque où Gabrielle Roy enseignait. L’auteur a recueilli des photos et des témoignages éloquents pour immortaliser ce précieux patrimoine.

Mont-Riding: la belle nature!

Mont-Riding: la belle nature!

Après ces émotions littéraires, il est doux de se plonger dans la belle nature du parc national du Canada Mont-Riding qui, avec 18 municipalités rurales environnantes, forme la réserve de la biosphère du Mont-Riding. Ce titre a contribué à attirer ici des gens respectueux de l’environnement en quête d’authenticité. Ils sont proches de la terre, comme le jeune chef Jason Kelly. «Quand j’étais jeune, explique-t-il, je vivais sur une ferme et je savais d’où venaient les aliments qui se retrouvaient dans mon assiette. Je veux continuer cette tradition.» Même le terrain de golf écologique du parc témoigne de la conscience collective de l’environnement et de l’engagement dans le développement durable.

Non, le Mont-Riding n’est pas La Montagne secrète, quoique Gabrielle, sur la route du pays de la petite poule d’eau, n’a pu faire autrement que d’apercevoir cet escarpement qui rompt brutalement la monotonie de la plaine. Peut-être ses préoccupations écologiques qui se sont révélées plus tard trouvent-elles leurs racines ici?

Couvrant à la fois plaines boréales, plateaux, basses terres et le fameux escarpement du Manitoba, le parc national du Canada Mont-Riding existait déjà quand Gabrielle est montée au pays de la petite poule d’eau. Il a été fondé en 1929 et inauguré en 1933 avec pour mission de protéger ce milieu unique. Avec plus de 900 lacs, l’eau couvre 4,5 % de la surface du parc et nourrit, outre des plantes aquatiques et des invertébrés, une trentaine d’espèces de poissons. Plus de 700 espèces végétales poussent dans le parc. La variété des paysages permet à une faune diversifiée d’y vivre: 270 espèces d’oiseaux et une soixantaine d’espèces de mammifères s’y côtoient. L’un des endroits favoris des visiteurs est le lac Audy, célèbre pour son troupeau de bisons, mais ici et là, au cours des balades en voiture et des randonnées à pied, il est possible d’apercevoir wapitis, orignaux, lièvres et castors. Si l’on est moins chanceux, on peut se retrouver face à face avec un loup ou un ours…

Ressources

Le Manitoba francophone

Parc national du Canada Mont-Riding

Situé à proximité de Wasagaming, la communauté de villégiature voisine du parc, l’Elkhorn Resort constitue une bonne base pour découvrir le parc et la région.  Le complexe hôtelier travaille notamment avec le pourvoyeur d’aventures douces Earth Rythms à créer des expériences gastronomiques, naturelles et humaines uniques destinées à de petits groupes. Pour en savoir plus sur le parc et ses activités d’interprétation: www.pc.gc.ca/riding.

Mise à jour: décembre 2008

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