Les aînés et Internet

Les aînés et Internet

Par Marie-Josée Lacroix

Crédit photo: istockphoto.com

Les aînés et l’Internet a fait l’objet de la conférence prononcée par Najoua Kooli, directrice de projets au Centre francophone d’informatisation des organismes (CEFRIO) qui, depuis 10 ans, mène une étude sur l’utilisation d’Internet par les différentes tranches de la population. Voyons les résultats!

En 2007, on a étudié les groupe des aînés, d’une part les 55-64 ans — les baby-boomers — et d’autre part les 65 ans et plus. Les résultats sont issus d’un sondage téléphonique auprès d’environ 300 aînés. «Les résultats de cette enquête nous ont surpris, admet Najoua Kooli. Nous avons découvert que, contrairement à la croyance populaire, les aînés, surtout les baby-boomers, utilisent beaucoup Internet et le maîtrisent bien; 54% de la population totale des aînés, soit 92 000, sont des internautes. Les 65 ans et plus l’utilisent moins, mais régulièrement. Ce groupe d’âge est d’ailleurs celui qui augmente le plus rapidement sur le Web.» L’enquête a aussi démontré que les 65 ans et plus sont moins équipés que les autres adultes du Québec, mais que la proportion d’ordinateurs à domicile, le nombre de branchements et la haute vitesse sont en hausse depuis 2006. N’est-ce pas un indice que le fameux «tasse-toi mon oncle» est de plus en plus obsolète?

On en fait quoi?

On en fait quoi?
«Les aînés sont le groupe le plus sensible à la sécurité sur Internet. Ils sont plus aguerris que les jeunes; cela leur est propre, souligne madame Kooli. Les fraudes en ligne et les vols d’identité les insécurisent beaucoup, et ils protègent automatiquement leur ordinateur.» Ils ne craignent donc pas d’utiliser Internet pour les opérations bancaires en ligne. Pourtant, le magasinage en ligne les rebute. «Ils hésitent à donner leur numéro de carte de crédit.»

Tous, les femmes autant que les hommes, utilisent Internet comme moyen de communication et d’accès à l’information. Le courriel est bien sûr un outil de communication très prisé: 31% des 65 ans et plus disent communiquer régulièrement avec parents et amis. Mais il y a plus: «L’étude a aussi révélé que 14 % d’entre eux clavardent (chattent) et que plusieurs sont équipés d’une webcaméra», précise la directrice de projets. Ces outils sont devenus encore plus utiles depuis que les enfants et les petits-enfants travaillent à l’extérieur du pays ou demeurent loin du lieu de résidence des aînés. Voilà bien un exemple concret de l’appropriation du Web par les personnes âgées afin de maintenir les relations. Fi à l’isolement!

Les aînés jouent sur Internet (cartes, scrabble, échecs, etc.) et font des recherches sur la santé, «beaucoup plus que le reste de la population», ajoute madame Kooli. Cette enquête a aussi permis de découvrir que les aînés sont des citoyens actifs, poursuit-elle: «Ils utilisent Internet pour participer aux votes et aux sondages d’opinion, et ils consultent beaucoup les blogues en période d’élection pour savoir ce que les gens pensent.» Ces exemples tendent à démontrer que cet objet technologique permet une certaine indépendance, préserve la vie sociale des aînés et facilite le partage des informations et la communication intergénérationnelle.

Et après?

Mais encore?
Si l’intérêt des aînés pour Internet est en croissance constante, ils rencontrent encore certaines contraintes. «Ils sont moins confortables avec certaines applications telles que le téléchargement de photos, le réseautage et le visionnement vidéo, signale Najoua Kooli. Plusieurs déplorent aussi n’avoir pas accès à la haute vitesse.»
Cette enquête sera suivie d’une deuxième, menée en collaboration avec Impact Recherche, qui en a aussi réalisé une en 2008 sur le même sujet. «Il s’agit maintenant de mieux comprendre et d’analyser leurs besoins, qui sont différents, les usages et les difficultés rencontrées afin de proposer des outils adaptés, des solutions adéquates. Cette prochaine étude permettra de dresser un portrait beaucoup plus complet.» Histoire à suivre.

mise à jour le 2008-12-03

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