Se faire accepter par ses beaux-enfants

Se faire accepter par ses beaux-enfants

Par Caroline Fortin

Crédit photo: iStock

Refaire sa vie vient avec son lot de défis, surtout quand notre nouvelle flamme a des enfants, jeunes ou adultes. Mode d’emploi pour faire bonne impression.

À une époque où les couples se font et se défont et où on a des enfants de plus en plus tard, les chances sont grandes qu’on se retrouve un jour à devenir beau-parent. Avec tous les enjeux que ça comporte, dont celui de se faire accepter par la progéniture de la nouvelle personne dans notre vie.

Louise, 53 ans, enseignante au primaire et maman, en sait quelque chose. «J’ai vécu 12 ans avec un homme qui avait deux garçons en bas âge, un de 4 ans, comme ma fille à l’époque, et un autre de 8 ans. Nous avions tous deux l’objectif de former une famille et nous avons réussi, sans conflits de parentalité. Quand nous nous sommes séparés, nos enfants étaient comme frères et sœur. Aujourd’hui, je suis en couple avec le père d’une adolescente de 17 ans et d’un jeune homme de 20 ans. Et la réalité est tout autre. Si ma relation avec son fils est simple, celle avec sa fille se résume à une indifférence polie.»

Craintes et défis

L’âge des beaux-enfants change assurément la donne. «L’adolescence est une étape de maturation où il y a un désir d’affirmation, d’indépendance, indique Charles Paradis, thérapeute conjugal et familial à Québec. Les ados sont conscients des conflits de loyauté, contrairement aux enfants de moins de quatre ans. Mais comme bien des adultes, les enfants de tous âges n’aiment pas la nouveauté, le changement, l’imprévisibilité. L’arrivée d’une autre personne dans la cellule familiale peut donc être perçue comme une menace. Toutefois, si les enfants sont adultes, l’impact d’une nouvelle union est moindre, puisque ce sont des individus différenciés de leurs parents, qui ont leur propre vie.»

Plusieurs facteurs peuvent en outre influencer l’intégration. Maryse Pépin, éducatrice spécialisée et coach à Coaching familial Le Voilier, sur la Rive-Sud, maman et elle-même belle-mère, en énumère quelques-uns: «La qualité de la relation entre les parents biologiques, la façon dont leur séparation s’est faite, le fonctionnement de la garde partagée, la personnalité des adultes et leurs croyances qui peuvent s’entrechoquer, sans compter si les ex parlent en mal des nouveaux conjoints de chacun, si un déménagement est impliqué, s’il s’agit du premier partenaire ou du cinquième… Bref, s’il y a eu précédemment beaucoup de brisures de liens, l’enfant aura davantage peur de s’attacher.»

Une des craintes communes aux deux parties: la place qu’ils vont occuper. «En général, l’enfant désire la réunification de ses parents biologiques. Il cherche alors sa place dans cette nouvelle union. Il se demande s’il va perdre sa relation significative et le temps passé avec son parent», affirme Charles Paradis. De son côté, le beau-parent se demande quelle place il pourra avoir dans cette structure familiale déjà rodée, a fortiori si ses enfants mineurs le suivent dans cette nouvelle aventure. Et s’il n’a pas d’enfant, il peut aussi craindre l’adaptation à cette routine inconnue et prenante.

Cette inquiétude a certainement joué dans la relation entre Louise et sa nouvelle belle-fille. «Ses parents sont restés ensemble le plus longtemps possible pour ne pas déchirer leur famille, mais ils n’ont rien dit de leurs problèmes conjugaux à leurs enfants, qui ont été estomaqués quand ils se sont séparés. Claire était habituée à être traitée en princesse par son père, qui acquiesçait à ses demandes avec diligence. Elle n’avait jamais vraiment vu ses parents se témoigner de l’affection non plus, raconte Louise. Alors, de savoir que son père s’était recasé ‟rapidement”, selon elle, de nous voir collés sur le divan et d’attendre pour obtenir quelque chose l’agace visiblement.»

Les clés pour bien s’intégrer…

Temps, patience et respect sont indispensables. Mais il y a plus…

Respecter l’autre. «On ne peut pas se forcer à aimer un enfant qui n’est pas le nôtre, et vice-versa, mais il doit grandir dans un milieu harmonieux et respectueux», dit Maryse Pépin.

Définir son rôle de beau-parent. «Puisque l’idée est de bâtir une nouvelle structure familiale, du moins quand le couple habite ensemble, le beau-parent devrait être encouragé à gagner de l’influence auprès des enfants, à jouer un certain rôle disciplinaire», estime Charles Paradis. Il ne remplace pas le parent, même s’il peut, lui aussi, écouter, consoler, gronder, accompagner.

Communiquer. «Les conjoints doivent discuter de la figure d’adulte que sera le beau-parent, de son degré d’implication dans la discipline, et en faire part aux enfants. Par exemple, ma fille sait que quand je suis absente, c’est mon conjoint qui donne les consignes et l’heure de rentrée, et qu’elle doit les suivre. Les conjoints doivent aussi nommer leurs attentes, leurs valeurs importantes, ce qu’ils veulent transmettre aux enfants, mais aussi ce que j’appelle les feux rouges: ce qui est inacceptable, comme la violence verbale ou physique», explique la coach familiale. La communication doit être maintenue au fil du temps pour exprimer ses insatisfactions, ses besoins, ses souffrances et ses limites, afin d’éviter que les malaises enflent, qu’ils prennent toute la place et entraînent des frustrations qui contaminent la relation de couple et familiale. On essaie de toujours parler au «je».

S’investir. «Le parents biologique peut faciliter les choses en donnant des responsabilités au beau-parent – aller chercher le petit à la garderie, pratiquer les cours de conduite avec l’aînée – et en lui laissant de l’espace quand un conflit émerge pour qu’il puisse développer son pouvoir parental. Le lien d’attachement passe à travers le don de soi, quand on s’engage réellement dans les moments difficiles, par exemple lorsque l’enfant est malade et qu’on s’en occupe», explique Charles Paradis. Il importe également de passer du temps seul avec ses beaux-enfants comme avec ses propres enfants, ajoute Maryse Pépin. «J’appelle ça des moments cœur à cœur, où il n’y pas d’intervention: on est juste dans le plaisir, on se montre intéressé à l’enfant, on lui pose des questions.»

… et les comportements à éviter

Faire sentir au jeune qu’il est de trop. «Si je regarde la télé avec mon conjoint et que je soupire quand sa fille vient s’installer avec nous, elle va ressentir mon langage non verbal. Ça peut créer des blessures», prévient Maryse Pépin.

Dévaloriser l’enfant ou son autre parent. «Quel que soit l’âge de l’enfant du conjoint, on ne doit jamais lui faire sentir qu’il nous déçoit ou qu’il n’est pas à la hauteur. Et même si on n’est pas d’accord avec les règles ou les opinions de l’autre parent, on garde son avis pour soi et on explique qu’ici, le fonctionnement est différent et que les façons de penser, même si elles divergent, ne sont pas en compétition», ajoute Mme Pépin.

Abandonner quand ça devient difficile. «Il faut comprendre que changer un système familial implique des résistances et prend du temps, rappelle Charles Paradis. On doit éviter de se blâmer quand on réalise tout ça. J’aime voir les relations comme un processus en trois étapes: on est connectés, puis il y a une déconnexion, et ensuite, on répare le lien. De manière très subtile, ça peut se produire 10 fois par jour avec notre partenaire, nos proches, etc.» De quoi remettre les choses en perspective…

Et si ça ne fonctionne pas?

La réponse courte: on va chercher de l’aide. Un thérapeute ou coach familial pourra d’abord rencontrer le couple, puis chaque adulte et, selon leur âge, les enfants seuls. «Quand il y a de l’hostilité de la part des beaux-enfants, il faut voir d’où elle vient: souvent, il s’agit d’un besoin non comblé ou d’une peur», avance Maryse Pépin. Les séances permettront également d’éclairer certaines attitudes du beau-parent.

Louise, elle, n’a pas consulté, parce que le besoin de former un noyau familial n’est pas aussi présent dans son cas, vu l’âge de ses beaux-enfants, mais elle est consciente que son regard est teinté par sa propre expérience. «Mon père n’a jamais été un papa gâteau, il ne s’occupait pas tellement de nous et ne nous aidait pas quand on en avait besoin. Je porte en moi cette blessure, alors peut-être que j’ai une forme d’envie devant la relation qu’a mon conjoint avec sa fille.»

Il existe aussi de nouveaux modèles de familles qui peuvent apporter une solution. Maryse Pépin affirme voir de plus en plus de conjoints de nouvelles unions habiter séparément, sans qu’il y ait de conflits en jeu. «Lorsqu’il n’est pas avec ses enfants, le parent biologique va rester chez son conjoint, et quand il est avec eux, il reste chez lui. Ils font un souper tous ensemble chaque semaine pour créer un lien et le maintenir. À 50 ans, ça se peut très bien qu’on ait envie de calme et pas du tourbillon d’une famille avec de jeunes enfants.»

«En consultation, on va beaucoup travailler sur les interprétations qu’une personne a de ses besoins, de ses limites et de ses deuils non faits, parce que c’est de là que tout provient et non des beaux-enfants eux-mêmes», résume pour sa part Charles Paradis.

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