Pourquoi les polars nous fascinent

Pourquoi les polars nous fascinent

Par Karine Vilder

Crédit photo: Photo by Tom Hermans on Unsplash

Depuis plusieurs années déjà, les romans policiers ont vraiment la cote. Reste à savoir pourquoi nous les aimons autant…

 

La raison?

Enlèvements et séquestrations, disparitions d’enfants, vols à main armée, prises d’otages, assassinats crapuleux, meurtres en série… Il n’y a pas à dire, les romans policiers nous en font vraiment voir de toutes les couleurs. Mais le plus curieux là-dedans, c’est que nous sommes nombreux à les aimer un peu, beaucoup, à la folie! Céline, par exemple. Au cours des 40 dernières années, cette horticultrice originaire de Terrebonne estime en avoir lu plus de 5 000. «Quand ils sont bons, je deviens totalement obsédée et je ne fais que ça: lire, lire, lire, confie-t-elle. Ce type de littérature me sort complètement de mon environnement, car mon quotidien, c’est de regarder pousser les fleurs! Il ne se passe rien de dramatique ou de dangereux dans ma vie, alors que, dans ces livres, c’est horrible. Il y a plein de tueurs et de gens tordus capables du pire. Pour quelqu’un comme moi, tout ça est assez fascinant et captivant.»

Éditeur et directeur littéraire des Éditions Alire, la toute première maison québécoise à s’être spécialisée dans le policier et le fantastique, Jean Pettigrew pense d’ailleurs que c’est le genre le plus populaire au Québec sur le plan fiction. «Près de 15 % des romans présentement vendus en librairie sont des polars, précise-t-il. C’est un petit peu moins qu’en France – là-bas, les polars représenteraient environ 17 % des ventes – parce qu’ici, on a une force: les romans historiques. À part ça, la grande particularité des polars, c’est qu’il y a autant d’hommes que de femmes qui en lisent. Et en plus, Ils intéressent aussi bien les adolescents que les gens de 90 ans.»

 

L’attrait du suspense

Un mystère demeure. Comment se fait-il que nous appréciions autant toutes ces histoires de crime? Tel qu’on peut s’en douter, il y a plusieurs raisons. Mais la plus évidente d’entre toutes tient en deux mots: le suspense. «Souvent, il n’y a qu’à lire 10 ou 15 pages pour être complètement accro, constate Pierre, un dentiste à la retraite de Montréal. On veut absolument savoir ce qui va se passer ensuite, sur quoi l’enquête va déboucher. Je ne ferais pas un très bon Sherlock Holmes mais chaque fois, c’est plus fort que moi, j’utilise mes petites cellules grises pour tenter de découvrir l’identité du coupable avant tout le monde.»

L’écrivaine Louise Penny, qui a remporté de nombreux prix avec la série policière des Armand Gamache, souligne d’ailleurs cet aspect ludique propre aux polars: «Une sorte de jeu s’installe entre les lecteurs et le personnage principal, et beaucoup vont essayer de deviner la fin avant de terminer le livre. Comme il ne s’agit pas d’une lecture passive, ce n’est pas long que les gens embarquent!»

 

Avoir peur

Il y a tout le côté cheap thrills. Aussi étonnant que cela puisse paraître, on aime bien avoir peur. Mais à condition d’être enfermé à double tour à la maison, avec les couvertures remontées jusqu’au menton! «On va vers le danger tout en sachant que ça ne sera pas dangereux, explique Gaëtan Roussy, psychologue et vice-président de l’Association des psychologues du Québec. On rencontre beaucoup de tensions et d’incertitudes dans le monde, et les gens ont besoin de se tourner vers quelque chose qui ne niera pas le danger, mais le focalisera. Ici, on peut donc comparer le roman policier à une boîte: il localise l’horreur dans un endroit bien précis et nous, on la laissera là. On peut ainsi s’exercer à faire face à l’inconnu de façon rassurante, puisque la situation sera entièrement sous contrôle.» Ce que Louise Penny confirme à sa manière: «Pour chaque histoire, il y aura un début, un milieu et une fin, et il y a un confort à cela. Contrairement à ce qui peut se produire dans la vraie vie, les gentils vont généralement l’emporter et les méchants, se faire prendre.»

 

Du côté des forces obscures

Justement, les méchants. Qui, il faut le reconnaître, sont essentiels à tout roman policier digne de ce nom. Sans eux, point d’homicides volontaires bien saignants ou de crimes tordus à souhait. «La plupart des gens sont fascinés par les marginaux, par les individus qui ne se sont pas conformés aux normes sociales et qui, de ce fait, agissent comme bon leur semble sans trop se poser de questions, remarque Gaëtan Roussy. Qu’est-ce qui a produit ça? Qu’est-ce qui pousse ces personnes-là à franchir la ligne rouge? Les gens veulent le comprendre et ils peuvent entre autres le faire à travers les romans policiers.»

Pour Jean Pettigrew, on peut même aller jusqu’à parler de voyeurisme: «Les polars permettent de voir ce qui se passe dans la tête des tueurs en série et des êtres qui ne sont pas tout à fait comme nous. On aura accès à leurs pensées les plus sombres, mais aussi à leurs motivations psychologiques. Et il sera rassurant de voir que, même si on a plein de problèmes, au moins, on n’aura pas ceux-là!»

 

Touche de psychologie

En gros, les romans policiers nous aident donc à avoir une compréhension plus approfondie de la psychologie humaine. Mais pas seulement. «Ils portent également sur la condition humaine en général et ils nous offrent la possibilité d’explorer toutes sortes d’univers ou de situations, observe Louise Penny. Ce qu’il y a de bien avec les romans policiers, c’est qu’il en existe de différents types et styles: le traditionnel whodunit, le roman noir, le roman d’espionnage, le thriller juridique, le polar historique, le true crime... Selon nos humeurs, on peut découvrir les milieux de la drogue ou de la prostitution, côtoyer un couple sur le point de s’entretuer, être projeté dans l’Allemagne nazie, etc. Les romans policiers permettent ainsi de vivre toutes sortes d’expériences par procuration et bien sûr, les gens en redemandent!»

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