Ma vie en solo, j’en profite!

Ma vie en solo, j’en profite!

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Photo by 30daysreplay Germany on Unsplash

Vivre seul n’empêche pas le bonheur, au contraire! Parfois, on a juste besoin de se le rappeler.

Au Québec, près de 20 % de la population habite seule, une proportion en croissance, montrent les données de Statistique Canada. Pour plusieurs, il s’agit d’un choix assumé. Pour d’autres, une question de circonstances. Si la vie en solo ne rime pas pour tous avec fardeau, elle peut parfois peser lourd, surtout en ces temps pandémiques. Nos conseils pour en tirer le meilleur parti. Car oui, la solitude a ses bienfaits.

 

La solitude, c’est quoi?

D’abord, précisons que ce n’est pas parce qu’on habite seul qu’on ressentira automatiquement de la solitude ni qu’on vivra de l’isolement, deux états distincts. «La solitude, c’est l’écart entre ce qu’on aimerait que nos relations interpersonnelles soient et ce qu’elles sont, donc une notion plus subjective. L’isolement social, lui, est mesurable objectivement: il se dit de quelqu’un qui a de rares contacts sociaux, de piètre qualité et de courte durée, qui ne permettent pas des échanges fructueux», résume André Tourigny, médecin et chercheur au VITAM – Centre de recherche en santé durable et au Centre d’excellence pour le vieillissement du Québec. «On peut souffrir de solitude sans être isolé ni vivre seul.» Cela peut être le cas, par exemple, de deux conjoints n’ayant plus rien en commun, ou d’un proche aidant qui en vient à s’éloigner de son réseau social. Bref, il n’existe pas de portrait type de personnes éprouvant de la solitude.

Il reste qu’avec l’âge on devient plus à risque d’être esseulé. «C’est une période où on vit plus de deuils, explique Marie-France Garneau, psychologue à Trois-Rivières. Les enfants ont quitté la maison, on prend sa retraite, on perd son conjoint. C’est important de vivre les émotions qui vont avec ces périodes de transition – tristesse, anxiété, déprime –, pour pouvoir remonter la pente et trouver des solutions. On doit ainsi se réajuster sur le plan identitaire, trouver un nouveau sens à sa vie, un nouveau sentiment d’appartenance, d’utilité. C’est ce qui aidera à mieux composer avec sa solitude.»

 

Voir le positif

L’une des clés pour l’apprivoiser est de prendre conscience de ses avantages. Il y a celui, évident, de pouvoir organiser notre horaire comme bon nous semble, de vivre à notre propre rythme, de ne pas avoir de comptes à rendre. Être seul permet aussi d’avoir des moments de calme, pour connecter avec soi-même, se ressourcer, profiter du silence et de son effet apaisant. Et forcément de choisir de qui on s’entoure, d’aller vers les personnes qui nous nourrissent, et non celles qui nous drainent. Des privilèges qu’envient plus de gens qu’on ne pense!

Pour apprécier réellement sa propre compagnie, la confiance en soi est une autre clé. «Quand on a un bon solage, on a moins tendance à chercher à l’extérieur de soi des sources de valorisation, illustre la psychologue Julie Pelletier, qui pratique à Montréal. Les personnes à la vie intérieure riche, qui ont appris à nourrir leur estime, leurs passions, à écouter leurs besoins sont plus aptes à être bien avec elles-mêmes et à meubler leur solitude par elles-mêmes.»

Le témoignage d’une de nos lectrices, Marie-Jeanne Lacroix, après un appel à tous dans notre groupe de discussion Entre nous, sur Facebook, abonde en ce sens. «Être heureux dans la solitude nécessite un long travail sur soi. Il faut comprendre que son bonheur ne se trouve pas dans les autres, mais bien en soi. J’ai longtemps cru qu’il fallait vivre avec quelqu’un pour être heureuse, mais j’ai réalisé que je m’imposais une situation de vie [que je croyais être la norme]. Il importe aussi d’avoir des amis qui respectent notre bulle, pour ne pas se sentir envahi.»

 

L’art de savourer sa vie en solo

Quelques astuces pour y parvenir.

Pratiquer des activités pertinentes. On manque d’inspiration? «Pour s’intéresser à un passe-temps, on doit partir de nos propres besoins et de ce qui nous attire, précise Julie Pelletier. Il faut que ça vienne de soi pour y trouver de la satisfaction.» Nul besoin, donc, de s’abonner à la bibliothèque du quartier si on n’a jamais lu par plaisir. On peut plutôt renouer avec une activité culturelle ou sportive, une passion qu’on avait délaissée, essayer quelque chose de nouveau qui est dans nos cordes. Parfois, après une vie consacrée au travail et à la famille, on n’a aucune idée de ce qui nous fait vibrer. «On peut alors se poser une série de questions pour le déterminer», conseille Marie-France Garneau. Qu’aimais-je faire avant d’avoir des enfants? En quoi suis-je doué? Quels sont mes rêves? Suis-je du genre actif ou contemplatif? Qu’est-ce qui m’allume?

Avoir un confident. Jaser avec la voisine, un commis, des inconnus au parc, c’est bien, mais ce sont les relations «significatives, empreintes de sentiments affectifs réels, qui sont bonnes pour la santé mentale», rappelle Julie Pelletier. Et le plus souvent, elles impliquent des personnes qu’on connaît depuis longtemps. L’amitié est si capitale que, selon une recherche menée en Australie sur une période de 14 ans, la mort d’un ami proche peut affecter la santé mentale et physique et notre fonctionnement social jusqu’à 4 ans après sa disparition. S’il est possible de créer de nouveaux liens à tout âge, le temps nécessaire pour se bien connaître joue en notre défaveur. «On développera souvent des liens plus rapidement avec des personnes vivant la même situation que nous, comme un deuil, affirme la psychologue. Ça rapproche, bien que ça n’équivaille pas à la même richesse de relation qu’avec une amie de longue date.» Si on a la chance de bien s’entendre avec ses frères ou sœurs, on soigne ces liens. L’important, c’est d’avoir quelqu’un avec qui on peut avoir des conversations profondes sur ce qui nous préoccupe.

Se rendre utile. Cela peut tout simplement signifier prendre soin d’un animal de compagnie, ce qui donne un sens à la vie de tous les jours, suggère Marie-France Garneau. «En plus, ça devient un prétexte pour socialiser. Si on est croyant, on peut s’impliquer dans sa paroisse.» Ou faire du bénévolat, cuisiner pour des personnes dans le besoin, conduire un voisin à l’hôpital, se porter volontaire pour faire un appel d’amitié afin de briser l’isolement de quelqu’un d’autre. «Le sentiment d’utilité est un facteur de bonheur, qui joue directement sur l’estime de soi et la santé mentale, souligne Julie Pelletier. Les recherches démontrent que l’altruisme a un effet bénéfique sur l’anxiété et la dépression.» Pour notre lectrice Lucie Dandenault, qui a également répondu à notre appel à tous, cela passe par du mentorat et des suivis téléphoniques dans un centre d’aide. «Il y a trois ans, j’ai aussi créé une page Facebook, Les retraités sportifs du Québec, qui compte quand même 2 800 personnes.»

Prendre soin de soi. Les millénariaux appellent cela le self care, l’Office québécois de la langue française propose plutôt «autogestion de la santé». En gros, cela consiste à nourrir régulièrement autant son esprit que son corps. Parce qu’il ne faut pas l’oublier, la pratique d’activités physiques est bénéfique à notre moral. Et cultiver son jardin intérieur, que ce soit par la spiritualité, la pleine conscience ou la méditation, l’est pour notre âme. On contribue par le fait même à se fixer des buts dans nos journées, voire des objectifs à court ou moyen terme.

 

Quand on broie du noir

Lorsqu’on habite seul, notre miroir, c’est nous. «Il faut donc être attentif aux signes psychologiques inquiétants autant qu’on le fait pour son corps, prévient Julie Pelletier. Quand on s’aperçoit qu’il y a une grosse différence par rapport à notre emploi du temps ou comment on se sent, c’est déjà un drapeau rouge. Le manque d’intérêt généralisé est un symptôme important.»

Si on a des pensées négatives, une baisse de vitalité, de l’insomnie, si on néglige son hygiène de base, si on mange moins ou beaucoup plus, si on se laisse aller, il faut agir. «Certains auront besoin de se faire guider pour trouver ce qui a du sens pour eux, dit Marie-France Garneau. Ils feront appel à un professionnel comme un psychologue. Mais on peut aussi demander de l’aide à son CLSC, au CIUSSS local. Il y a divers organismes communautaires, comme Les Petits Frères, des lignes d’écoute, comme Tel-Aînés, qui peuvent aider.» Idem avec les travailleurs sociaux, qui peuvent mettre en place des interventions et d’aiguiller vers d’autres ressources.

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