Le compagnon de ma mère

Le compagnon de ma mère

Par Jacqueline Simoneau

Crédit photo: iStockphoto.com

«Elle n’a plus l’âge pour ça, s’indigne Colette dont la mère de 74 ans s’est amourachée d’un jeunot de 72 ans. Et puis, qu’est-ce qu’elle peut bien lui trouver? Il n’a aucune envergure. Sa conversation se limite au sport et au bridge.» De toute évidence, Colette accepte mal l’arrivée du nouveau conjoint de sa mère.

Les craintes et les appréhensions des enfants

Son cas n’est pas unique. Plusieurs enfants voient d’un mauvais œil leur mère – ou leur père – s’engager dans une relation amoureuse après l’âge de la retraite. Même après avoir quitté la maison depuis longtemps, la famille reste un clan serré, où n’entre pas qui veut. Mais il y a plus. Des craintes et des appréhensions, entre autres.

«Les insécurités suscitées par la venue d’un nouveau conjoint dans la vie d’un parent âgé sont nombreuses, souligne Louise Fréchette, psychologue et psychothérapeute en analyse bioénergétique. Certains craignent que leur mère leur accorde moins d’importance qu’à ce nouveau conjoint. Ils se sentent soudainement moins “utiles”. Si le père décédé occupait une grande place dans le cœur des enfants, ceux-ci peuvent trouver pénible de voir un étranger occuper une place privilégiée auprès de leur mère. Ils le vivent comme une trahison. D’autres redoutent que leur mère vieillissante se fasse manipuler ou que le nouvel amoureux dilapide l’héritage familial. À la limite, certains peuvent être jaloux de ce bonheur si leur propre couple va à la dérive. Sans compter que l’arrivée d’une nouvelle personne affecte la dynamique familiale.»

Lorraine, elle, avait peur de voir sa mère s’effondrer si la relation ne fonctionnait pas. «Elle a vécu difficilement le décès de mon père, raconte-t-elle. Ç’a été pénible pour toute la famille. Actuellement, elle vit en couple depuis un an, et elle semble très heureuse. J’espère juste que ça continue.» «Une rupture amoureuse, ça fait toujours mal, peu importe l’âge, convient Yvon Dallaire, psychologue et sexologue. Mais il y a pire qu’un chagrin d’amour: l’absence d’amour. Prendre le risque d’aimer, c’est prendre le risque d’être laissé. Soit. Mais si on a vécu jusqu’à 70 ans, on sait aussi qu’on finit par s’en remettre. Et les beaux moments vécus, eux, restent.»

Les personnes plus âgées ont droit à une vie amoureuse

Les personnes plus âgées ont droit à une vie amoureuse

Habituellement, ce sont les parents qui doivent composer avec l’arrivée de nouvelles personnes (gendres et brus) dans le cercle familial. C’est dans l’ordre des choses. Lorsque l’inverse se produit, ça paraît moins naturel. Pourtant, il n’y a pas d’âge limite en amour.

«Les personnes plus âgées ont droit à une vie amoureuse, sensuelle et sexuelle, au même titre que les plus jeunes, estime Yvon Dallaire. Ce n’est pas parce qu’on a 70 ans ou plus qu’on n’a plus le goût de partager une complicité, une tendresse, une sensualité et même une sexualité avec quelqu’un. Le hic: la sexualité des personnes âgées est encore taboue. Bien des enfants refusent même de concevoir que leur parent puisse avoir une vie sexuelle, ce qui suffit à engendrer des malaises chez eux. Cela dit, mon père a revécu un coup de foudre à 76 ans, quelques années après le décès de ma mère. Il ne croyait jamais retomber en amour, mais c’est arrivé. Et c’est tant mieux. Parce que vivre à deux, c’est épanouissant, et ce, à tout âge. Cela permet de combattre la solitude, d’élargir son réseau social, de découvrir de nouvelles activités, d’échanger, de partager une complicité, de s’épauler, de retrouver une joie de vivre. On aurait tort de refuser ce bonheur à son parent et d’en prendre ombrage si les sentiments sont partagés.»

D’ailleurs, certains indices de bonheur ne trompent pas. Si votre mère a les yeux brillants, un regain de vitalité, une nouvelle coquetterie, puis qu’elle et son ami se jettent des regards coquins et ont des gestes tendres l’un envers l’autre, c’est signe que tout va bien. Ne vous inquiétez pas. L’amour donne des ailes et une nouvelle jeunesse.

On se rappellera donc que notre maman n’est ni la première ni la dernière à qui Cupidon décoche l’une de ses flèches. Les histoires d’amour au troisième âge ont même de fortes chances de se multiplier, en raison d’une durée de vie de plus en plus longue.

Cherchez la cause de vos réticences

Cherchez la cause de vos réticences

Évidemment, les choses sont facilitées quand le nouveau conjoint fait preuve de délicatesse, de tact et de respect envers votre mère, et qu’il ne cherche pas à prendre la place du parent absent. Mais si vous ressentez malgré tout une réticence, cherchez la cause. Est-ce la personnalité du nouveau conjoint qui vous déplaît? Est-ce le partage du patrimoine familial qui vous inquiète? Est-ce le fait de voir votre mère agir en «jeune amoureuse» qui vous tracasse? Analysez toutes les pistes.

Par la suite, une discussion franche avec votre mère à propos de vos craintes ou de vos inconforts peut aider à les dissiper. Il faut toutefois être diplomate. Ce n’est pas le moment de faire le procès du nouveau conjoint. Cela risquerait de la blesser et de jeter un froid entre vous. Contentez-vous simplement de l’informer de votre malaise. «Le non-dit ne résout rien, confirme Louise Fréchette. Mais il y a une différence entre exprimer à sa mère ses inconforts et lui dire comment gérer sa vie. Il faut agir avec délicatesse. L’important, c’est de lui faire part de notre malaise (ne pas en mettre trop, quand même), sans la culpabiliser. Sinon, on risque de se faire répondre: “Je suis assez vieille pour savoir ce que j’ai à faire.” Point final. Après la discussion, c’est à nous de décider comment nous nous ajusterons à cette nouvelle réalité. Elle n’a pas à assumer la responsabilité de nos choix.»

«Paradoxalement, quand les ados sont en amour, les parents veulent s’ingérer dans leur vie amoureuse ou sexuelle. Quand ces mêmes ados vieillissent et que leur parent de 70 ans a un amoureux, ils répètent le même pattern. Mon conseil: faire exactement ce que l’on aurait voulu que nos parents fassent quand nous étions ados, c’est-à-dire faire confiance. Bref, à moins d’indices sérieux d’abus ou de manipulation, on n’a pas à s’immiscer dans la vie amoureuse de notre mère. On fait nos choix, elle fait les siens.», observe pour sa part Yvon Dallaire.

Il n’y a aucun atome crochu entre vous et le nouveau compagnon?

Il n’y a aucun atome crochu entre vous et le nouveau compagnon?

Vous pouvez simplement réduire la fréquence des rencontres. «Mais il ne faut surtout pas couper le lien ni la communication avec sa mère, même si on n’aime pas son conjoint, précise Yvon Dallaire. Elle sera alors déchirée entre ses enfants et son amoureux, et tout le monde sera malheureux.» Si le malaise est grand, mieux vaut donner une courte explication, mais sans fermer la porte: «Je ne suis pas à l’aise avec ton nouveau conjoint, mais je veux continuer à te voir. Je vais être présent aux réunions familiales, mais le reste du temps, est-ce qu’on peut se voir seulement toi et moi? On pourrait peut-être manger ensemble de temps à autre.»

Mais avant d’en arriver là, on s’accordera du temps pour apprivoiser ce nouveau conjoint. «C’est un étranger, rappelle Louise Fréchette. C’est donc normal d’être méfiant. Mais plutôt que de le rejeter rapidement, on devrait prendre le temps de le connaître et de s’habituer à sa présence. Notre opinion peut changer en cours de route.»

En parler avec les frères et les sœurs peut aussi aider à voir plus clair. Le but n’est pas de faire équipe contre le nouveau couple, mais plutôt de valider nos impressions et de voir si elles sont partagées. Si oui, on cherchera des solutions et des compromis, tout en respectant le choix de notre mère. Toutefois, cela ne veut pas dire de fermer les yeux devant ce qui paraît contestable. En cas de décisions financières douteuses par exemple, vous pouvez très bien dire: «J’ai l’impression que tu te fies beaucoup à lui. Ce serait peut-être important que tu nous consultes aussi, ou encore que tu demandes l’avis d’un spécialiste. Je peux te suggérer quelques noms. Après, tu prendras ta décision.»

Mais une fois dit, il faut lâcher prise. On ne peut pas vivre la vie de notre mère. Il est important de la laisser faire ses choix et de ne pas l’infantiliser. Seule exception: on a des raisons concrètes de penser que cette nouvelle relation est à son détriment physique, émotionnel ou financier, ou encore que notre mère n’est plus en pleine possession de ses facultés mentales. Il faut alors demander l’avis d’un spécialiste en santé ou en droit.

Du côté du parent

Du côté du parent

Un de vos enfants accepte mal votre nouveau conjoint? Prenez les devants et parlez-lui. Demandez-lui par exemple ce qui le trouble dans cette nouvelle situation. Mieux vaut savoir ce qui se passe plutôt que de se morfondre en imaginant plein de scénarios. Peut-être perçoit-il quelque chose que vous n’aviez pas vu.

Aussi, parlez-lui de ce que vous ressentez, de vos attentes. Demandez-lui comment il réagirait si vous émettiez une opinion négative sur son conjoint ou sa conjointe. Dites-lui qu’il n’est pas obligé de l’aimer, mais qu’il doit respecter votre choix.

Par contre, évitez les propos du genre: «C’est mon conjoint. Tant pis, si tu n’es pas content.» Vous risquez d’envenimer la situation et de briser la communication, pire, de couper les liens. Ce n’est assurément pas ce que vous souhaitez.

Mise à jour: avril 2012

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