J’affronte les changements dans ma vie

J’affronte les changements dans ma vie

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Photo by Hector Reyes on Unsplash

On est tous appelés, un jour ou l’autre, à surmonter des deuils, petits et grands. Nos pistes pour garder le cap à travers la tempête.

Les deuils qui peuvent survenir au cours d’une existence sont nombreux. Cela peut être de changer de ville, perdre son emploi, vivre une rupture amoureuse, se trouver affaibli par la maladie, voir ses parents s’éteindre... Avec, à la clé, une myriade d’émotions, de réactions qui peuvent parfois nous paralyser, voire nous enliser. Et nous empêcher ainsi d’évoluer. Comment mieux passer au travers de ces transitions normales de la vie?

 

La réaction!

Chacun a sa façon de réagir au changement, mais un fait demeure: il sera évidemment plus ardu de composer avec ce passage si ce n’est pas nous qui l’avons choisi, s’il nous est imposé. «Même si le changement en question est prévisible, ça n’empêche pas qu’il puisse être difficile à vivre. Par contre, on aura peut-être alors plus de moyens pour y faire face, avance Séverine Hervouet, docteure en psychologie et cofondatrice de la Clinique Psychologie Santé. Quand le changement est imprévu, là, il vient solliciter nos ressources intérieures plus fortement.» Il y a ainsi une marge, par exemple, entre vouloir et devoir déménager.

 

Gamme d'émotions

Qu’il soit voulu ou non, le changement provoque toute une gamme d’émotions, de l’irritation jusqu’à la peur et à la colère, en passant par l’excitation et la joie. Sans oublier le fameux stress, un mal nécessaire, puisque c’est grâce à lui qu’on se mobilise pour affronter la transition. Une règle d’or: laisser libre cours à nos émotions, faire preuve d’indulgence envers soi-même et ne pas se taper dessus parce qu’on éprouve un choc. «Tout changement entraîne une position de déséquilibre qui est assez inconfortable pour l’être humain en général, explique Séverine Hervouet. Il faut accepter ce qu’on ressent, car accueillir cet inconfort plutôt que chercher à le fuir, à l’éviter ou à le minimiser fait aussi partie du processus d’adaptation.»

 

Bien cheminer

Pour la psychologue, qui pratique à Québec, il n’y a pas de cheminement type, d’étapes à franchir avant d’en arriver à un stade ultime que beaucoup désignent comme l’acceptation. «Ce dont on s’aperçoit sur le terrain, c’est qu’il n’y a pas de linéarité applicable à tous, note Mme Hervouet. Certaines personnes ne ressentiront pas automatiquement de colère et passeront tout de suite en mode résolution de problèmes. Chez d’autres, la colère arrivera beaucoup plus tard. L’acceptation, ce n’est pas forcément un but en soi. En travail thérapeutique, on ne la vise pas d’emblée. Et parfois, accepter l’inacceptable, c’est impossible. Il importe davantage d’apprendre à composer avec le changement, de s’y adapter.»

 

Passer à l'action

Alors, comment faire pour vivre un changement sans perdre le nord? Voici trois pistes à suivre, selon Séverine Hervouet.

Tirer une leçon de nos expériences.

On prend un moment de recul pour examiner comment on a réagi lorsqu’un tel changement s’est produit dans le passé. Se rappeler qu’on a déjà survécu à d’autres drames – comme un divorce, nos enfants qui quittent le nid, une retraite forcée – peut procurer du réconfort et de la force. Il est important de déterminer ce qui nous avait aidé à l’époque et ce qui nous avait nui. «On peut ainsi puiser dans ces stratégies antérieures qui ont fonctionné, cet arsenal d’outils qu’on a développés pour braver la tempête.»

Se faire du bien.

On met en place ce que la psychologie appelle des stratégies d’auto-apaisement. «On maximise tout ce qui nous apaise: marcher dans la nature, cuisiner, écouter de la musique à tue-tête, danser, se confier à des proches, consulter un professionnel, etc.»

Prendre les choses en main.

Puisque subir un changement vient avec une impression de perte de contrôle, on peut aussi s’efforcer de le reprendre. «Le mot “impression” est important ici, parce la perte de contrôle n’est pas toujours réelle, c’est une question de perception, explique Séverine Hervouet. Même avec des situations comme la maladie ou le deuil d’un proche, sur lesquelles on a très peu de contrôle, c’est rare qu’on ne puisse absolument rien faire.» Il est possible, par exemple, de s’informer sur sa maladie, de se joindre à un groupe de soutien, de demander l’aide d’un proche ou d’un professionnel. «Un congédiement peut être vu comme une épreuve ou un problème. Or, un problème, on peut travailler à le résoudre. Une fois qu’on s’est accordé le temps de vivre l’inconfort qu’il suscite et qu’on ne peut esquiver, on peut agir: étudier le marché du travail, comprendre pourquoi on a été licencié, voir comment améliorer certaines choses, en faire d’autres différemment. S’apitoyer sur son sort nous place dans une position où on subit plutôt qu’on agit.» Bref, si on n’a pas de pouvoir sur le résultat, on en a sur ce qu’on fait après l’épreuve.

 

Du positif

En outre, on peut tenter de trouver du positif dans ce qu’on vit. Se dire qu’une porte qui se referme permet d’en ouvrir une autre. Reste qu’on n’a pas à se mettre de pression à cet égard, insiste la psychologue, spécialisée dans l’accompagnement de personnes malades. «Ce n’est pas tout le monde qui en retire quelque chose de positif ou une grande révélation sur sa vie, mentionne Séverine Hervouet. Il n’est pas impératif d’en tirer une signification. Dans le cas de la maladie, certains reverront ensuite leurs priorités ou travailleront moins, certes. Mais pour d’autres, il n’est pas question de ralentir, car ils trouvent du sens dans leur travail.» Bien sûr, la maladie peut diminuer nos capacités. Là encore, on n’y peut rien, mais on peut agir sur quelque chose: l’adaptation à notre nouvelle condition physique.

 

Quand faut-il chercher de l’aide?

Les circonstances, notre état d’esprit, le moment où on en est rendu dans notre vie, le fait de ne pas disposer de réseau social, d’avoir subi plusieurs épreuves d’affilée… tous ces facteurs peuvent faire en sorte que le changement devient quelquefois une montagne insurmontable. Plusieurs drapeaux rouges sont alors à surveiller. «Si on commence à avoir des symptômes physiques, des problèmes d’appétit, des brûlures d’estomac inhabituelles, des douleurs musculaires, de l’insomnie depuis des semaines, une fatigue lourde, des pensées récurrentes et accaparantes: tous ces signes dénotent que le déséquilibre prend de plus en plus de place, affirme Séverine Hervouet. Il ne faut pas attendre que ça devienne envahissant au point qu’on ne puisse plus être fonctionnel. Plus on s’occupe tôt de ces symptômes, plus rapidement on s’en sort. Mais quand la vie va trop vite et qu’on oublie d’être à l’écoute de soi, on a de la difficulté à percevoir ces signes.» D’où l’importance d’agir en amont et de ne pas tarder à consulter un professionnel, avant que la marmite déborde.

 

Un changement commun à tous

Outre la mort et les impôts, ce qu’il y a de certain dans l’existence, c’est qu’on vivra à un moment donné le deuil d’un être cher. À moins d’avoir le malheur de décéder avant nos parents, on pleurera assurément leur décès un jour. Est-ce une situation à laquelle on peut se préparer?

«C’est une question délicate, car il n’y a pas grand-monde qui a envie de se préparer ou de réfléchir à la mort de son père ou de sa mère, répond la psychologue. Dans un monde où tout va vite, l’humain tend à éviter ce qui le fait souffrir. C’est pour ça qu’on n’est jamais prêt au départ d’un être cher. On travaille donc sur le deuil en temps et lieu. Ce que j’entends aussi dans cette question, c’est: “Comment faire pour ne pas avoir mal?” Or, ça fait partie de l’expérience humaine de vivre un deuil avec de la souffrance. Il faut prendre le temps d’accueillir les émotions inconfortables. Et ça ne veut pas dire que, si on le fait, elles vont devenir plus intenses, au contraire!»

 

Réussir

Pour traverser les petits et grands deuils, on peut essayer de se voir comme un capitaine. «Il a beau se préparer à son voyage en mer et en planifier certains aspects, le jour où il rencontrera une vraie tempête, il n’aura aucune idée de comment ça va se passer. Dans le feu de l’action, il s’attachera à garder le cap et à surfer sur la vague pour continuer d’avancer, tout en s’appuyant sur son expérience. On doit nous aussi se rappeler nos forces, nos expériences, et capitaliser là-dessus.» Tout en se souvenant que, comme le changement, l’orage est temporaire. Et qu’il finit toujours par laisser place au beau temps.

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Entre nous

Le billet d'Aline Pinxteren, Rédactrice en chef

Le temps d’une trêve

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