Guy Corneau : retrouver le meilleur de soi

Guy Corneau : retrouver le meilleur de soi

Par Suzanne Décarie

Crédit photo: istockphoto.com

Son premier ouvrage, Père manquant, fils manqué (Les Éditions de l'Homme, 1989), en a remué plus d’un. Depuis, Guy Corneau, psychanalyste, auteur et conférencier, a publié d’autres livres, a fondé les Réseaux Hommes Québec et Femmes Québec, ainsi que des regroupements d'entraide et de soutien. Il a aussi mis sur pied les Productions du cœur, réunissant des thérapeutes et des artistes qui proposent conférences, ateliers, séminaires et voyages thématiques. On l’a vu aux côtés de Janette Bertrand dans Parler pour parler et dans Tout simplement Janette. Il a été de Début de soirée, Télé-service, Tango, Deux filles le matin… Depuis 2004, il anime Guy Corneau en atelier et Guy Corneau en toute confidence à Canal Vie.

Avec Le meilleur de soi, ce «chercheur de vérité» offre un guide de vie, sorte de bilan de ce qu’il a compris à force d’observation et à travers son métier. Exigeant en ce qu’il scrute nos zones d’ombre et séduisant en ce qu’il propose des pistes pour rendre sa vie plus créatrice, Le meilleur de soi est une invitation à changer de regard pour vivre mieux. Nous l’avons rencontré pour en parler.

Bel Âge Après avoir abordé les bouleversements de la naissance, les cuirasses dans lesquelles on s’enserre pour se protéger et les conditionnements du passé, vous donnez des pistes pour nourrir le meilleur de soi. Est-ce facile de passer à l’acte?
Guy Corneau On peut aisément entrer en contact avec le meilleur de soi, qui est notre authenticité profonde, notre énergie. La question, c’est comment maintenir cet état! Car les blessures du passé, les croyances négatives et les peurs remontent à la surface, ce qui exige un vrai travail… Il faut faire des efforts constants, remplacer des conflits inconscients par un conflit conscient. Être conscient de ses zones de malaise et d’inconfort fait en sorte qu’elles nous ravagent moins intérieurement. Si vous vous savez fragile au rejet et que vous décidez quand même de vous investir à fond dans une relation, vous sentirez la peur du rejet vibrer en vous. Mais connaissant cette sensibilité, vous la dépasserez pour donner une chance à votre élan créateur. Cela permet d’acquérir de nouvelles convictions qui vont combattre les croyances négatives construites à travers des expériences difficiles. Ce n’est pas facile de sortir de l’aspect réactionnel de nos vies où l’on ne fait que répondre aux blessures du passé en cherchant de la reconnaissance dans les yeux des autres et de l’intensité, ici et là, pour ne pas avoir une vie trop vide.

Se transformer...

B. Â. Vous dites que si nous ne devions retenir qu’un exercice de votre livre, ce serait celui des trois chaises : la chaise du choix, la chaise de l’élan et la chaise des peurs (il s’agit d’entreprendre une conversation avec soi-même en s’assoyant successivement sur chaque chaise). Pourquoi ?
G. C. Quand on fait un travail sur soi, on se retrouve souvent assis entre deux chaises : les voies du passé dont on veut se sortir et ce que l’on entrevoit comme possible. Cette position est inconfortable, stressante et destructrice. On ajoute donc une troisième chaise, celle du choix, où l’on ne pose pas de jugement et où l’on accepte d’entendre ses blessures, ses peurs, ses croyances négatives, autant que ses vrais élans et son individualité profonde. On peut alors choisir sans culpabilité en se disant : «aujourd’hui, je suis assez bon pour dépasser certaines peurs» ou «aujourd’hui, je n’ai pas cette force-là»… Cela permet de rester allié avec soi-même. Dans un effort spirituel ou psychologique, plusieurs personnes deviennent leur propre ennemi en croyant qu’elles ne devraient pas être en colère ou avoir tant de difficultés… La troisième chaise vient leur dire de rester proches d’eux-mêmes.

Cet exercice aide aussi à clarifier la situation. Il permet, par exemple, de se placer devant une relation et de se demander quels en sont les pour et les contre, sans s’obliger à faire tout de suite des choix. On entend les deux côtés, puis on se donne la permission de choisir ou de formuler sa position du moment. Pour ne pas être possédé par ses peurs, il faut les entendre. Si l’on ne procède pas à cette clarification, on risque de ne pas connaître ses fragilités et ses vraies peurs, et de tomber dans une espèce de pensée magique, de croire que l’on va tout régler en suivant ses élans créateurs.

B. Â. Pourtant, en vous lisant, on peut se laisser porter par une sorte de pensée magique et croire que c’est facile de se transformer…
G. C. Ce livre est une invitation à une réelle transformation. Cela ne veut pas dire que certains changements ne seront pas faciles! Cela veut dire que nous devons aussi rencontrer nos zones sombres et les reconnaître pour pouvoir éventuellement négocier avec elles et gagner de l’autonomie par rapport à des peurs, à des attentes, à des désirs qui nous submergent et nous font perdre notre propre fibre. Je ne dis pas qu’il ne faut pas avoir de peurs, de fantasmes, d’idées suicidaires… Je dis qu’il faut se demander si on en est le maître ou l’esclave, si l’on a encore un choix.

B. Â. Il faut donc reconnaître et questionner ses peurs et ses croyances pour pouvoir changer de regard. C’est donc possible de changer de regard?
G. C. C Il faut commencer par comprendre que nos problèmes sont aussi une partie de notre créativité profonde qui, mal utilisée, s’exprime par quelque chose qui ne va pas. Il faut regarder ses malaises en se demandant comment on a prêté le flanc à ce qui nous arrive : la maladie, la rupture, tout ce qui nous renverse. Et avoir l’humilité de reconnaître que, même s’il y a eu des déclencheurs, le terreau était déjà fertile pour que cette chose arrive. Nous l’invitions déjà inconsciemment. On attire ce que l’on est. Si vous observez attentivement ce qui arrive, vous allez peut-être constater que cela révèle des choses que vous n’avez pas réglées. Exemple: on vient de vous trahir; or, vous avez connu la trahison étant jeune, mais vous avez laissé ça derrière vous parce que ça faisait trop mal; c’est une invitation à rouvrir la plaie parce que vous êtes maintenant assez fort pour en guérir.

Le bonheur à notre portée

B. Â. Est-ce que ce livre permet de faire soi-même une démarche ou est-ce un préambule à une psychothérapie par exemple?
G. C. Pour certains, il sera une porte d’entrée vers des séminaires, d’autres lectures, des expériences. Pour d’autres, il complétera une démarche déjà faite ou il accompagnera une démarche en cours. Ce livre ne peut répondre à tous nos besoins psychologiques, mais il peut contribuer à nous rendre plus observateurs de nos vies.

B. Â. Il n’est jamais trop tard pour entreprendre un travail sur soi?
G. C. À 50 ou 60 ans, on est capable de questionner plus de choses qu’à 20 ans. On est moins dans l’urgence, dans l’impulsivité; on est plus réfléchi. C’est un moment idéal pour entrer en contact avec ce qui est resté vivant en soi malgré les heurts de la vie. Certains diront qu’il est trop tard pour changer, pensant que les mécanismes de réaction aux peurs, aux croyances négatives, que l’emploi de certaines compensations pour répondre aux inconforts de la vie sont devenus trop rigides. Mais le fait d’avoir un peu plus de temps pour s’occuper de soi est un véritable cadeau. Je suis toujours fasciné de l’émerveillement des grands-parents devant les petits-enfants. Ils ont les yeux brillants parce qu’ils ont passé une journée avec leur petit-fils ou leur petite-fille. On dirait qu’ils sont plus spontanément goûteurs de la vie. Ils aiment la proximité de la vie, parce que ça réveille la vie en eux.

B. Â. Se détendre, jouir du moment présent, écouter le silence, contempler la beauté, rêver, imaginer… En invitant à nourrir le meilleur de soi, vous donnez envie de profiter de la vie.
G. C. Devenir plus goûteur de la vie, ça peut changer les choses. Si j’avais un truc à donner pour mieux profiter de la vie, ce serait de pacifier ses relations : avec ses parents vivants ou morts, avec ses enfants, avec ceux de qui l’on a été proche, mais que l’on ne voit plus pour différentes raisons. Le cœur est alourdi par ces relations qui se sont mal terminées, qui ne sont pas closes, où les vraies choses n’ont pas été dites. Le fait de pacifier son cœur marquera une avancée dans sa vie. C’est un allègement, une libération, ce qui permet d’arriver à goûter à une tranquillité profonde, très vivante, très intense. Cela prend un peu de courage, bien sûr…

B. Â. Qu’est-ce que vous aimeriez que l’on retienne de ce livre?
G. C. Que la vie est très intelligente. Ça vaut la peine d’écouter. Le bonheur est possible à la condition de laisser s’exprimer ce qui pour nous est juste, ce qui nous fait vibrer, ce qui est vivant, ce qui est à la fois respectueux de soi et respectueux des autres : nos talents, nos aptitudes, nos goûts profonds, nos qualités aussi. À la condition d’oser exprimer ce que l’on est, de le faire valoir et de l’incarner.

Beaucoup de gens ont de bonnes idées, mais ils en restreignent l’expression à cause de leurs blessures passées, à cause de ce que les autres vont dire, à cause de la peur de perdre leur reconnaissance, de la peur d’être rejetés et de se retrouver seuls. Mais la personne qui a peur d’être seule est déjà seule avec son dilemme. On est l’énergie créatrice et, toutes les fois qu’on ose le vivre, on est plus heureux tout simplement. Si j’avais à réécrire mon livre, j’irais plus loin, je dirais aux gens : mettez-vous en action par rapport à vos goûts, suivez des cours de danse si vous en avez envie. Soyez plus heureux de vivre. Ce bonheur va attirer d’autres façons d’être heureux. Il s’agit de prendre le fil et de le suivre.

Le meilleur de soi, par Guy Corneau, Les Éditions de l’Homme, 2007, 352 p., 27,95$.

mise à jour le 2007-06-17

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