Qu’est-ce qui vous indigne?

Qu’est-ce qui vous indigne?

Par Julie Stanton

Crédit photo: iStockphoto.com

André Mathieu, 70 ans. Militant syndical à la retraite. 

«Je rêve du jour où des centaines de milliers de gens de tous les pays se lèveront pour crier leur malaise, face à la domination du dieu Argent, et s’uniront pour marcher, main dans la main, en scandant: Justice, Honnêteté, Partage. Je rêve du jour où les grands milliardaires et les petits actionnaires de l’univers chanteront en choeur et avec coeur: “Ne tuons pas la beauté du monde!” À 70 ans, j’ose encore croire que je peux rêver, car ma foi dans l’être humain, accompagnée de l’espérance d’un monde meilleur, me fait lancer dans le vent ce petit message: «Camarades du monde entier, indignons-nous!»

Louise DesChâtelets, 68 ans. Comédienne, chroniqueuse au Journal de Montréal, animatrice de l’émission Le Confident diffusée à l’antenne de MaTV. 

«Entre les routes en décomposition, le pont Champlain qui menace de s’écrouler, les taxes qui montent en flèche, les lignes de métro qui nécessitent des soins d’urgence et les nids de corruption qui n’en finissent plus de s’étaler au grand jour, le choix ne manque pas pour nourrir notre indignation. Et saviez-vous que s’est installé insidieusement un phénomène de pauvreté qui atteint désormais les citoyens avec emploi? Comment est-ce possible dans une société d’abondance comme la nôtre? Quand nous attaquerons-nous à l’objectif tant souhaité d’une meilleure répartition des richesses? À quelles calendes grecques allons-nous remettre notre devoir de travailler au droit à une vie égale pour tous? Oui, tout cela m’indigne au plus haut point!»

Jean-Paul L’Allier, 75 ans. Reconnu comme un grand défenseur des arts et de la culture. Maire de Québec de 1989 à 2005.

«Ce qui m’indigne, c’est le multiple langage des hommes et des femmes politiques, à tous les niveaux, en particulier le discours et les actions sans éthique du premier ministre Harper, sa proximité avec la violence, la droite Bush américaine. C’est la complicité si évidente de notre gouvernement canadien à propos de l’évasion fiscale et de la tricherie qui fait partie de la loi des abuseurs des classes les plus faibles, ce sont les profits des banques, honteusement claironnés tous les trois mois, avec des taux d’intérêt de 19 et 20% pour les sommes qui ne sont pas payées dans les délais. C’est la léthargie de celles et ceux qui, parmi la population, chez nous, pourraient et devraient réagir. Bref, ce qui m’indigne, c’est la société amorphe qui se laisse faire faute de savoir mieux, c’est ce cheminement vers l’inégalité et le prix qu’il faudra payer, un jour, pour l’avoir toléré. Finalement, le petit bruit des pantoufles est plus dangereux que celui des bottes.»

Gina Jean, 42 ans. Adjointe administrative, direction des services éducatifs de Kuujjuaq.

«Je suis indignée au plus haut point par la stupidité généralisée! Celle des gens pour qui tout le monde est beau, tout le monde est fin. Celle des personnes qui passent des heures à ergoter sur leur souper, la méthode de cuisson, les épices, la sauce. Celle des autres qui restent là à les écouter. Stupidité aussi des zélés qui arrivent au travail à 7 h parce qu’ils n’ont rien d’autre à faire. Tant d’exemples me viennent à l’esprit! Je suis peut-être un peu aigrie, mais je suis surtout indignée d’être obligée de composer avec cette gangrène du stupide! J’imagine que je devrais m’indigner des massacres interplanétaires. Mais, au jour le jour, c’est la stupidité bête et insipide qui m’agresse.»

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Maurice Gendron, 72 ans. Retraité.

«Ce qui m’indigne, c’est notre inconscience. Les machines à penser de nos sociétés nous entraînent à choisir notre confort et notre indifférence. Indifférence qui tue les enfants, les femmes et les hommes en Syrie. Le pays est détruit. Est-ce ainsi que vivent les hommes, avec un fusil dans la maison, dans des pays qui produisent des armes, en achètent, en vendent, en marchandent? Je m’indigne avec Pierre Rabhi: «L’arme de destruction massive sur la planète est le lucre, la finance glorifiée par la Bourse.»

Anny Marleau, 40 ans. Naturopathe et intervenante en relation d’aide.

«L’injustice! Souvent trop grande, trop présente, et qui touche toutes les classes de la société. Une façon d’enrayer l’injustice? Aucune. Il y en aura toujours car, bien souvent, c’est une question de perceptions. Et les perceptions varient d’un individu à l’autre. Si on pensait un peu plus avant de parler ou de faire certaines interventions. Si on s’interrogeait davantage avant d’accepter d’entendre tel ou tel langage, ou de vivre de telle ou telle façon. Se soucier plus d’autrui, c’est se soucier de soi, se responsabiliser et se regarder dans le miroir. Arrêtons de nous dire: “Tant pis, on s’en fout!!!’’»

Véronique Morel, 65 ans. Secrétaire juridique et transcriptrice à la retraite.

«J’en ai contre un système qui permet à certains de quitter leur poste avec de généreuses indemnités de départ, sous prétexte qu’ils ont atteint des rendements exceptionnels. Pourquoi l’honnête ouvrier d’usine, qui a passé toutes ses années actives à accomplir un travail consciencieux, se retrouve-t-il souvent sans fonds de retraite? Ne mériterait-il pas, lui aussi, pareille indemnité de départ? Cette attitude du deux poids, deux mesures, ça me scandalise.»

Jean-Sébastien Cossette, 42 ans. Webmestre.

«Je deviens enragé noir lorsqu’un problème informatique surgit! Certains penseront peut-être que c’est facile pour moi de le régler, puisque je suis tombé dans la techno quand j’étais petit. Pas nécessairement. Et j’enrage, oui. Comment se fait-il que des centaines d’ingénieurs et d’informaticiens parviennent à mettre sur le marché des milliers de bidules électroniques avec, presque toujours, une anomalie dans le système? À croire qu’ils ne les ont jamais eux-mêmes utilisés!»

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Hervé Anctil, 65 ans. Journaliste.

«La chanson d’Anne Sylvestre intitulée ‘’J’aime les gens qui doutent’’ me ramène à un travers répandu qui est pour moi une grande source d’indignation: le simplisme. Nous aimons aujourd’hui les réponses toutes faites, les jugements rapides, les clips. Comme si toute idée devait tenir en 140 caractères! Nous affirmons avant d’analyser, nous lançons des jugements sans fondement, nous perpétuons des préjugés. Le simplisme, c’est la pensée binaire, les raccourcis sans nuance: oui ou non, bon ou mauvais, pour ou contre. On le retrouve aussi bien à droite (“Faisons travailler les assistés sociaux”) qu’à gauche (“Faisons payer les riches”). Le simplisme conduit tout droit à une autre dérive, à l’origine de plusieurs injustices: le populisme. Douter n’est pas chose facile, mais c’est le meilleur antidote aux idéologies, bref la meilleure façon de progresser.»

André Giguère, 68 ans. Prof de philo retraité.

«L’impuissance de l’ONU à enrayer la famine dans le monde, alors que 10 000 enfants meurent de faim chaque jour. Le fait que l’économie soit placée au-dessus de toutes les autres valeurs, surtout celles des droits de l’homme. La désespérante bonne conscience des gouvernements quant à l’accroissement des inégalités économiques provoquant l’escalade, notamment de l’itinérance dont celle des 22 000 enfants sans abri à New York – le nombre le plus élevé depuis la Grande Dépression, selon un article d’Andrea Elliott du New York Times. L’ignominie des conflits armés qui massacrent les populations civiles, qui utilisent les enfants et les femmes enceintes comme boucliers humains. Voilà, parmi tant d’autres, mes causes d’indignation. Ainsi que le dit Julian Barnes dans Rien à craindre: “Je ne crois pas en Dieu, mais il me manque.”

Lynne Pion, 50 ans. Consultante/accompagnatrice en fin de vie et conférencière sur le deuil.

«Aujourd’hui, tout va trop vite. Les rites funéraires sont généralement expéditifs. On se limite à recevoir les condoléances à l’église ou, au plus, à une soirée d’exposition du corps. Chacun retourne chez soi avec sa peine sans trop comprendre ce qui lui arrive. La personne endeuillée est laissée à elle-même parce que la mort est taboue et le deuil banalisé. Cette méconnaissance de l’impact social, personnel, familial, physique et psychologique du deuil, tant chez les enfants que chez les ados et les adultes, m’indigne profondément.»

Louise Arcand, 48 ans. Conseillère en développement professionnel et personnel.

«Ne rien dire, faire semblant de ne rien voir, très peu pour moi. Mais c’est si facile de regarder la voisine, qui est souffrante, malmener ses petits, et de ne rien faire, ni pour elle ni pour ses jeunes. Observation, jugement, colportage... Un jour la DPJ vient frapper à sa porte. On savait, mais on n’a rien dit. “Ben quoi! C’est pas de mes affaires!” Cette attitude est sans doute l’une des choses qui m’indignent le plus. Ne rien dire est, selon moi, pire que de dire. Les conséquences sont graves pour tous.»

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