Luminothérapie et dépression saisonnière

Luminothérapie et dépression saisonnière

Par Suzanne Décarie

Crédit photo: iStockphoto.com

Dès la mi-août, certaines personnes voient raccourcir et s’assombrir les jours avec une angoisse proportionnelle au plaisir ressenti à les voir allonger au printemps. En fait, nous sommes tous plus ou moins touchés par la diminution de la luminosité qui s’annonce en août, s’affiche en octobre et atteint son apogée au solstice d’hiver. «Nous sommes tous sujets à des variations dans la sécrétion des messagers chimiques dans le cerveau, notamment les neurotransmetteurs, explique la Dre Marie-Josée Filteau, psychiatre à la clinique Marie-Fitzbach, à Québec. Or, durant les mois de décembre et janvier, nous sécrétons moins de sérotonine, un neurotransmetteur impliqué dans la dépression et dans l’anxiété.»

Si cela nous affecte tous un peu, ceux qui ont une susceptibilité à la dépression peuvent développer une maladie appelée trouble affectif saisonnier ou dépression saisonnière. «On dit que 2,6% des Canadiens ont une forme plus sévère de dépression saisonnière», précise la Dre Filteau. Des Canadiennes surtout, puisque les femmes sont de trois à quatre fois plus susceptibles que les hommes d'en être atteintes.

 «Lorsque le cerveau ne reçoit plus le signal lumineux qui l’avise que c’est le jour, le moment de faire des activités, l’horloge biologique se met en mode nocturne», poursuit la psychiatre. Résultats: on dort davantage, on est plus fatigué, on a de la difficulté à démarrer ses journées, on se sent engourdi, on mange plus de féculents, de pâtes et de sucre. On fait des réserves comme les ours qui se préparent à hiberner!

 

Comment savoir

Monique Paré a découvert qu’elle souffrait de dépression saisonnière depuis des années en lisant un article de magazine. Enfin, elle comprenait pourquoi, dès le début de l’automne, les nuits n’étaient jamais assez longues pour qu’elle se sente reposée, sa libido se mettait en veilleuse, et des envies de sucre et de féculents la tenaillaient, et ce, jusqu’au printemps.

Tous les projets qu’elle élaborait dans la lumière de l’été s’effondraient l’automne venu. Elle continuait de travailler, fonctionnait, ne se sentait pas vraiment déprimée, mais trouvait tout si pénible qu’elle ne pouvait concevoir que sa vie se poursuivrait ainsi. «Mes batteries étaient à plat. J’étais découragée. Rétrospectivement, je réalise que, sans être suicidaire, j’avais mal à l’âme.» Elle s’est mise à la luminothérapie et a été renversée par les résultats obtenus en quelques jours. «La luminothérapie nous ramène à la période de bien-être estival. On retrouve l’énergie perdue», soutient celle qui distribue depuis des produits de luminothérapie et dirige Alpha-lite.com, un site d'information et de conseils sur la luminothérapie.

 

Luminothérapie

Certaines personnes commencent la luminothérapie dès la fin d’août, surtout si l’été a été nuageux, mais la majorité y ont recours à partir d’octobre. Le traitement se poursuit jusqu’en mars ou avril. Durant cette période, tous les jours, le matin au réveil, on s’expose pendant 20 à 30 minutes à une lumière blanche de 10 000 lux, équivalente à la lumière d’une plage en plein soleil. On peut déjeuner, lire son journal ou écouter la télé en se laissant baigner de cette lumière dépourvue de rayons ultraviolets. Si l’on doit se déplacer, on peut se procurer une lampe qui se glisse dans une valise.

Attention!, on ne peut pas régler une dépression saisonnière en s’exposant aux lampes des salons de bronzage qui n’émettent pas de lumière blanche, mais des rayons UV qui contribuent au cancer de la peau. Mise en garde: les diabétiques, les gens qui ont une atteinte à la rétine, ainsi que ceux qui ont des problèmes oculaires devraient discuter avec leur ophtalmologiste avant de s’exposer à la luminothérapie.

Coût: une lampe coûte environ 250$; quelques compagnies d’assurances les remboursent quand une prescription du médecin justifie son utilisation. Points de vente: on trouve des lampes de luminothérapie dans plusieurs pharmacies (Brunet, Jean Coutu, Familiprix…), dans certains magasins de luminaires et d’orthèses et prothèses, et sur Internet.

«Les gens qui répondent bien à la luminothérapie ont souvent des effets assez spectaculaires, souligne Marie-Josée Filteau. En l’espace de quelques semaines, ils se sentent plus énergiques, moins tristes, ils sont de meilleure humeur et ont plus de concentration.» Toutefois, certains ne connaissent qu’une amélioration mitigée. «Ce sont ceux pour qui ce n’est pas clair que la dépression soit saisonnière, précise la Dre Filteau. Des gens dépressifs peuvent connaître une aggravation de leur état à l’automne. On combine alors un antidépresseur avec la luminothérapie.»

Si notre fonctionnement est ralenti, si, sans être vraiment mal, on se sent moins bien, on peut se prévaloir des bienfaits de la luminothérapie sans trop de risque.

 

Prévenir la dépression saisonnière

Dans tous les cas, on profitera cependant de quelques mesures préventives.

  • S’exposer le plus souvent possible au soleil, sortir tous les jours, profiter de tous les moments ensoleillés pour prendre l’air, «si possible sans lunettes de soleil», car la luminosité doit passer par les yeux, précise la Dre Marie-Josée Filteau.
  • Faire de l’exercice s’avère curatif dans toutes les formes de dépression. Pour que ce soit efficace, en faire trois ou quatre heures par semaine.
  • Mettre des ampoules plus fortes dans toutes les lampes de la maison. Être exposé à une bonne lumière ambiante peut déjà aider.
  • Se munir d’un simulateur d’aube, un réveil qui éveille en douceur en reproduisant un lever de soleil: il émet d’abord une faible lueur qui augmente graduellement pour atteindre toute son intensité en 30 minutes. Dès les premières lueurs du simulateur, une série de réactions se mettent en branle: les rythmes biologiques s’activent, la sécrétion de la mélatonine, hormone du sommeil, s’atténue, celle du cortisol et des hormones d’activité s’active, le dernier rêve s’achève. «Parfois c’est suffisant pour régler le problème», remarque Monique Paré.

 

Les symptômes de la dépression saisonnière

  • Grande fatigue
  • Besoin démesuré de sommeil
  • Augmentation de l'appétit, envie irrépressible d'hydrates de carbone, de féculents, de sucreries
  • Prise de poids
  • Humeur dépressive, tristesse, perte d’estime de soi
  • Perte d'intérêt pour les activités habituelles, manque d’initiative
  • Évitement des situations sociales, isolement
  • Difficulté à se concentrer
  • Difficulté à rencontrer des échéances
  • Baisse de la libido
  • Malaises physiques
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Entre nous

Le billet d'Aline Pinxteren, Rédactrice en chef

Crier sur la plage

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