Le secret d’une retraite heureuse

Le secret d’une retraite heureuse

Par Simon Diotte

Crédit photo: iStockphoto.com

Paul et Lise ont beau être à la retraite, leur agenda est rempli. C’est que ces deux retraités de la banlieue de Montréal vivent à fond de train. Chacun dans son bureau, ils sont parfois si occupés qu’ils n’ont même pas le temps de se parler.

Ancien professeur, Paul, 63 ans, consacre une à deux journées par semaine à une association dans le domaine culturel à titre de membre du conseil d’administration et d’animateur d’un club de lecture. Il se livre aussi à sa grande passion: l’écriture. «Si mon roman paraît un jour, ce sera la cerise sur le gâteau» dit cet intellectuel à la voix douce.

Quant à Lise, 62 ans, ancienne gestionnaire dans le réseau de la santé, elle s’investit dans une association dont la mission est de donner le goût de la lecture aux écoliers. Elle se rend régulièrement dans une école primaire de Montréal pour lire et échanger avec un petit groupe d’élèves. «Le contact avec ces enfants d’origines diverses est extrêmement stimulant», raconte cette adepte de tennis aux cheveux poivre et sel, retraitée depuis trois ans. Elle ne s’arrête pas là. Quand vient le moment de relaxer, elle tricote des bas, des tuques et des mitaines pour les sans-abri.

Ces baby-boomers sont certes des retraités très actifs, mais des ergomanes? Jamais! Ils n’éprouvent aucune nostalgie pour les horaires et le stress de leur ancienne vie; ils considèrent seulement qu’il est interdit de se retirer du monde une fois à la retraite. «La retraite n’a aucun sens si elle ne sert qu’à s’amuser. Il faut continuer à apprendre, à se réaliser et à être utile à la société», affirme Paul.

On ne tourne pas le dos à 30 ans de vie active en criant ciseau. Même s’il nous exaspère souvent, le travail comble chez l’être humain des besoins essentiels, comme le sentiment d’accomplissement et d’appartenance, l’estime de soi, sans oublier la sécurité financière. Après la vie active, il faut trouver de nouveaux moyens de répondre à ces besoins, à défaut de quoi on risque de connaître un sentiment de vide.

«Les gens idéalisent la retraite. Comme si c’était l’aboutissement heureux d’une vie professionnelle qui n’est plus», constate Marie-Paule Dessaint, coach de vie et spécialiste de la retraite. On nous rappelle constamment l’importance de l’épargne pour jouir de nos vieux jours, discours martelé à grand renfort de publicité qui nous vend l’idéal d’une retraite oisive, les pieds dans le sable. «L’erreur, c’est que les préretraités passent énormément de temps à planifier financièrement leur retraite, mais ne consacrent qu’une fraction de ce temps à la préparer», remarque Martine Lacharité, directrice générale et secrétaire à l'Ordre des conseillers et conseillères d'orientation du Québec.

Donner un nouveau sens à sa vie

Donner un nouveau sens à sa vie

Comment meubler 20, 30 ou même 40 ans de son existence sans les diktats de la productivité? Les spécialistes en planification de la retraite sont unanimes: la clé de la réussite, c’est de donner un nouveau sens à sa vie. Eh bien, cela ne va pas de soi! «Toute notre vie active, nous sommes sur un pilote automatique. La réussite professionnelle, l’achat d’une maison, la fondation d’une famille, tout cela donne un sens à la vie. Mais à la retraite, une remise en question profonde s’impose pour prendre un nouveau départ», affirme Marie-Paule Dessaint.

Faute de quoi, on risque de rater cette étape. C’est ce qui est arrivé à Carole. Lorsqu’elle a quitté son poste de professeure d’histoire au secondaire, à 50 ans, elle était ivre de joie. «Je me sentais privilégiée de quitter cet emploi super stressant», raconte cette femme de 61ans. Son premier été de retraitée, elle l’a vécu sur un nuage. Toutefois, à la rentrée, tout a basculé.

«Soudainement, je me suis retrouvée devant rien. Ma fille volait de ses propres ailes, je n’avais plus de travail et je vivais seule. J’avais perdu tous mes repères d’un coup», se rappelle-t-elle. Elle sombre dans des états dépressifs. Pendant cinq ans, elle tentera de redonner un sens à sa vie par le truchement de divers emplois et activités. Sans des amies fidèles, elle jure qu’elle n’aurait pas traversé cette période.

Après de multiples thérapies, la participation à un groupe d’entraide et l’arrivée d’un petit-fils, Carole a fini par retomber sur ses pieds. «Le problème, c’est que je n’ai pas eu le temps de planifier quoi que ce soit avant la retraite. C’est arrivé si vite! J’ai été prise au dépourvu.»

Selon une étude de Statistique Canada réalisée en 2005, 20% des personnes de 65 ans et plus souffrent de dépression à divers degrés, mais les chercheurs estiment que l’état dépressif est probablement sous-déclaré dans les enquêtes. «Il est fréquent qu’après un, deux ou cinq ans à la retraite, les gens se sentent déprimés, faute d’avoir réussi à concrétiser leur projet de retraite», souligne Sylvie Lapierre, directrice du Laboratoire de gérontologie de l’Université du Québec à Trois-Rivières.

Prendre sa retraite en main

«Il importe de faire le bilan de notre vie, de redéfinir notre mission le plus tôt possible, en nous questionnant sur nos valeurs et notre place dans la société. Qu’est-ce qui me fait vivre? Comment puis-je me rendre utile?», explique le psychologue Jean-Claude Tremblay. Il ne faut pas quitter sa vie professionnelle avec des remords et des regrets. «La retraite doit s’inscrire dans la continuité, et non comme une fuite en avant», ajoute-t-il.

La recette du bonheur n’existe pas, mais les études démontrent que les personnes qui réussissent le mieux la transition travail-retraite sont celles qui poursuivent des activités entreprises durant leur vie professionnelle. Toutefois, beaucoup de préretraités portent des lunettes roses et voient la retraite comme des vacances éternelles. La gérontologue Catherine Geoffroy se charge de les rappeler à l’ordre. «Les voyages, comme faire le tour de l’Amérique en véhicule récréatif (VR), ce sont des projets à court terme. Que ferez-vous au retour?» Penser à long terme est primordial pour une retraite réussie.

À ceux qui entament la retraite sans projet, Marie-Paule Dessaint suggère de prendre un temps de réflexion de quelques mois, histoire de se remettre les idées en place. «Il faut cependant prendre garde de ne pas trop s’installer dans une zone de confort, où il y a danger de se scléroser», prévient cette coach de vie. Cette période permet d’éviter la prise de décisions précipitées, l’erreur par excellence des nouveaux retraités, comme de déménager à la campagne, dans un lieu où on ne connaît personne.

Que faire à la retraite

Le psychologue Jean-Claude Tremblay insiste sur l’importance de l’engagement social. «On ne peut pas se retirer du monde et passer le reste de ses jours à s’amuser. L’être humain ne peut s’infantiliser ainsi. Il a besoin de se sentir utile et doit continuer à se développer.» Le travail à temps partiel, le travail autonome, le bénévolat, le transfert de connaissances, la famille, il existe autant de façons de redonner un sens à sa vie qu’il y a de retraités. Pour occuper leurs premières années de retraite, Monique, 59 ans, et Louis-Philippe, 70 ans, se sont lancés dans la coopération internationale. L’hiver dernier, ils sont partis trois mois au Guatemala. Ils entreprennent cet hiver leur second séjour là-bas, travaillant sans relâche pour obtenir le financement nécessaire. Cette aventure, à laquelle ils songent depuis 30 ans, les anime comme des adolescents.

Pour ceux qui ne s’y prennent pas autant d’avance, il existe des ressources pour aider à définir des projets de retraite, comme du coaching, des cours de planification de la retraite et des conseillers d’orientation. «Malheureusement, les retraités pensent rarement à consulter, comme si, à cette étape de leur vie, ils n’avaient plus besoin d’aide», déplore Martine Lacharité.

Paul et Lise, eux, sont aux anges. «Le grand avantage de la retraite, c’est que notre rapport au temps a complètement changé. Nous faisons les choses à notre rythme, quand cela nous tente.»

Des pièges à éviter dans la planification de la retraite

  • Prendre des décisions radicales: déménager illico à la campagne, où on ne connaît personne, ou tout vendre pour s’acheter un VR et partir à la conquête de l’Amérique.
  • Avoir une vision à court terme: à la retraite, je rénoverai ma maison de fond en comble. Bravo! Et après?
  • Tout miser sur une seule activité: je jouerai au golf le plus souvent possible. En plus des risques de lassitude, que ferez-vous en cas de blessure?
  • Se remettre en forme: très bien, mais faire de l’exercice trois fois par semaine ne constitue pas un plan de retraite.
  • S’occuper de ses petits-enfants: si vous êtes trop accaparant, vos enfants commenceront à trouver votre aide plutôt lourde.
  • Tomber dans la consommation maladive: un écran plasma, une cuisinière en inox, une motoneige neuve… on s’en lasse.


Que faire à la retraite?

Vous cherchez à vous engager socialement ou à faire de belles rencontres? Voici quelques ressources à votre disposition.

  • Travailler pour le plaisir. Le travail peut arrondir les fins de mois ou simplement vous aider à vous sentir utile. Pénurie de main-d’oeuvre oblige, de plus en plus d’entreprises embauchent des retraités pour une seconde carrière. Consultez les offres en ligne dans ce site Internet créé en 2006 par un cinquantenaire sans emploi: www.50plusjob.com
  • S’engager socialement. Que vous ayez trois heures par semaine, par mois ou par année à donner, les centres d’action bénévole vous aideront à trouver un endroit où vous rendre utile. Pour le centre de votre région, visitez le site de la Fédération des centres d’action bénévole du Québec (FCABQ)
  • Les Retraités flyés. Cette fédération regroupe plusieurs associations locales et réunit des gens qui désirent relever des défis, rencontrer des personnes engagées dans différents projets, ici ou ailleurs dans le monde, et partager des expériences vécues. Vous voulez faire du vélo au Honduras? Profitez de ce réseau pour trouver des partenaires de voyage. 

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