Devenir grand-mère

Devenir grand-mère

Par Suzanne Décarie

Crédit photo: iStockphoto.com

Même les femmes les plus dures, même celles qui étaient découragées, il n’y a pas si longtemps, de voir leurs amies transformées en mamies gagas, craquent à leur tour quand naît l’enfant de leur enfant.

Tout au plaisir d’être grands-mères, plusieurs se lancent à fond dans cette aventure, au risque parfois de s’y perdre un peu… ou beaucoup. Il leur suffit d’un appel pour tout annuler et se précipiter auprès de bébé. «Si l’on a du mal à mettre ses limites, c’est peut-être que l’on n’en a jamais mis…», remarque la psychologue Hélène Boisvert. Elle invite fortement les nouveaux grands-parents à définir leurs attentes et leurs disponibilités dès les premiers jours. «C’est aux grands-parents d’en parler. Ils restent les parents de leurs enfants!», rappelle-t-elle en expliquant que la venue d’un bébé réactualise leur statut d’enfant.

Limites, contraintes et circonstances

Qu’elles travaillent, qu’elles habitent loin de leur nouveau tout-petit ou qu’elles aient une vie sociale chargée, certaines doivent déjà composer avec les limites que la réalité leur impose, quitte à les étirer. Gaétane venait tout juste de prendre sa retraite quand sa fille unique a accouché de… jumeaux. Un accouchement difficile, dont elle est sortie anémique et épuisée. «Au début, elle était tellement faible…», se souvient la mamie qui se demande parfois comment sa fille s’en serait sortie si elle-même avait encore été au travail. Malgré toute leur bonne volonté, leur fille et son mari en ont vite eu plein les bras. Une gardienne est venue les épauler. Gaétane prenait ensuite la relève et préparait les soupers du couple en pleine adaptation, qui avait à peine le temps de manger.

Elle s’est engagée à fond. Elle est non seulement mamie de jumeaux, mais son petit-fils est atteint de neutropénie, c’est-à-dire qu’il est pratiquement sans défense face à l'infection. Dès qu’il fait de la fièvre, on doit l’hospitaliser et l’isoler pour combattre l'infection. Tout cela est exigeant. Surtout qu’à deux, les enfants sont souvent malades, otites, bronchites… «L’un finit, l’autre commence!»

Très présente, Gaétane s’est donnée beaucoup, beaucoup, jusqu’à ce qu’elle réalise qu’elle était épuisée. Victoria et Philippe avaient alors un peu plus d’un an. «Quand j’enseignais, j’étais fatiguée moralement. Avec les bébés, j’étais crevée physiquement.» Étonnée, cette femme, qui a toujours su mettre ses limites, a compris qu’elle s’était laissé emporter par la vague de l’amour maternel. «Mais ça a été une bonne chose. Ça a permis à notre fille de constater que chacun a ses limites : elle a les siennes, j’ai les miennes. Et ça lui a appris à élargir le cercle de ses ressources.» Gaétane, elle, a appris à se retirer un peu, même si elle ne reste jamais longtemps sans voir ses petits trésors!

«Il faut que les enfants devenus parents soient capables de répondre à leurs besoins et de trouver les ressources qui leur sont nécessaires sans toujours se fier à leurs parents, qui doivent leur laisser la chance d’être de bons parents», soutient Hélène Boisvert. La psychologue ajoute que l’on doit valider nos enfants comme parents, et non les dénigrer. «Si, par exemple, le médecin leur a dit de mettre de la glace, on les laisse faire, même si dans notre temps, on mettait plutôt de la chaleur. On n’a pas à intervenir.»

S'informer et faire confiance

S’informer et faire confiance

Ne pas s’ingérer dans leurs affaires n’est pas si simple que l’on croit. Directrice de Bébé-Conseil, la puéricultrice Diane Racicot, elle-même plusieurs fois grand-maman, offre une formation à domicile aux mamans qui viennent d’accoucher et leur prodigue par la suite ses conseils par téléphone. Elle déplore le manque d’information de plusieurs grands-mamans qui n’interviennent pas toujours à bon escient. «Elles devraient se renseigner sur les nouvelles techniques et façons de faire au lieu de pousser leur fille à faire le contraire de ce qu’on leur enseigne à l’hôpital ou aux cours prénatals en les décourageant d’allaiter ou en les incitant, par exemple, à coucher leur bébé sur le ventre, comme elles-mêmes l’ont fait, alors que la recherche montre que le nombre de morts subites des nourrissons a chuté depuis que l’on couche les bébés sur le dos.»

Alors, on apprend à faire confiance aux nouveaux parents… Et l’on prend garde de ne jamais outrepasser ce qu’Hélène Boisvert considère comme une limite infranchissable: on ne doit pas se prendre pour les parents de nos petits-enfants. «On doit respecter le couple de nos enfants et la cellule familiale qu’ils sont en train d’installer, insiste-t-elle. Tant et aussi longtemps que nos petits-enfants ne sont pas en danger physique ou psychologique, on ne doit pas intervenir en termes de discipline ou d’encadrement. Ce mandat revient à leurs parents.» Les grands-parents sont là pour donner de l’amour, de la tendresse, du plaisir, et pour montrer à leurs enfants qu’ils sont de bons parents.

Dire non, ce n’est pas égoïste

On peut se plaindre que les enfants nous demandent sans cesse de garder, mais s’ils arrêtaient de le faire, on serait bien malheureuse! Toutefois, si on a l’impression qu’on nous en demande trop, on n’a pas d’autre choix que de mettre ses limites, ce qui s’apprend à tout âge.

Ginette a été libérée le jour où elle a su dire à sa fille et à sa bru qu’elle adorait garder leurs petits, mais quand elle se sentait en forme seulement. «Avant, j’acceptais, même si j’étais fatiguée ou que j’avais prévu autre chose. J’aime mes petits-enfants! Et je trouve que les enfants ont déjà tellement à faire... Mais quand je me sentais obligée ou débordée, ce n’était agréable pour personne. Maintenant, quand je dis oui, c’est du fond du cœur. Les enfants ne craignent plus de me trouver complètement épuisée, ou ahurie, quand ils viennent récupérer leurs petits!»

Si l’on se respecte, les enfants nous respectent aussi. Il faut donc apprendre à user de tendre fermeté, à tenir compte de nos besoins autant que de ceux de nos enfants ou de nos petits-enfants. Et, si nécessaire, à refuser gentiment une demande, ce qui ne veut pas dire que l’on rejette la personne qui nous l’a faite ou que l’on est égoïste...

Apprendre à dire non

Apprendre à dire non

  • «Non» est une phrase complète que l’on peut prononcer sans pour autant être égoïste. Vous ne savez pas comment vous y prendre? Pratiquez! Dites-le d’abord dans des situations qui ne vous tiennent pas trop à cœur. Dites non fermement, mais gentiment et sans agressivité, dans une boutique, à la maison, au bureau…
  • Ne vous sentez pas coupable de dire non. Vous avez votre vie, vos activités, vos amies, votre couple, vos préoccupations… Ne négligez pas vos propres besoins. Vous n’êtes pas à la disposition de vos enfants. Bien sûr, c’est sympathique de leur donner un coup de main. Bien sûr, vous adorez vos petits-enfants, mais vous n’avez pas à tout laisser tomber pour voler à leur rescousse.
  • Prenez un moment de réflexion avant de répondre pour bien évaluer les demandes que l’on vous fait. Êtes-vous disponible? Est-ce que ça vous fait plaisir? Aviez-vous prévu autre chose? Si vous vous décommandez, quelles seront les conséquences? Ne dites pas oui par peur de blesser, de déplaire, d’être rejetée. Dans le doute, dites plutôt: «J’y pense et je te rappelle».
  • Vous voulez refuser, mais vous vous sentez mal à l’aise? Proposez une solution : «Je ne peux pas garder ce soir, mais tu pourrais appeler ta cousine Louise, ton beau-frère Martin, ta nièce Sophie, notre voisine Marie…»


Rappelez-vous que vous pouvez toujours changer d’avis. Vous avez répondu oui sous la pression? Vous pouvez rappeler pour dire que malheureusement, cette fois-ci, ça ne vous convient pas, mais que dans d’autres circonstances, ça vous aurait fait plaisir. Votre non vous pèse, votre souper est annulé, vous pouvez aussi rappeler pour dire oui!

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Mise à jour: juin 2007
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