Les mémoires des Jardins de Métis

Les mémoires des Jardins de Métis

Par Claude Morin

Crédit photo: Sheridan Leckie

Après avoir hérité du camp de pêche de son oncle, George Stephen (lord Mount Stephen), fondateur du Canadien Pacifique, Elsie Meighen Stephen Reford amorce, en 1926, à l’âge de 54 ans, la conception de jardins originaux et de grande envergure, à la suite d’une opération qui l’a tenue à l’écart de son activité favorite, la pêche au saumon sur la rivière Mitis. Leur réalisation demandera 10 ans et s’étendra sur plus de 20 acres.

«Elle a transformé le paysage rustique d’Estevan Lodge en un véritable éden floral. Grâce à elle, ce qui n’était à l’origine qu’un simple camp de pêche est devenu l’âme de toute une communauté», écrit son arrière-petit-fils Alexander Reford, aujourd’hui directeur des Jardins de Métis, dans Le Paradis d’Elsie Reford, Les Jardins de Métis (avec Louise Tanguay, Les Éditions de l’Homme).

Septembre venu, les jardins d’Elsie retrouvent calme et sérénité, après le fort achalandage touristique de juillet et d’août. La clairière de pavots bleus laisse toute la place aux gentianes, aux rosiers, aux phlox et aux crocus d’automne. Les fleurs de juin des pommetiers, ayant rempli leurs promesses, semblent ouvrir leurs bras chargés d’innombrables pommettes peintes d’un rouge vif. La lumière, les couleurs, les sons et les parfums changent.

«Le sapin baumier et les épinettes transmettent peut-être mieux leurs odeurs, à ce moment-ci, parce qu’il y a moins de concurrence avec d’autres végétaux, dont les émanations sont plus fortes en été», explique Alexander Reford. La lumière automnale modifie aussi les couleurs des plantes: les verts se nuancent, les rouges s’atténuent et apparaissent, alors, les coloris typiques de septembre et d’octobre dans le Nord-Est québécois, passage obligé du raccourcissement des jours.

Une oasis de quiétude

Situés à proximité de l’embouchure de la rivière Mitis, de la pointe aux cenelles et de l’estuaire du Saint-Laurent, les jardins offrent aussi des effluves d’air salin, agrémentés de nombreux chants d’oiseaux. Parmi ceux-ci dominent, en septembre, les piaillements des oies blanches et des bernaches du Canada, en pleine effervescence gastronomique, juste avant leur grand départ vers le Sud. Le génie autodidacte d’Elsie Reford s’est exprimé sous plusieurs aspects. «Il n’y a pas ici de plates-bandes proprement dites, écrivait-elle. Les jardins sont entrecoupés de petits boisés que j’ai laissés intacts et ont été conçus de manière à suivre le parcours sinueux du ruisseau.» Le ruisseau Page serpente et anime discrètement toute la propriété.

La tradition horticole

Pendant la crise, en 1929, Elsie échange des saumons capturés dans la Mitis contre des feuilles mortes provenant des fermes de la région pour créer sa propre recette de terreau fertile. Elle a développé, sur plus de 30 ans, une expertise horticole remarquable, alimentée par des essais et erreurs, ainsi que par un travail de terrain intelligent et assidu, empreint d’un respect des lieux et d’un sens de l’observation hors du commun. «Formés par elle, des fermiers et des pêcheurs de la région sont devenus des jardiniers chevronnés qui, pendant plus de trois décennies, l’ont secondée dans ce jardin remarquable.

Les jardins d’Elsie Reford jouissent aujourd’hui d’une renommée mondiale. C’est ici que, depuis l’été 2000, se tient le Festival international de jardins, un événement unique en son genre réunissant des architectes paysagistes et des concepteurs réputés venus du monde entier», explique Alexander avec fierté. 

Elsie Reford a quitté ses jardins, Estevan Lodge et Grand-Métis, en octobre 1958. Elle ne se doutait pas, à ce moment-là, que son amour de ce magnifique coin de pays serait, un jour de 1995, transmis à l’un de ses arrière-petits-fils. Depuis ce temps, Alexander Reford a fort bien pris le relais et contribue ainsi à assurer la pérennité du paradis d’Elsie.

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