Allemagne de l’Est: la route des musiciens

Allemagne de l’Est: la route des musiciens

Par Nathalie De Grandmont

Crédit photo: iStockphoto.com

Ayant beaucoup souffert de la Seconde Guerre mondiale et des 40 ans de régime communiste qui ont suivi, l’ancienne Allemagne de l’Est se réveille maintenant pleine de vigueur, telle une jolie fleur qui aurait sommeillé longtemps avant d’éclore. Dans cette partie de l’Allemagne, beaucoup moins connue, les visiteurs découvrent avec surprise des villes médiévales étonnamment bien préservées, des châteaux et des églises qui ont été témoins des belles heures du romantisme allemand et, surtout, une tradition musicale qui ne l’a jamais quittée!

En découvrant la quantité de concerts offerts et l’amour inconditionnel des Allemands pour la musique, on comprend à quel point celle-ci fait partie de leur âme et combien de maux elle a pu apaiser, pendant toutes ces années difficiles. Encore aujourd’hui, beaucoup de jeunes, à Weimar, étudient au Conservatoire de musique fondé par Franz Liszt, tandis que les visiteurs affluent à l’opéra de Dresden pour entendre les œuvres de Bach, Strauss, Wagner et Haydn. La musique s’avère donc le prétexte idéal pour découvrir cette région, marquée par les passions des musiciens et de leurs mécènes.

Sur les traces de Bach

Pendant 132 ans, les orgues de l’église d’Eisenach ont vibré sous les doigts enchantés de quatre générations d’organistes de la famille des Bach. Aujourd’hui, ce simple nom suscite l’admiration de tous les musiciens et mélomanes. Dans la région de Thuringe, l’enfant du pays a laissé un héritage bien tangible, qui s’entend partout...

Chaque printemps, le Festival de Bach le prouve avec brio. Dans des églises pleines à craquer, même les plus jeunes enfants écoutent orgues et chœurs dans un silence quasi sacré.

Toute l’année, les visiteurs peuvent découvrir les passions et la vie de Johann Sebastian Bach en visitant l’église de son mariage, celles où il a œuvré comme organiste, ainsi que son lieu de naissance, à Eisenach. Fort heureusement, la société Bach a pu racheter cette maison médiévale où le jeune prodige est né et a grandi. On y découvre les objets de son enfance, on y apprend diverses anecdotes et l’on prend toute la mesure du talent qui lui a permis d’obtenir son premier poste d’organiste, à 18 ans!

À la fin de la visite, les guides nous offrent la chance d’entendre de cours extraits de ses œuvres, joués sur des instruments – clavicorde, orgue de salon, etc. – de l’époque.

Dans la petite église St-Bartholomew, à Dorheim, d’autres guides nous racontent avec une même passion les anecdotes de son mariage avec sa cousine Maria, le 17 octobre 1707. Le cortège d’invités, la cérémonie et l’orgue, bien sûr, grâce auquel l’assemblée avait pu apprécier des airs composés expressément par le cousin de Bach. Aujourd’hui, nombreux sont les mélomanes qui viennent se marier sur ces mêmes airs, dans cette charmante église, six fois centenaire.

Erfurt, capitale de Thuringe

Puis les traces du célèbre musicien nous conduisent à Erfurt, l’actuelle capitale de Thuringe. Grâce à un privilège spécial octroyé par Charlemagne, Erfurt a connu, au Moyen Âge, un véritable âge d’or en devenant l’une des principales villes d’étape pour les convois de marchands. Fort heureusement, la ville a conservé de cette époque un superbe héritage, en commençant par son pont des Épiciers, bordé de commerces depuis cette époque. Derrière se déploie une constellation de rues étroites, en zigzag, avec des maisons à colombages du XVIe siècle, où les convois entreposaient leurs marchandises.

On y admire aussi la maison de la famille Bach, juste à côté de celle de Pachelbel. Tout jeune, Bach a travaillé au monastère des augustiniens, un lieu qui porte aussi le souvenir du moine Martin Luther, à l’origine de la réforme qui provoqua une rupture historique avec l’Église catholique.

Il faut voir aussi la place de la cathédrale, ne serait-ce que pour y goûter la fameuse saucisse Bratwurst, typique de la région.

Art et amours

Quelques années après son mariage, Bach a été nommé organiste de la cour, à Weimar. Là sont nés deux de ses fils; ils ont été baptisés dans l’église Saints-Pierre-et-Paul. Incidemment, quatre des fils de Bach ont hérité de sa passion pour la musique et l’un d’eux a même enseigné à Mozart!

Weimar a longtemps été surnommée la nouvelle Athènes d’Allemagne, grâce aux ambitions artistiques de certains souverains comme le duc Carl August et la duchesse Ana Amalia. Le palais de cette dernière (aujourd’hui musée) était d’ailleurs appelé «la cour des muses», car la duchesse organisait régulièrement des réceptions pour les musiciens et les auteurs, qu’elle présentait à la bourgeoisie locale.

Les efforts du duc et de la duchesse ont permis d’attirer à Weimar de nombreux artistes, dont le poète Goethe. Ce jeune célibataire séduisant (26 ans à son arrivée) n’a pas tardé à faire des ravages sentimentaux, en choisissant une femme mariée, Charlotte Von Steim, pour muse... Ainsi, les plus romantiques visitent-ils avec bonheur son ancienne maison au cœur du parc An der Ilm: au milieu de ses objets personnels se trouvent quelques-unes des nombreuses lettres qu’il lui a adressées et des poèmes qu’il a écrits pour elle... Tous les amoureux s’assurent aussi d’aller échanger quelques baisers sous l’arbre que Goethe a planté pour elle devant l’ancien palais de sa belle.

Goethe s’est finalement marié 10 ans plus tard et a vécu dans une maison située place Frauenplan, maison devenue elle aussi un musée.

Au milieu de ses amours, Goethe a été le premier directeur du théâtre de Weimar. Un théâtre qui, grâce au grand rayonnement artistique amorcé par la duchesse Ana Amalia, a vu défiler sur ses planches des musiciens tels que Strauss, Liszt et Wagner. D’ailleurs, Wagner épousa la fille de Liszt, preuve que l’amour et la musique faisaient aussi bon ménage à Weimar!

Dresden, sur les rives de l'Elbe

Trésors et espoirs retrouvés

Sur les rives de l’Elbe, la ville de Dresden a elle aussi été fortement marquée par la musique et les arts. Comme ses confrères de Thuringe, Auguste II – surnommé Le Fort – avait une telle passion pour les arts qu’il a permis à Dresden de devenir l’une des plus belles villes baroques au XVIIIe siècle. En plus de fonder la première usine de porcelaine, lui et son fils ont acquis un grand nombre d’œuvres magistrales pour décorer leur palais du Zwinger.

Abîmé pendant la guerre, ce palais baroque a retrouvé son lustre et la majorité de ses collections, qui lui ont été restituées au cours des dernières décennies. Aujourd’hui, le Zwinger abrite plusieurs musées (sciences, porcelaine, armures) au milieu desquels se démarque surtout la galerie des grands maîtres, grâce à ses nombreux chefs-d’œuvre signés Vermeer, Rembrandt, Rubens, Veronese et Raphaël. À cela s’ajoute une série de vues de Dresden peintes par le célèbre Canaletto. En plus de nous montrer la vieille ville durant son âge d’or, ces œuvres ont permis aux restaurateurs de remettre celle-ci en état après la Deuxième Guerre.

Auguste Le Fort a aussi rassemblé une collection de bijoux et de trésors exceptionnels pour lesquels il a lui-même constitué une sorte de musée: la voûte historique. Après plusieurs années de travaux, celle-ci a rouvert ses portes au sein du palais royal, en présentant des milliers de ces objets dans un contexte semblable à celui d’une cour du XVIIIe siècle. Cet espace de même que la voûte verte (sa voisine) nous offrent un étalage inestimable de bijoux en or, ornés de pierres précieuses ou de corail, des miniatures de porcelaine ou d’ivoire, des objets de bois rares...

Comme en Thuringe, d’autres beaux chapitres se sont ici aussi écrits entre deux portées musicales. D’ailleurs, il n’est pas rare que Wagner et son beau-père Liszt s’y retrouvent de nouveau, leurs œuvres se succédant souvent au programme de l’opéra Semper, l’un des plus célèbres d’Europe et l’une des fiertés de Dresden. Il faut voir cette splendeur, soit pendant une visite guidée ou pour un concert!

À quelques rues de là, les visiteurs affluent également pour entendre les orgues de l’église Frauenkirche, qui ont vibré pour la première fois sous les doigts de Bach, en 1786. Ayant été sévèrement bombardée pendant la Deuxième Guerre mondiale, ses ruines – et celles du quartier tout autour – ont longtemps servi de symbole au désarroi de l’Allemagne de l’Est. Heureusement, un grand projet international a permis, il y a quelques années, sa restauration et sa réouverture.

Aujourd’hui, coupole et cloches de la Frauenkirche symbolisent les blessures pansées, la réconciliation, le tourisme et les espoirs qui peuvent enfin renaître. Et comme ailleurs dans l’est de l’Allemagne, ces espoirs seront passionnément nourris, portés avec vigueur par la musique, cette fidèle alliée qui, après avoir bercé les jours plus tristes, saura à merveille couronner les jours meilleurs...

Infos pratiques

Infos pratiques

S’y rendre. Lufthansa et Air Canada (partenaires) proposent des vols quotidiens qui relient Montréal à Munich et Francfort. La Thuringe se trouve à deux heures de train de Francfort. Rail Europe propose des passes très utiles pour se déplacer en train en Allemagne et vers les pays voisins. www.raileurope.ca

Où dormir. À proximité du centre et de la gare d’Erfurt: Best Western Hotel Excelsior. À Weimar: Dorint Sofitel, 1-2, Beethovenstrase, moderne, tout confort et idéalement situé. À Dresden: hôtel Bülow Residenz, 19, Rähnitzgasse, ancien palais baroque, devenu un Relais & Châteaux.

Où manger. À Eisenach: Weinrestaurant Turmschanke, 28, Karlsplatz, cuisine novatrice et raffinée, au sein d’une ancienne tour médiéviale. À Dresden: Luisenhof, 8, Bergbahnstrase, réputé pour sa vue sur l’Elbe, ses brunchs et ses pâtisseries maison. À Erfurt: Sur le pont des Épiciers, chocolaterie artisanale où l’on peut déguster des chocolats chauds avec poivre et gingembre, en face, une autre boutique vend des schnaps allemands aux herbes, épices, fruits, etc.

Informations. Office national allemand du tourisme, au 1 800 637-1171.

À ne pas oublier…

Marchés de Noël. La Thuringe est réputée pour ses marchés de Noël. La place des églises, à Erfurt, accueille l’un des plus importants, tandis que celui d’Eisenach se déroule dans un cadre charmant, autour du château de la Wartburg. Festival Bach. En 2009, le Festival Bach aura lieu du 3 au 26 avril, dans de nombreux théâtres et églises d’Erfurt, Eisenach et Weimar.

À voir aussi. Le palais Belvédère, ancienne résidence d’été de la duchesse Ana Amalia, près de Weimar, abrite notamment une orangerie et un musée de la porcelaine.

Coups de cœur. À Zadel, près de Meissen, le château et son vignoble Schloss Proschwitz Prinz Zur Lippe présentent plusieurs vins blancs exceptionnels, dont des vins de glace. Chambres d’hôte sur place.

Mise à jour: avril 2009

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Le billet d'Aline Pinxteren, Rédactrice en chef

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