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Jean-Nicolas Verreault: droit devant

Jean-Nicolas Verreault: droit devant

Par Caroline Fortin

Crédit photo: Vero.TV

La série documentaire La cour est pleine! nous a fait découvrir le quotidien débordant de vie de Jean-Nicolas Verreault, le couple solide qu’il forme depuis plus de 20 ans avec sa femme, Jannie-Karina Gagné, et leurs trois filles attachantes de 7, 9 et 16 ans, chacune avec sa personnalité et ses besoins particuliers. Conversation avec un acteur assurément résilient. 

Avec La cour est pleine!, vous avez ouvert la porte sur la réalité et l’intimité de votre famille. Quels objectifs poursuiviez-vous? 

En partant, il y avait la nécessité de trouver une solution au fait que nous sommes cinq, dont nos trois filles avec des besoins particuliers, dans une maison qui n’est pas grande. Dans cet espace, il y a de l’action! On n’a jamais été séparés pendant plus de 48 heures de ma grande Mia-T., autiste de haut niveau avec un trouble anxieux généralisé. On a alors pensé à une mini-maison, qui nous servirait à tous de poumon, pour passer du temps seuls, se calmer, pratiquer l’autonomie de Mia-T… Il y avait aussi un désir de normaliser ce que nos enfants vivent. [Romy, la plus jeune, a le syndrome de Nager et Marie-Simone, la cadette, a le syndrome Gilles de la Tourette et un TDAH.] De montrer nos imperfections. Ça a manifestement eu un écho, puisqu’on a reçu des centaines et des centaines de messages.

Que découvre-t-on sur soi quand on fait face à tous ces défis?

On se découvre des forces qu’on ignorait avoir. D’autant que, pendant une bonne période de ma vie, je ne prévoyais pas avoir d’enfants. Alors, avec trois qui en demandent beaucoup, on apprend à être flexible. Je croyais avoir énormément de rigidité, mais j’ai découvert que je m’adaptais plus facilement que je pensais. Avant de devenir père, j’étais très Artiste avec un grand A, avec des états d’âme. Si j’étais encore célibataire dans mon appartement, je ferais du surplace. Là, je n’ai pas le choix d’avancer comme humain, parce que la parade va vite, ma blonde part avec les enfants sur le char allégorique et si je n’embarque pas, je reste derrière! Ça me faisait peur avant, mais je suis très fier aujourd’hui de participer à l’évolution de ces petits êtres humains.

Qu’aimeriez-vous que les gens retiennent de la série?

Un gros pourcentage de jeunes vit des problèmes, de la détresse, et on n’en parle pas assez. Ils se font pointer du doigt à l’école, stigmatiser. Je suis porte-parole de l’organisme Jeunes en tête avec Mia-T parce que j’ai à cœur de parler de santé mentale dans les écoles. Pour moi, ce milieu de vie devrait aller au-delà de l’apprentissage de matières scolaires. Nos enfants y passent une bonne partie de leur existence, ils devraient s’y sentir assez aimés, en confiance, pour exprimer comment ils se sentent, ce qu’ils vivent, et être compris. Je souhaite que mes filles aient un avenir plus doux, moins difficile que ce que ma plus vieille a vécu. À l’école, on la trouvait excentrique, alors que son autisme fait qu’elle ne sait pas toujours comment se comporter en société. 

Les deux premières années de Romy ont été pénibles, avec des centaines de rendez-vous à l’hôpital et cinq opérations. Avez-vous parfois eu le goût de baisser les bras?

Oui. Il y a eu des moments très tough avec Mia aussi. J’avais réussi à les surmonter, à me dire que les bouts difficiles finissent par passer. Mais quand on est revenus de l’hôpital avec Romy, on ne savait pas du tout ce qu’elle avait ni ce qui allait arriver. Là, j’ai eu des gros moments de découragement, j’étais assis dans mon salon et je me demandais si ma vie allait être merdique pour le reste de mes jours. Aussitôt que je croyais respirer un peu, je voyais la détresse dans les yeux de ma blonde, et je me demandais si ce serait ça constamment. J’étais déprimé. Et tranquillement, les choses se sont replacées, on a reçu le diagnostic, ce qui nous a soulagés: quand tu ne sais pas ce qu’a ton enfant, c’est difficile de l’accompagner. 

Comment fait-on en tant que couple pour préserver sa relation, ne pas s’oublier, quand on doit relever des défis comme les vôtres?

Il y a des moments où on s’est oubliés. Il n’y a pas de solution miracle autre que communiquer. Et on a fait des thérapies, en famille et individuelles. Ça nous a aidés. On reste attentifs à l’autre. Avant la pandémie, on avait un rituel, on faisait garder les enfants, puis on allait au resto et au cinéma. On en profitait pour jaser, se remettre en question. Ce recul nous faisait du bien. Aussi, on n’impose pas de restrictions à l’autre. Si ma blonde a besoin de passer la nuit chez son amie d’enfance, je ne rechigne pas. Je sais que, dans certains couples, ce genre de liberté ne fonctionne pas. 

Mia-T. porte l’initiale de votre mère, décédée en 1998, et c’est la seule de vos filles qui ait connu votre père, disparu en 2012. Que vous ont légué vos parents?

En effet, elle porte le T pour Thérèse. Elle a des souvenirs de mon père, même si elle était toute petite. Mon père m’a beaucoup légué son impatience. (rires) Il avait aussi une bonne résilience. Et il m’a accompagné dans le sport, c’était une enfance chouette pour ça. Ma mère m’a légué l’amour de la vie, son espèce d’envie d’actrice. Elle était très drôle, elle avait une belle folie. Mon père était plus straight. On était un peu une famille excentrique à Québec à cause de ma mère, plus space. L’amour du cinéma, aussi. J’écoutais beaucoup de films avec elle, elle connaissait les acteurs et actrices français, américains. Ma mère était celle qui rassemblait. Le sens de la famille me vient d’elle. 

Et comme parent, que voulez-vous transmettre à vos filles?

J’espère juste qu’on les aime assez pour qu’elles soient capables de s’aimer elles-mêmes. De là découle tout le reste, la confiance en soi, l’estime. Plus tard, en rétrospective, elles se diront sûrement que des fois, je n’ai pas été patient, que d’autres, je les ai fait rire. J’espère juste être adéquat. Je ne suis peut-être pas le meilleur organisateur, même si j’essaie de m’améliorer, mais je leur donne du temps, de la présence, de l’amour. 

En quoi cela vous a-t-il changé comme acteur de devenir parent? 

Ça m’a donné la capacité d’accéder à la vérité. Quand on débute, on peut être naturel, mais sans être dans la vérité. Quand tu as des enfants, tu as cumulé plus de vécu, d’images dont tu peux te servir comme acteur. Les enfants nous emmènent à des endroits insoupçonnés. On dirait que je n’ai plus du tout le stress de toucher à l’émotion pure. J’ouvre les valves de ma vie et je transpose à l’écran. Ce n’est pas que ça devient facile, mais ça permet de s’abandonner plus rapidement. 

Vous aurez 54 ans cette année. Qu’appréciez-vous de votre âge?

Je suis bien plus calme, je vois moins la fin du monde à tous les coins de rue. Je relativise. Je m’estime meilleur acteur. Quand je me lève le matin, je n’ai plus cette boule d’anxiété au ventre qui, croyais-je à l’époque, me gardait en vie. Au contraire, ça me grugeait! Avant, je voulais être partout, maintenant, je veux faire ce qui me tente. Je ne ressens plus la nécessité de courir, même si j’ai le goût de faire plein de choses. 

De Jack Carter au Survenant, en passant par Chose (La loi du cochon), Patrick, l’infâme policier de Toute la vie, et Robin Ménard dans District 31, quels rôles ont été les plus riches?

D’abord, ça prend une bonne histoire, mais les rôles les plus riches, en général, sont ceux qui m’ont amené ailleurs comme acteur. J’ai récemment terminé la série Je voudrais qu’on m’efface, où on est dans une autre réalité que ce que je suis habitué de jouer. Dans une telle vérité. Pour me nourrir, un rôle n’a pas toujours à être expansif, ça réside dans les petits détails. Des fois, tu débroussailles des chemins comme acteur, et il y a des sentiers dans lesquels tu es passé si souvent qu’ils sont tapés comme une autoroute. Et parfois, on te demande d’aller ailleurs, et tu sors ta machette parce que tu as de la misère à avancer. 

Dans cette adaptation du roman d’Anaïs Barbeau-Lavalette, vous incarnez Steve, un père de famille monoparentale illettré qui travaille comme plongeur dans un resto. Que vous a appris ce personnage?

Il m’en a appris sur la réalité des gens qu’on oublie. On vit tous un peu dans des silos. Ce père est illettré, mais il veut de tout son cœur que sa fille réussisse, même s’il n’a pas toujours les moyens pour l’aider. Ça m’amène plus loin comme père, et ça m’apprend à être plus à l’écoute des gens autour, à pratiquer l’empathie. 

On peut voir Jean-Nicolas dans La cour est pleine! dans la section Vero.tv d’ICI tou.tv, et dans Je voudrais qu’on m’efface, sur ICI Tou.tv. 

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