Beauté: mes choix éclairés

Beauté: mes choix éclairés

Par Mariève Inoue

Crédit photo: Laurence Labat

Verte, «propre», consciente, durable ou naturelle… l’industrie de la beauté utilise une panoplie de qualificatifs parfois mélangeants. Comment s’y retrouver et opter pour des marques qui nous ressemblent?

Si les cosmétiques naturels et bios ne datent pas d’hier, certains termes comme la clean beauty (beauté propre) ou la beauté durable sont surtout utilisés depuis les dernières années. Pour démêler le tout, il faut déjà savoir que ces appellations ne sont pas réglementées et ne correspondent pas à des critères fixes.

«La façon dont une marque se définit, sa philosophie en lien avec la beauté et le portfolio de produits qui lui est lié par le langage peuvent varier de manière significative, établit Elyse Goldweitz, directrice du marketing chez Weleda Amérique du Nord. Cela contribue en partie à la confusion et à la désinformation potentielle dans le marché ainsi qu’au manque de clarté dans l’industrie en général.»

Par exemple, la mention «cosmétique naturel» ne signifie pas nécessairement qu’un produit l’est à 100 %, et il en va de même pour «biologique». La clean beauty, une catégorie qui croît à la vitesse grand V, fait référence aux formulations qui excluent des ingrédients considérés par certains comme dangereux. Bien que certaines substances soient écartées par plus d’une marque, il n’existe pas de liste définie d’ingrédients à proscrire pour qu’un produit soit considéré «clean». D’ailleurs, un produit «propre» ne contient pas obligatoirement seulement des ingrédients naturels ou bios. De même, lorsqu’on parle de marques vertes ou durables, on fait référence à celles s’efforçant de réduire leur influence sur l’environnement.

Comme ces termes n’ont pas de définition précise, chaque marque peut en faire sa propre interprétation. Des certifications établissent toutefois des critères auxquels doivent adhérer les entreprises pour pouvoir les afficher sur leurs étiquettes.

«C’est pourquoi chez Dr. Hauschka, nous travaillons avec Natrue, déclare Marie Calas, responsable de la recherche et du développement chez Dr. Hauschka Cosmetic. Cela nous permet d’avoir un certain cadre lorsque nous affirmons faire de la cosmétique naturelle et bio.» Le label Natrue est garant qu’un produit contient seulement des substances naturelles, dérivées naturelles ou nature-identiques et qu’il respecte aussi des critères stricts relatifs à la durabilité.

Quant à la beauté responsable ou consciente, elle fait référence au fait de choisir des marques dont les valeurs sont en accord avec les nôtres. Ce virage valorisant la transparence à plusieurs niveaux a du bon: il devient de plus en plus facile de reconnaître les entreprises qui tentent de bien faire les choses. En revanche, comme dans le cas de la «beauté propre», le discours peut parfois susciter de l’incertitude, voire de l’anxiété, quant à l’utilisation des cosmétiques conventionnels. «Le mot “propre” devient ainsi synonyme de sécuritaire; il s’agit d’une façon simple et réconfortante de voir le monde, qui n’est toutefois pas basée sur la science ni sur la réalité», estime Stephen Alain Ko, chimiste et formulateur de cosmétiques et de soins de la peau.

Produits suggérés

Huile nettoyante complète, de Lotus Aroma (24 $).

Tampons micellaires démaquillants réutilisables, de Garnier (11,99 $ les 3).

Brume minérale nourrissante Face Food, de Graydon Skincare (49 $).

Masque en stick purifiant, de Klorane (29,99 $).

Crème antiâge Premier cru, de Caudalie (149 $, ou 125 $ la recharge).

Huile signature éclat tout-enun Glow Oil, de Fika Beauty (35 $).

 

Des ingrédients qui font jaser

À quel point devrait-on se méfier des substances communément écartées par les marques beauté? «Santé Canada maintient une liste d’ingrédients dont l’utilisation n’est pas permise ou restreinte dans les cosmétiques à cause d’un danger éprouvé ou fortement plausible chez les humains, qui se nomme la Liste critique des ingrédients de cosmétiques et qui se trouve en ligne», précise Stephen Alain Ko.

Pour ce qui est des listes d’ingrédients considérés comme toxiques ou «non propres» par certaines marques, le chimiste est d’avis qu’elles sont souvent basées sur des informations prises hors contexte. «Parfois, les études ont été faites seulement sur des cellules ou sur des animaux et non des humains. Dans d’autres cas, elles présupposent que la substance est utilisée à une concentration de 100 % ou même qu’elle a été mangée.» Le «bannissement» de ces ingrédients est-il justifié? On fait le point pour chacun.

Les parabènes

Il s’agit d’un groupe de substances chimiques souvent utilisées comme agents conservateurs pour prévenir la croissance de microbes dans les formules, permettant ainsi de prolonger la durée de vie des produits et de s’assurer qu’ils restent sûrs. «Dans certains tests non effectués sur des personnes, on a trouvé qu’ils agissaient à titre d’estrogènes exogènes, ce qui a causé la panique à un moment où on craignait grandement ces derniers», soulève Stephen Alain Ko. Les parabènes approuvés auraient fait l’objet d’études attestant qu’ils ne causent pas de dommages chez les humains lorsqu’utilisés dans les concentrations règlementaires.

Les huiles minérales

Ces liquides transparents servent d’émollients et peuvent aider à réduire la perte d’hydratation de la peau. On les trouve dans une panoplie de produits comme l’huile pour bébés, les hydratants et les nettoyants pour la peau. «Elles sont dérivées du pétrole et, dans le passé, il est arrivé qu’elles contiennent des contaminants, poursuit le formulateur. Toutefois, la production moderne élabore des huiles minérales plus pures et sécuritaires.» Moins conseillées aux peaux plus grasses, elles conviennent par contre – et sont même bénéfiques – pour la majorité des gens.

Les sulfates

En cosmétique, les sulfates font surtout référence au laurylsulfate de sodium et au laurethsulfate de sodium, qui aident à faire mousser les produits nettoyants comme les shampooings et les gels pour le corps. Le laurylsulfate de sodium pur aurait un potentiel irritant, même s’il serait rarement utilisé à l’état pur dans les produits de consommation. «En le mélangeant avec d’autres surfactants et ingrédients, on peut réduire ce potentiel et créer un nettoyant doux», précise Stephen Alain Ko.

 

Quoi repérer?

Comme on dirait parfois qu’il y a des marques beauté à l’infini, certains critères peuvent nous aider à dénicher celles qu’on préfère appuyer.

Les ingrédients

On peut choisir de favoriser (ou non) les substances naturelles, issues de l’agriculture biologique, ou sourcées de manière éthique et équitable, par exemple. Les ingrédients naturels sont-ils toujours meilleurs? Certains les préfèrent, car «on espère quelque part qu’il y aura un aspect positif pour l’environnement», affirme Marie Calas. On pourrait aussi décider de n’utiliser que des produits végétaliens si cela correspond à nos valeurs.

Il y a des marques qui partagent ouvertement des informations sur leur processus d’approvisionnement en ingrédients. Parfois, elles en cultivent carrément elles-mêmes! C’est le cas, par exemple, de Dr. Hauschka: «Nous avons un jardin médicinal en Allemagne où nous faisons de l’agriculture en biodynamie et nous disposons d’une ferme qui nous permet d’obtenir des cultures sur de plus grandes surfaces, poursuit la responsable recherche et développement.

De manière générale, nous partons du principe que nous utiliserons des matières premières cultivées nous-mêmes.»

Produits suggérés

Lotion corporelle noix de coco et lavande, de Bkind (36 $).

Après-soleil, de Dr. Hauschka (45 $).

Huile Prodigieuse Néroli, de Nuxe (51 $).

Crème pour les mains inodore, de Weleda (18,99 $).

Déodorant agrumes frais, de Hello (8,99 $).

Shampooing hydratant Leaves Bar, d’Attitude (17,95 $).

Spray cheveux multi-bénéfices à la noix de coco, de Biolage (25 $).

La durabilité

Outre les emballages recyclés et recyclables, l’enjeu est aussi d’économiser l’énergie et l’eau durant le processus de fabrication, ou de ne pas lancer une multitude de nouveaux produits chaque année par souci d’écologie. «Lorsque nous sortons des produits, nous visons à ce qu’ils restent sur le marché, car nous établissons des partenariats avec des personnes du monde entier qui comptent sur nous pour acheter leurs matières premières de manière pérenne», confirme Marie Calas.

Les certifications

Elles peuvent nous aider à cibler les marques avec des principes qu’on juge importants. Certaines mettent l’accent sur les ingrédients, d’autres tiennent compte de facteurs comme la performance sociale et environnementale. On pourrait notamment en apprendre plus sur Cosmos, Natrue ou B Corp pour faciliter nos achats.

Produits suggérés

Mascara moelleux épaississant Vegan Collagen, de Pacifica (23,99 $).

Gel à lèvres brillant ShineOn, de Tower28 Beauty (19 $).

Paire de cils Eco Lashes, d’Ardell (8,99 $).

Illuminateur Bionic Glow, de Milk Makeup (45 $).

Lingettes démaquillantes nettoyantes biodégradables, de Marcelle (13,95 $).

 

Gare au greenwashing!

«Par définition, l’écoblanchiment (ou le greenwashing) est l’acte de se soucier de l’environnement à des fins marketing – sans réellement mettre en pratique ses allégations», explique Elyse Goldweitz.

Les termes «durable» et «vert» n’étant pas réglementés, beaucoup de marques se les approprient et les utilisent comme bon leur semble. Résultat, cela dilue malheureusement le message de celles qui investissent énormément d’énergie à poser des gestes concrets pour l’environnement. La bonne nouvelle, selon l’experte: les consommateurs sont mieux informés que jamais et effectuent leurs recherches avant d’acheter. «Chez Weleda, nous avons, par exemple, fait un super travail pour répertorier notre histoire de marque unique, les principes qui nous guident, nos certifications, l’histoire de nos ingrédients et de nos partenariats d’agriculture sur notre site internet.»

Faut-il bouder pour autant les marques qui n’ont pas de certifications officielles? Pas nécessairement. Comme obtenir une certification s’avère très dispendieux, ce n’est malheureusement pas toujours une option réaliste pour de plus petites entreprises qui pourraient y avoir droit. D’où l’importance de s’informer si on veut s’assurer d’appuyer des marques qui nous correspondent.

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Entre nous

Le billet d'Aline Pinxteren, Éditrice et rédactrice en chef

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