Lumières de courtoisie

Lumières de courtoisie

Par Aline Pinxteren, rédactrice en chef

Crédit photo: Laurence Labat

Le voilà, ce mois de novembre qu’on appréhende toujours un peu…

Cette drôle de parenthèse entre les couleurs chatoyantes d’octobre et les illuminations festives de décembre s’accompagne cette année de son lot d’impatience, de réactions à fleur de peau et de «pu capab». De lassitude aussi d’en être toujours à compter les crues et décrues de la pandémie.

On se replie, on rumine, on se tanne de soi et des autres si vite, trop vite.

Tout cela me tournoyait en tête à l’épicerie alors que j’entassais mécaniquement les produits de ma liste autour de mon chariot à roulettes, posé dans mon panier. Tout à coup, une dame m’a sortie de mes réflexions: «Savez-vous qu’on peut fixer votre chariot à l’avant du panier pour qu’il ne prenne plus toute cette place? Je peux vous montrer?» Et elle m’a arrangé ingénieusement le tout pour me désencombrer. «Une cliente m’a montré ce truc au Costco, dit-elle. Depuis, j’essaie de rendre service aussi!»

Dans la nervosité ambiante, embarqués dans deux campagnes électorales successives, marqués par des mois de tensions anti-tout, la gentillesse semble parfois avoir tellement pris le bord qu’un petit geste surprend et touche. On n’en est pas à fondre en larmes quand on nous tient la porte du magasin pour qu’on ne se la prenne pas dans la figure avec ses deux cafés dans les mains, mais on se découvre plus reconnaissants qu’avant de ces attentions, dans la lignée de cette admiration qu’on éprouve pour ceux qui trouvent l’énergie de penser aux autres même en mode survie.

Je pense à Nadia Chaudhri, cette neuropsychologue, chercheuse à l’Université Concordia, à Montréal, qui vient de nous quitter à 43 ans seulement, emportée par un cancer des ovaires détecté trop tard à cause du premier confinement. Apprenant en avril dernier que son cancer était désormais incurable, elle a décidé de partager ses derniers jours sur Twitter, pour sensibiliser les gens aux symptômes encore méconnus de cette forme de cancer mais aussi pour lever 500000 $ afin de permettre à des jeunes de milieux défavorisés d’étudier en sciences. À la toute fin de sa vie, soutenue par ses proches, dont son fils de 6 ans à peine, elle a tenu à arpenter chaque jour le couloir devant sa chambre des soins palliatifs, déguisée et les yeux pétillants, pour remercier les milliers de donateurs, tenant bon, dans un grand sourire malgré sa souffrance, jusqu’à sa dernière apparition vidéo, soutenue à bout de bras par son médecin et son infirmière pour les quelques pas qu’elle parvenait encore à faire.

Un exemple pareil, c’est presque intimidant: comment peut-on penser aux autres dans des moments si difficiles pour soi? Mais c’est si inspirant aussi… Il suffit parfois de pas grand-chose, un mot gentil, un coup de main, l’histoire d’un parcours lumineux, pour éclairer nos jours les plus sombres. C’est décidé, à ma toute petite échelle, je vaincrai ma timidité pour montrer à mon tour le truc du chariot à la prochaine cliente qui ne le connaît pas!

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