Comme des écoliers

Comme des écoliers

Par Jean-Louis Gauthier, Rédacteur en chef Bel Âge magazine

Je me souviens, quand j’étais enfant, de ce moment de fin d’été, où j’allais avec ma mère à l’Hudson Bay faire le choix d’un plumier, d’un sac d’écolier. Cette hâte de retourner en classe à laquelle se mêlait un peu d’inquiétude: allais-je aimer mon institutrice? Et elle, allait-elle m’aimer? Malheur à l’enfant que son professeur prend en grippe! 

Ces années-là sont déjà loin derrière. Mais c’est justement le temps écoulé qui m’a permis de comprendre qu’on n’en a jamais fini de faire ses débuts dans la vie, d’apprendre sur soi-même, sur les autres, sur l’existence en général. 

Apprendre! J’aime ce mot... Peut-être parce qu’il contient tous les autres, y compris le verbe aimer. Apprendre à aimer. Apprendre à vivre. Apprendre à se détacher aussi, puisqu’on ne fait jamais deux fois le même chemin. 

Tous les jours sont bons pour vivre, enfanter d’autres projets, prendre des risques, oser et se lancer plutôt que de rêver sa vie. Je pense tout à coup à Jean d’Ormesson, cet écrivain académicien à l’habit vert... Si cet habit lui va si bien, c’est que lui-même est encore vert... Vigoureux, de la sève plein les os. Une jeunesse de 90 ans aux yeux couleur bleu de mer. L’un de ses récents ouvrages a pour titre C’est l’amour que nous aimons. Ce titre... On dirait une ritournelle qui tourne en rond, revenant sur elle-même. Pourtant il dit bien ce qu’il veut dire! Il n’y a que l’amour finalement, que ce soit celui que l’on ressent pour l’être aimé ou toute activité qui fait que l’on est profondément enraciné dans la vie. Saluons au passage le petit dernier arrivé à l’Académie française, notre Dany Laferrière national. Il n’a pas encore tout à fait le pittoresque de son aîné – l’âge ajoute un petit supplément de vie que rien d’autre ne peut donner - mais il y viendra, c’est certain, puisque tout est là. À 100 ans, notre Dany fera des miracles. Déjà qu’il change les mots en or! 

Toujours au rayon des visages inspirants...

J’aime bien notre Clémence, pleine de vitalité, et notre Jean-Pierre aussi, Jean-Pierre Ferland dont le nom rime avec truculent. Quand je les vois au hasard d’une entrevue télévisée, par exemple, je me sens tout à coup ragaillardi... Le temps n’existe plus. 

Un autre qui me fait du bien, c’est l’animateur Michel Désautels, que j’écoute le dimanche matin à la radio de Radio-Canada. Vous me direz qu’il n’a pas l’âge de d’Ormesson, ni celui de Clémence, ni celui de Ferland. Vrai! Mais il a tout de même beaucoup vécu lui aussi. Curieux, intelligent, même le grain de sa voix est rempli de vie. Quand je pense qu’il s’est remis d’un AVC au point que plus rien n’y paraît, je m’incline et me dis qu’il ne faut désespérer de rien. 

Désautels pour sa vivacité et sa vitalité, son intelligence et son ouverture d’esprit. J’ajouterais volontiers le nom de Micheline Lanctôt, insolente et charmante, un peu rugueuse, qui ne s’enfarge pas dans les fleurs du tapis, qui va droit vers la vie. 

Non, ce ne sont pas les vieilles personnes qui sont gênantes, mais les vieilles idées, celles des gens fermés, butés, qui jugent plutôt que d’aimer et qui se sont déjà retirés de la vie avant que ce soit fini. Récemment, je discutais avec un vieux monsieur de 89 ans... Enjoué, des idées plein la tête. Fascinant! Au moment de le quitter, je lui ai dit, comme ça, banalement: «Continuez à bien vieillir!» 

«Comment ça, continuez à bien vieillir? Je n’ai pas encore commencé», a-t-il rétorqué, un peu vexé! Le pire qui puisse nous arriver est sans doute de vieillir à notre insu, sans même que nous nous en rendions compte, en ayant laissé les idées toutes faites se glisser dans nos vies... «J’ai passé l’âge de... Ce n’est plus de mon âge...» et autres balivernes qui ne sont bonnes qu’à nous freiner dans nos élans. Finalement, elle me plaît assez, cette idée d’une vie toujours à recommencer… Avec le désir d’y entrer chaque fois – je veux dire à chaque instant – comme si c’était la première fois, curieux, prêt à tout donner. 

Allez, bonne rentrée, chers écoliers! 

Jean-Louis Gauthier Rédacteur en chef

jean-louis.gauthier@bayardcanada.com

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