Cher père Noël

Cher père Noël

Par Jean-Louis Gauthier

La dernière fois – non, l’avant-dernière fois – que je vous ai écrit, je devais avoir sept ou huit ans, peut-être neuf. Si je me souviens bien, je vous avais demandé une petite bague avec ma pierre de naissance. Et comme j’avais peur que vous me trouviez un peu vaniteux– une bague pour un garçon ! –, j’y étais allé d’un deuxième choix : une caméra pour faire du cinéma. J’ai été chanceux, j’ai eu les deux. La caméra, c’était un jouet, bien sûr, une fausse caméra. Rien à l’intérieur, pas de moteur, pas de pellicule. Et pourtant, si vous saviez tous les beaux films que j’ai tournés avec ce bidule !

Après l’année de la caméra, j’ai rangé ma plume. Vous n’avez plus eu de mes nouvelles pendant un long moment. C’est que j’étais devenu une grande personne sage et raisonnable. Et pourtant, je gardais au fond de moi un je ne sais quoi, une sorte de nostalgie de ce temps où j’étais à peine plus haut que trois pommes.

Il m’est souvent arrivé par la suite d’avoir envie de vous écrire encore. Puis, il y a quelques années, j’ai flanché. Je vous ai envoyé une longue lettre. Souvenez vous: j’étais alors rédacteur en chef du magazine Madame qui traversait des heures difficiles et était même menacé de fermeture. Je vous avais demandé dans l’un de mes billets de faire quelque chose, d’intervenir. Ma demande n’a pas été exaucée. Madame a fermé. Je vous en ai voulu un peu. J’ai pensé que ma lettre ne s’était peut-être pas rendue jusqu’à vous. Puis on m’a proposé de diriger Bel Âge. Ça m’a aidé à vous pardonner. J’en suis même venu à me dire qu’à toute chose malheur est bon. 

Je ne vous en veux plus. La preuve, c’est que je suis entrain de vous écrire en ce moment. J’ose même vous faire quelques demandes. Des demandes spéciales. Ainsi, vous seriez gentil de penser à mes amis, à ma famille. Ils ont bon coeur, vous savez. Ils méritent le meilleur. Une petite gâterie bien pensée afin que chacun se sente unique. Un mot, un mot bien choisi pourrait même faire l’affaire. Il y a aussi mes amis lecteurs de Bel Âge. Ah ! ce bel âge parfois si mal nommé, car c’est aussi le moment de la vie où l’on entre au royaume de l’arthrite et autres douleurs musculaires, où les os commencent à grincer. Vous seriez bien sympathique, cher père Noël, d’huiler un peu leurs articulations.

Mais trêve de lamentations. Je n’ai pas pris la plume pour formuler des plaintes. Car vieillir peut aussi être passionnant. Alors, pour tous ceux du bel âge et les autres, faites que nous ayons la sagesse d’apprécier ce que nous avons et de sauter à pieds joints dans la vie. Il y a aussi tous ceux qui traversent une période difficile, qui ont le coeur gros parce qu’ils ont perdu un être cher, un ami, un frère. Et ceux qui ne savent plus très bien où s’en va leur vie, à quoi elle rime. Faites en sorte, père Noël, qu’il y ait un peu de lumière dans leur maison.

Noël, les Fêtes, c’est aussi le temps des réunions. Vous le savez mieux que moi, vous qui allez de porte en porte, de cheminée en cheminée. Pouvez-vous voir à ce que ces rencontres se déroulent dans la joie et l’harmonie ? Ce n’est pas si facile que ça, l’harmonie, quand il y a des rancoeurs au fond du coeur, des non-dits et des dissensions. Surtout cette année, avec tous les tiraillements partout; puis, rien que chez nous, l’histoire des frais de scolarité, ceux qui sont pour la hausse et ceux qui sont contre, les Carrés rouges et les autres. Faites, père Noël, que nous ayons la sagesse de nous élever au-dessus de tout cela et que l’affection l’emporte sur les divergences d’opinions.

Voilà ! Je vais m’arrêter ici, père Noël. Et pour moi ? Vous savez, je suis très gâté. J’ai la santé. J’aime mon travail, mes collègues. Puis, dans mes loisirs, j’écris des livres. Vous aurez compris que j’aime la vie. Faites que ça continue !

Oh, avant de vous quitter, laissez-moi vous remercier encore une fois pour tous ces beaux cadeaux que vous m’avez apportés dans le temps. Vous vous souvenez, la girafe au long cou et le petit train qui faisait tchou-tchou ? Cette année-là, vous avez vraiment tapé dans le mille ! Bravo, père Noël ! 

Jean-Louis Gauthier, Rédacteur en chef

jean-louis.gauthier@bayardcanada.com

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