Retraite: ai-je assez d’argent de côté?

Retraite: ai-je assez d’argent de côté?

Par Sophie Stival

Crédit photo: Josh Appel via Unsplash

L’idée de survivre à son épargne retraite donne des sueurs froides… Heureusement, il n’est jamais trop tard pour déjouer les prévisions. Nos stratégies pour y parvenir. 

Carole, 65 ans, est nouvellement retraitée. Comme plusieurs, elle a épargné pour la retraite en fonction de son espérance de vie, estimée à 89 ans (donnée de Retraite Québec). La sexagénaire sait toutefois que cette estimation est aujourd’hui plus élevée qu’à sa naissance, puisqu’elle a survécu à des épreuves, incidents et maladies. De plus, en tant que femme, elle vivra sans doute 2,5 années de plus que la moyenne des hommes de son âge. Comme elle ne fume pas (le tabac aurait une incidence importante sur l’espérance de vie), ses chances d’être vivante à 89 ans sont de 50 %. Pour se rendre à 100 ans, elles sont de 10 %. Bref, elle réalise maintenant qu’il lui aurait fallu mettre suffisamment d’argent de côté pour subvenir à ses besoins jusqu’à cet âge.

Mais soyons francs, bien des planificateurs financiers tiennent compte d’une probabilité de survie de 25 % (au lieu de 10 %) afin d’alléger les contraintes d’épargne avant la retraite. Quel âge aura Carole, si on utilise une probabilité de survie de 25 %? Réponse: 96 ans. C’est sept ans de plus que ce qu’elle a planifié. En d’autres mots, le coussin accumulé et le revenu annuel sur lequel elle peut compter devront durer 31 ans, ce qui est considérable. «La durée moyenne de la retraite est de près de 30 ans aujourd’hui, ce qui est deux fois plus longtemps qu’il y a 50 ans. Cela demande donc plus de planification», confirme Frédéric Lizotte, porte-parole de Retraite Québec. 

 

Des calculs le plus précis possible

C’est tout à fait normal de vouloir réfléchir au plus tôt à notre projet de vie à la retraite. «Après l’avoir défini, on devra évaluer nos sources de revenus à la retraite», remarque Jean-François Therrien, actuaire en chef du Régime de rentes du Québec à Retraite Québec. Ce qu’on obtient des régimes publics, comme la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et le Régime des rentes du Québec (RRQ), remplacera une partie de nos revenus d’emplois. À cela pourraient s’ajouter une pension d’employeur, des comptes de retraite immobilisés, des fonds de revenus viagers et de l’épargne retraite personnelle dans des comptes enregistrés ou non. 

On trouve d’ailleurs en ligne un outil fort pratique pour estimer ces revenus, SimulRetraite. Ce service personnalisé nécessite un code d’utilisateur clicSÉQUR, qu’on obtient en cliquant «Créer un compte» lorsqu’on démarre l’application. Un planificateur financier peut aussi faire ces démarches pour nous, nous aider à élaborer un plan et nous proposer des stratégies d’épargne et de décaissement. Tout ce processus vise essentiellement à déterminer combien on devra épargner pour réaliser notre projet de vie à la retraite.

 

Rentes à la rescousse

De nombreux Québecois perçoivent leur rente du RRQ dès l’âge de 60 ans alors qu’elle est réduite. «Pourtant, on estime qu’une personne qui attend à 65 ans pour demander sa rente du RRQ pourrait recevoir jusqu’à 70 000 $ de plus durant sa retraite», relève Frédéric Lizotte. Et en la retardant jusqu’à 70 ans, la rente sera bonifiée de 42 %, soit 8,4% par année. On devance ou on reporte? «Un outil comme SimulRetraite permet de mesurer les impacts de reporter ou de devancer certaines rentes comme celle du RRQ», confirme Jean-François Therrien. C’est également le cas pour la PSV, qui peut être prise à 65 ans ou reportée jusqu’à 60 mois (5 ans) avec une bonification de 36 % à 70 ans.

Afin de contrer le risque de longévité, il est aussi possible de convertir une partie de son épargne en rentes viagères auprès d’un assureur. Cela n’est pas gratuit et nécessite une ponction du capital qui ne sera plus disponible pour ses héritiers. Mais la rente procure une paix d’esprit non négligeable. «La rente versée par un assureur sera payée même si on vit jusqu’à 100 ans. Avec une rente viagère, on souhaite couvrir ses dépenses de base comme son logement, mon épicerie, ses médicaments, ses soins de santé», ajoute Jean-François Therrien. 

Pour certains, les rentes gouvernementales comme la PSV et le RRQ auxquelles s’ajoutent celles d’un régime de pension d’employeur suffiront amplement à financer les dépenses fixes à la retraite. Mais si on peut seulement compter sur son épargne personnelle, une rente viagère pourrait être attrayante. Encore là, il faut demander conseil à un expert et établir des scénarios.

 

Sous-estimer l’inflation

Un autre piège qu’on veut éviter à la retraite? Sous-estimer l’inflation ou, si on préfère, l’augmentation du coût de la vie. «Avec une inflation de 2 % par année présentement, on s’en préoccupe peu, mais sur 30 ans, cela peut avoir un impact important», observe Jean-François Therrien. Si on dépense quelque 30 000 $ par année en ce moment, avec une hausse annuelle du prix des biens et services de 2 %, il faudra dans 25 ans débourser près de 50 000 $ pour effectuer les mêmes dépenses! Cela veut dire qu’on grugera son bas de laine de manière plus sérieuse au fil du temps. Les placements pour la retraite devront donc générer un rendement à long terme qui permet de contrer les effets corrosifs de l’inflation.

 

Surestimer les rendements 

Une fois à la retraite, on devra également avoir des attentes réalistes quant au rendement de nos placements. Si on pige dans nos économies pour vivre, il faudra faire particulièrement attention. «On ne doit pas penser qu’en ayant fait 7 % de rendement en moyenne depuis 10 ans, on pourra faire ce même rendement à la retraite», met en garde Jean-François Therrien. En mode décaissement, on doit miser sur un portefeuille plus prudent. Le niveau de risque de notre portefeuille devra tenir compte notamment de notre horizon de placement et de notre tolérance au risque. On voudra être bien diversifié par catégories d’actifs comme des obligations et des actions, mais aussi par secteur d’activité et géographiquement. En demandant de l’aide à un planificateur financier ou un représentant autorisé, on pourra mieux comprendre notre situation financière.

Finalement, il est important de revoir notre plan de retraite tous les quatre ans, voire plus souvent à l’approche de celle-ci, afin de rectifier le tir. En cas de besoin, on pourra la retarder ou revoir notre projet de vie. «Chaque retraite est différente. Certains vont miser sur une deuxième carrière ou un travail à temps partiel, pour le plaisir ou par nécessité, constate Frédéric Lizotte. Cela leur permet de socialiser, ou de se payer du luxe.»

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