Planifiez dès maintenant votre retraite

Planifiez dès maintenant votre retraite

Par Ronald McKenzie

Crédit photo: iStockphoto.com

«Sans notre conseiller financier, nous n’aurions pas pu prendre notre retraite dans les conditions que nous souhaitions.» Léandre Rousseau et sa femme savourent maintenant leur nouveau mode de vie en toute quiétude, sur leur propriété de l’île d’Orléans. Pour y parvenir, ils ont dû s’y prendre d’avance: la planification de leur retraite s’est échelonnée sur cinq ans. «Nous avons commencé par calculer de combien d’argent nous aurions besoin pour vivre. Ensuite, nous avons évalué la valeur future de nos REER et de mon fonds de pension», explique Léandre Rousseau. Pour sa femme, ça a été différent. Sa caisse de retraite, c’était l’entreprise de services électriques qu’elle possédait: il fallait déterminer le meilleur moment pour vendre. Le couple a pu ainsi voir l’effort d’épargne à déployer pour se bâtir un capital-retraite confortable. Ils ont eu le temps de s’ajuster.

Pas des vacances perpétuelles

Le secret d’une retraite réussie réside dans le sérieux que l’on met à la planifier. Comme le cas des Rousseau l’illustre, il y a beaucoup d’éléments à considérer. Avant même de parler d’argent, il faut se demander ce que l’on fera de sa retraite. Il est important d’avoir des projets à long terme, car la retraite n’est pas une période de vacances perpétuelles! À l’euphorie des premiers mois peut suivre une détresse psychologique et financière lorsqu’on est mal préparé.

Cela soulève plusieurs questions cruciales. La première semble évidente, mais elle ne l’est pas forcément : vais-je prendre ma retraite seul ou avec mon conjoint? Je vis seul actuellement, mais vais-je le demeurer pour toujours? Devrai-je éventuellement m’occuper de mes vieux parents? Les héberger? Si oui, cela va me coûter combien? De plus, vous devrez faire le point sur les questions suivantes.

  •  Quels projets est-ce que je veux réaliser? Jouer au golf en Floride tous les hivers? Me lancer en affaires? Rénover le chalet?
  • Quand vais-je les réaliser? Vous devez avoir une idée assez précise du nombre de mois ou d’années qui doivent s’écouler d’ici là, car cela détermine le niveau d’épargne à effectuer.
  •  Mes projets s’opposent-ils à ceux de mon conjoint? Cette question n’a pas réellement d’impact sur le budget, mais elle est capitale. Vous voulez voyager, mais votre douce moitié a peur de l’avion? Il y a un os! Vous aimeriez vendre le chalet familial alors que votre conjoint désire le rénover? Pépin à l’horizon. Commencez tôt à en discuter, car vous risquez d’être pris de court lorsqu’il faudra prendre des décisions.

Une fois que vous aurez une idée plus claire de ce que vous réserve l’avenir, vous serez plus à l’aise pour examiner les chiffres.

Bien cerner les dépenses

Bien cerner les dépenses

Il est généralement admis que, une fois à la retraite, certaines dépenses diminuent ou sont éliminées. Ainsi, vous ne cotisez plus au RRQ ou à la caisse de retraite de votre employeur, vous payez moins d’impôt et vos charges familiales devraient diminuer. Par contre, vous payez davantage en soins de santé, en primes d’assurance vie et en activités sociales et récréatives.

La plupart d’entre nous connaissent les dépenses importantes de la maisonnée: hypothèque, taxes municipales, épicerie, transport. Mais qu’en est-il des fournitures, du savon, de la lessive, de la nourriture pour animaux, des piles? Et des sorties? Ces dépenses, en apparence anodines, peuvent gruger plus de 10% du budget familial. «Plusieurs de mes clients n’ont jamais fait de budget de leur vie. Ils ont navigué à vue de nez. Je m’assois avec eux pour regarder cela de près», dit Lison Chèvrefils, planificatrice financière à Sun Life.

LES DÉPENSES À LA RETRAITE    
DépensesÉliminéesDiminuéesStablesAugmentées
Activités sociales et récréatives             X
Alimentation         X  
Cotisations à une caisse de retraite        X   
Cotisations à un REER        X   
Cotisations au RRQ        X   
Cotisations professionnelles        X   
Cotisations syndicales        X   
Cotisations d’assurance-emploi        X   
Cotisations d’assurance parentale        X   
Entretien du véhicule        X 
Frais de transport         X  
Frais de voyage             X
Impôt sur le revenu         X  
Logement       X 
Soins de santé             X
Vêtements         X  

Source : Guide de la planification financière de la retraite, Question Retraite, édition 2006-2007.

Raymonde Benoît a pris sa retraite en 2002. Joindre les deux bouts n’est pas toujours chose facile. «J’étais commis aux archives d’un ministère. Je gagnais 30 000$ par année.» Son départ à la retraite s’est traduit par une baisse de ses revenus. La première année s’est bien déroulée, financièrement parlant, car Raymonde a touché l’héritage de son mari décédé. Mais par la suite, elle a dû retourner sur le marché du travail afin d’arrondir ses fins de mois. Quelques semaines par an, elle donne un coup de main à son centre communautaire. Lorsqu’il y a des élections, elle travaille comme scrutatrice. «Ma rente est fixe. L’inflation gruge mon pouvoir d’achat», dit-elle.

De nombreuses personnes connaissent des moments d’incertitude budgétaire durant leur première année de retraite. C’est normal: le rythme de vie est différent. La façon la plus simple d’apprivoiser votre nouvelle condition financière consiste à comparer les dépenses de votre dernière année sur le marché du travail avec celles de votre première année à la retraite. La grille budgétaire, à la page suivante, vous y aidera.

La grille budgétaire

  1. Les dépenses d’habitation sont nombreuses et importantes: hypothèque, taxes, chauffage et électricité, téléphone, câblodistribution, Internet, assurance habitation, frais d’aménagement (intérieur et extérieur) et dépenses d’entretien.

  2. Les dépenses de transport incluent le coût du financement de l’automobile, s’il y a lieu, l’essence, l’entretien, l’immatriculation, la prime d’assurance auto, les courses en taxi, le stationnement et le transport en commun.

  3. Parmi les fournitures, on trouve: timbres, ampoules électriques, piles, journaux, savon, dentifrice, papier mouchoir, nourriture pour animaux, accessoires de Noël, papeterie, articles de quincaillerie, etc.

GRILLE BUDGÉTAIRE

Dépenses annuelles

Actuelles

Retraite, an 1

HABITATION

 

 

ALIMENTATION

 

 

  • Épicerie

 

 

  • Dépanneur/réception

 

 

TABAC ET ALCOOL

 

 

VÊTEMENTS

 

 

SOINS PERSONNELS

 

 

  • Coiffure

 

 

  • Massage

 

 

  • Esthétique

 

 

TRANSPORT

 

 

SANTÉ

 

 

  • Médicaments

 

 

  • Assurance médicaments

 

 

  • Assurance maladie

 

 

FOURNITURES

 

 

PROJETS

 

 

LOISIRS

 

 

  • Abonnement, jeux, livres, disques, cours

 

 

  • Photographies

 

 

  • Sorties (restaurants, cinéma…)

 

 

  • Loterie

 

 

  • Location DVD, vidéocassettes

 

 

CADEAUX

 

 

FRAIS DIVERS

 

 

  • Cotisation REEE

 

 

  • Frais bancaires

 

 

  • Dons de charité

 

 

AUTRES

 

 

 

 

 

TOTAL DES DÉPENSES (A)

 

 

REVENUS APRÈS IMPÔTS (B)

 

 

SURPLUS ou DÉFICIT (B – A)

 

 

Cet exercice comparatif est évidemment théorique, car il tient pour acquis que vous savez quelles seront vos dépenses futures. Or, ce n’est pas toujours possible d’y arriver. Des planificateurs financiers estiment que les nouveaux retraités doivent passer à travers les quatre saisons de l’année pour avoir une idée précise de leur niveau de vie. Les rajustements budgétaires sont donc inévitables. Même si elle crée des frustrations, la comparaison des dépenses garde toute son utilité, car elle vous permet d’identifier les dépenses qui peuvent être réduites, celles qui doivent augmenter et celles qui demeurent stables.

Quatre sources de revenus

Pour Denise Savoie, ancienne contremaître dans l’industrie du vêtement, ce n’est pas la première année de retraite qui lui a causé du souci, financièrement parlant. C’est après. Lorsqu’elle a laissé son emploi, elle disposait de certaines économies. «J’ai puisé sans restriction dans mes REER, j’ai vécu avec environ 28 000$, moi qui gagnais 35 000$ quand je travaillais. J’ai fait de nombreuses sorties, un voyage au Nouveau-Brunswick et j’ai changé d’auto.»

Mais en voyant ses REER baisser, elle s’est rendu compte qu’elle ne pourrait pas maintenir ce train de vie indéfiniment. «J’ai décidé de budgéter. Mes retraits REER ne doivent pas dépasser 500$ par mois. Avec ma rente du RRQ et la Pension de la sécurité de la vieillesse, je touche environ 1 600$ par mois. Il n’y a pas de quoi sauter au plafond!» Pour joindre les deux bouts, elle loge dans un appartement de la maison de son fils, à qui elle ne paye pas de loyer. Chanceuse, dites-vous ? Peut-être. Mais en retour, elle fait l’épicerie et la cuisine pour quatre personnes.

Quatre sources de revenus

Vous financerez votre retraite à l’aide de quatre sources de revenus : votre caisse de retraite, le RRQ, la Pension de la sécurité de la vieillesse du fédéral et vos épargnes personnelles.

  1. Votre caisse de retraite. C’est la clef de voûte d’une retraite réussie, car votre ex-employeur la finance en partie. Au Québec, seule une minorité de travailleurs cotise à un régime de retraite. Si c’est votre cas, demandez que l’on vous émette un relevé de droits afin de connaître le montant exact de la rente que vous allez recevoir. Adressez-vous au service des ressources humaines ou au représentant du comité de retraite.
  2. La rente de retraite du RRQ. Vous savez sans doute que vous avez droit de recevoir votre rente de retraite du RRQ dès l’âge de 60 ans, à deux conditions: 1) vous avez cessé de travailler ou êtes considéré comme ayant cessé de travailler, ou 2) votre salaire est réduit d’au moins 20% à la suite d’une entente conclue avec votre employeur en vue d’une retraite progressive.Vous êtes «considéré comme ayant cessé de travailler» si vos revenus de travail, calculés sur une période de 12 mois, n’excèdent pas 10 925$ en 2007, ou si vous êtes en congé de préretraite. Si vous demandez votre rente avant 65 ans, elle sera réduite de 6% pour chaque année qui vous sépare de votre 65e anniversaire de naissance. Par exemple, si vous commencez à recevoir votre rente à 63 ans, elle sera diminuée de 12% (2 ans x 6% = 12%). Cette réduction est permanente et s'appliquera pendant toute votre retraite. Des planificateurs financiers estiment qu’il est avantageux de demander sa rente du RRQ dès que l’on prend sa retraite, même à 60 ans, et ce, malgré la pénalité.
  3. La Pension de la sécurité de la vieillesse du fédéral (PSV). Cette rente viagère est indexée au coût de la vie quatre fois par année. On y est admissible à partir de 65 ans. Contrairement à la rente du RRQ qui n’est versée qu’aux personnes qui ont cotisé au régime, la PSV est payée à tous les citoyens canadiens qui ont résidé au pays au moins 10 ans après l’âge de 18 ans. Chaque personne du couple y a droit. Le fédéral offre aussi d’autres types de prestations de retraite, comme le supplément de revenu garanti (SRG), l’allocation versée aux personnes de 60 à 64 ans dont le conjoint touche déjà la PSV et le SRG, et l’allocation au survivant.
  4. Vos épargnes personnelles. Il s’agit des montants que vous avez accumulés dans vos REER, par exemple.


Les spécialistes estiment qu’une personne a besoin, en gros, de 70% de ses revenus annuels bruts moyens des trois dernières années de travail afin de conserver son niveau de vie à la retraite. Donc, pour un revenu brut de 50 000$, par exemple, c’est 35 000$ qu’il vous faudrait à la retraite (voir le tableau Les revenus de retraite, ci-desssous). L’idée est d’amasser une épargne retraite suffisante pour générer ce montant annuel. Si votre employeur n’offre pas de «fonds de pension» ou si vous êtes travailleur autonome, il est primordial de commencer tôt à économiser, sinon vos vieux jours risquent d’être marqués au fer rouge des restrictions budgétaires.

LES REVENUS DE RETRAITE 
Avec un salaire annuel brut moyen de…Vous aurez besoin de…
30 000 $21 000 $
40 000 $28 000 $
50 000 $35 000 $
60 000 $42 000 $
70 000 $49 000 $

Planifier à 50 ans

Planifier à 50 ans

Vous avez 50 ans? Il serait temps de songer sérieusement à planifier votre retraite si ce n’est déjà fait. Un coup d’œil sur vos épargnes peut être décourageant. «On ne peut pas retourner en arrière. Il faut faire avec ce que l’on a, réfléchir au lieu de paniquer», dit Lison Chèvrefils. L’experte rappelle qu’à cet âge, vous avez des atouts en mains: vos enfants ont quitté le nid familial ou sont sur le point de le faire; vos revenus devraient être à leur maximum; votre maison est payée, ou presque.

Le REER demeure l’outil d’épargne par excellence. «Si vous avez beaucoup de droits de cotisation inutilisés, vous pourriez emprunter pour les combler, en réhypothéquant votre maison, si nécessaire, ou en contractant un prêt REER», explique Lison Chèvrefils. Cette stratégie peut être avantageuse si vos revenus sont fortement imposés, car le remboursement d’impôt sera élevé. Vous utilisez alors cet argent pour diminuer votre dette. Après deux ou trois opérations de cette nature, vous constaterez que votre REER a pris du tonus et que vos objectifs financiers peuvent être atteints dans un délai raisonnable. Mais emprunter pour cotiser n’est pas une panacée. «Chaque cas est particulier. Le client doit avoir la capacité de payer l’emprunt et suffisamment de revenus pour que ce soit fiscalement intéressant», prévient Lison Chèvrefils.

Quand vous arrivez à 50 ans, vous devez faire attention aux dettes, car l’idéal est d’arriver à la retraite avec le plus petit passif possible. Si vous vous y prenez d’avance, l’exercice sera moins douloureux. Par exemple, lorsque vous achèterez votre prochaine voiture, dites-vous que vous la conserverez plus longtemps que d’habitude. Quant aux soldes impayés de vos cartes de crédit, voyez-y sans tarder. Demandez une marge de crédit personnelle et servez-vous-en pour éliminer ces satanés soldes qui coûtent une fortune en intérêt. Remboursez ensuite votre marge chaque mois. En outre:

Rééquilibrez vos placements. Diminuez la proportion des investissements à risque élevé en les remplaçant par des produits moins risqués.

Planifiez votre succession. En clair, mettez votre testament à jour. Si vous et votre conjoint avez des enfants issus d’unions différentes, assurez-vous que votre testament indique qui hérite de quoi. Si vous vivez en union de fait, votre testament doit préciser en toutes lettres que c’est votre conjoint qui héritera de vos biens à votre décès, sinon il n’aura droit à rien. Rappelons que les conjoints de fait ne sont pas considérés comme des héritiers légaux au Québec et qu’ils sont exclus des dispositions sur le partage du patrimoine familial.

Mise à jour: février 2008

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Le billet d'Aline Pinxteren, Rédactrice en chef

Le temps d’une trêve

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