Fonds communs: diversifier à l’étranger?

Fonds communs: diversifier à l’étranger?

Par Ronald McKenzie

Crédit photo: iStockphoto.com

Avec l’industrialisation accélérée de pays comme la Chine, l’Inde, le Brésil et la Russie, toutes les sociétés de fonds communs ont créé des produits qui vous permettent d’investir dans ces régions du monde. Or, comme le but de ces entreprises est d’écouler leurs fonds, on assiste à une offensive de marketing pour convaincre les consommateurs de placer leur argent dans des fonds étrangers. Leur tâche est d’autant plus facile que, depuis 2005, il n’y a plus de limite aux produits étrangers que peuvent contenir les REER et les FERR.

Au cours d’une conférence prononcée à Toronto l’été dernier, Michele Gambera, économiste principal à la firme américaine Ibbotson Associates, encourageait les conseillers financiers à vendre la diversification géographique à leurs clients. Il a indiqué que les investisseurs canadiens devraient détenir au moins 25% d’actifs étrangers dans leur portefeuille, avec une limite de 50%. Pour ce qui est des placements nord-américains, ils auraient intérêt à favoriser les actions américaines au détriment des titres canadiens afin que leur portefeuille reflète la différence de poids entre les deux économies. Bref, les titres canadiens ne devraient pas représenter plus de 10% à 20% du portefeuille.

Quelques jours plus tard, cinq gestionnaires de la société Placements Franklin Templeton ont fait une impressionnante présentation montrant que le marché canadien était en surchauffe et que les investisseurs qui y étaient fortement exposés prenaient des risques élevés. «Le temps est venu de se tourner vers l’étranger pour engranger des gains dans l’avenir», ont-ils conclu.

Au moment d’écrire cet article (octobre 2007), la firme Altamira, propriété de la Banque Nationale, annonçait l’ajout de deux portefeuilles de fonds étrangers à son catalogue de produits. «Populaires auprès des investisseurs qui recherchent une solution de placement diversifiée de qualité supérieure, ces deux nouveaux produits confèrent un volet international et américain à la famille Méritage, qui se décline maintenant en 14 portefeuilles uniques et innovateurs», disait Altamira.

Les risques liés à l'investissement international

Autre son de cloche

Mais ce ne sont pas tous les experts qui recommandent à leurs clients d’augmenter sans discernement le contenu étranger de leurs portefeuilles. Michel Marcoux, auteur du guide annuel Les 100 meilleurs fonds, explique qu’il existe deux grands risques liés à l’investissement international.

Le premier est le «risque de marché», c’est-à-dire la possibilité que les Bourses des pays où vous placez votre argent connaissent de mauvais rendements. Cela est vrai pour tous les États, y compris le Canada. Or, les marchés financiers mondiaux sont de plus en plus intégrés, «ce qui signifie qu’ils réagissent à peu près tous de la même façon aux mêmes événements. Que vous soyez à Toronto ou ailleurs ne change pas grand-chose», dit Michel Marcoux. Il appuie ses affirmations sur les études du réputé professeur Moshe Milevsky et sur les travaux de Michel Nadeau, directeur général de l’Institut sur la gouvernance d’organisations privées et publiques, et ancien numéro deux de la Caisse de dépôt et placement du Québec.

Voici ce qu’écrivait Michel Nadeau en 2005 à propos de la diversification des portefeuilles de placements: «Depuis 15 ans au moins, investir dans des titres étrangers n'a pas contribué à augmenter le rendement des portefeuilles des épargnants canadiens. Par conséquent le relèvement progressif de la limite autorisée de 10% à 30% en avoirs étrangers n'a pas enrichi les adeptes de la diversification. Le rendement annuel moyen du marché domestique (8,7%) a été supérieur à une combinaison de titres américains (11,2%) et de valeurs européennes et asiatiques (4,5%). La présence d'actions étrangères réduit de moins en moins le risque global […]. Nourris par les mêmes grands réseaux d'information internationaux, les marchés vibrent à l'unisson de façon déconcertante aux mêmes nouvelles.»

L’autre risque est lié aux variations du taux de change, c’est-à-dire à la différence de valeur entre le dollar canadien et les autres monnaies de la planète. «Ce risque est insidieux. Un grand nombre d’épargnants ne le comprennent pas et, de ce fait, l’évaluent mal», souligne Michel Marcoux. On le sait, notre huard s’est considérablement apprécié au cours des trois dernières années. Pour les «oiseaux migrateurs» qui passent quelques mois en Floride, l’affaire est bonne, car un dollar canadien leur permet d’acheter davantage de biens et de services aux États-Unis.

Mais pour les investisseurs canadiens qui ont des fonds libellés en dollars américains, en euros ou en d’autres devises, c’est moins drôle. Au cours des 6 premiers mois de 2007, l’indice boursier américain S&P 500 a gagné 6%, ce qui est digne de mention. Or, une fois ce gain converti en dollars canadiens, il en résulte une… perte de plus de 3%! C’est pire au Japon. L’indice Nikkei de la Bourse de Tokyo a progressé de 5,3% de janvier à juin 2007. Après conversion en dollars canadiens, on se retrouve avec une perte de 7%.

Afin de limiter les chocs que produisent les variations du taux de change, certaines sociétés de fonds communs dotent leurs produits de mécanismes de protection contre les fluctuations. «Mais il y en a très peu. Les études montrent que ça ne fait pas de différence à long terme. Les fonds ne sont pas intéressés à payer une prime pour obtenir ce type de protection», constate Michel Marcoux.

Comment savoir si nos fonds sont canadiens?

Canadien jusqu’où?

Depuis 2005, plusieurs fonds communs d’actions canadiennes ont subrepticement augmenté le contenu étranger de leur portefeuille. Dans le tableau Des fonds canadiens, mais jusqu’où? ci-dessous, nous avons répertorié 12 produits largement distribués au pays et vérifié le pourcentage de titres étrangers qu’ils contiennent. Comme vous pourrez le constater, la plupart des fonds demeurent en grande partie investis au Canada, tel que leur nom l’indique. Mais ce n’est pas toujours aussi clair. Par exemple, le fonds CI Canadien sélect Signature est composé à plus de 50% de titres étrangers. Quant au fonds Trimark Canadien croissance sélect, plus du quart de son portefeuille consiste en actions d’entreprises établies à l’extérieur du Canada.

Et puis, on peut profiter de l’essor de l’économie mondiale tout en demeurant au pays. De nombreuses entreprises canadiennes réalisent une partie importante de leur chiffre d’affaires à l’étranger. Pensons à Bombardier, à Alimentation Couche-Tard et à SNC-Lavalin, par exemple. «Les sociétés pétrolières de l’Ouest vendent leur or noir aux États-Unis et ailleurs dans le monde. C’est la même chose pour les compagnies qui produisent de l’or, de l’argent et du nickel», ajoute Michel Marcoux. On a fait grand cas de l’achat d’Alcan, d’Inco et de BCE par des intérêts étrangers. Mais on a pratiquement passé sous silence l’acquisition, le 2 octobre dernier, de la banque américaine Commerce Bancorp par la Banque Toronto-Dominion. Pourtant, il s’agit d’une mégatransaction de 8,5 milliards de dollars américains.

Ouvrez donc l’œil lorsqu’un représentant vous recommandera de diversifier votre portefeuille à l’étranger. En effet, il n’est pas fondamental de retenir cette stratégie, considérant les risques auxquels elle vous expose. Demandez-lui quels avantages réels vous en tirerez. Si vous décidez de tenter l’expérience, ne consacrez qu’une petite partie de vos placements aux produits libellés en une monnaie autre que canadienne. Un maximum de 10% nous apparaît comme une portion raisonnable.

Des fonds canadiens, mais jusqu’où?


Fonds% titres canadiens% titres étrangers
 Banque Nationale Actions canadiennes 98,9% 1,1%
 Bissett Actions canadiennes 99,1% 0,9%
 BMO Actions 99,7% 0,3%
 CI Canadien sélect Signature 48,8% 51,1%
 Desjardins Actions canadiennes 100,0% 0,0%
 Fidelity Frontière Nord 88,9% 9,3%
 Investors Actions canadiennes 85,9% 14,1%
 Investors Canadien valeur grande capitalisation 94,0% 6,0%
 London Life Actions canadiennes 99,0% 1,0%
 RBC Actions canadiennes 95,6% 4,1%
 TD Actions canadiennes 95,1% 4,8%
 Trimark Canadien croissance sélect 68,8% 26,6%

Les fonds sont classés par ordre alphabétique. Les données sont présentées à titre indicatif seulement. Les proportions varient avec le temps.

Mise à jour: décembre 2007

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