Je me protège de l’inflation

Je me protège de l’inflation

Par Sophie Stival

Crédit photo: Photo by Frank Busch on Unsplash

L’inflation a atteint un sommet depuis 30 ans. Notre quotidien et nos avoirs financiers en sont directement touchés. Comment faire face à ce vent contraire?

La hausse du coût de la vie préoccupe les Québécois, avec raison. Notre facture d’épicerie grimpe de mois en mois, sans parler des prix à la pompe et du coût du logement. Ainsi, l’indice des prix à la consommation (IPC) a progressé de 6,8 % au pays en février dernier. Il s’agissait de la plus forte hausse depuis août 1991!

Cet indicateur – l’IPC – mesure les variations du coût d’un panier fixe de produits de consommation incluant les aliments, le logement, les meubles, l’habillement, les transports et les loisirs. Pour relativiser, soulignons qu’entre février 1914, année des premières données mensuelles de l’IPC de la Banque du Canada, et février 2022, le taux annuel moyen d’inflation au pays a été de 3 %. Sur une longue période, l’inflation risque donc d’être plus basse que les chiffres observés ces derniers temps.

Évidemment, ces hausses de prix nous touchent tous différemment. Si le prix de la viande a explosé depuis un an, cela devrait moins affecter les végétariens. D’un autre côté, les retraités pourraient écoper davantage si leurs revenus de retraite ne sont pas indexés. Une inflation galopante peut ainsi gruger notre bas de laine au fil des ans. «Si on est propriétaire depuis plusieurs années d’une maison ou d’un condo, on a profité des hausses des prix de l’immobilier, ce qui constitue une protection contre l’inflation», souligne Philippe Le Blanc, chef des placements de la firme Cote 100.

Dans tous les cas, on veut s’assurer de réviser notre budget périodiquement afin de tenir compte de la hausse du coût de la nourriture, du chauffage, du transport et autres. On souhaite en connaître les effets sur nos dépenses mensuelles et évaluer celles qui sont essentielles ou compressibles. Si on est aux prises avec des choix difficiles, on peut toujours demander une consultation budgétaire auprès de l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de notre région. Ses intervenants sont aussi en mesure de nous aider à résoudre un problème de surconsommation ou à trouver des solutions pour contrer l’endettement excessif. Pour ceux et celles qui doivent renouveler une dette hypothécaire, il peut être rassurant d’en fixer le taux pour quelques années. Ce taux garanti permet de connaître d’avance nos paiements mensuels et, par conséquent, de mieux planifier nos dépenses.

«En plus du budget, les retraités veulent revoir régulièrement leur planification financière et faire des projections de revenus en fonction de différentes hypothèses, dont l’inflation, afin d’ajuster les retraits effectués dans les années à venir», affirme Raymond Kerzhéro, directeur de la recherche de PWL Capital. On tiendra notamment compte des revenus à la retraite. Rappelons que plusieurs fonds de pension privés ne sont pas indexés au coût de la vie, alors que les prestations de la pension de la Sécurité de la vieillesse (PSV) et du Régime de rentes du Québec (RRQ) le sont pleinement.

Placements sous tension

Et comment gère-t-on nos épargnes dans un contexte inflationniste, alors qu’un possible ralentissement économique se dessine? La portion en obligations de notre portefeuille risque de souffrir. La pression sur les prix semble se généraliser en Amérique du Nord et pousse les banques centrales américaine et canadienne à remonter leur taux cible historiquement bas. Ces hausses sont une mauvaise nouvelle pour les titres à revenu fixe. Il existe effectivement une relation inverse entre les taux d’intérêt et le prix des obligations. Quand les taux augmentent, les obligations perdent de la valeur.

«On ne veut pas avoir des titres avec des échéances trop longues dans notre portefeuille obligataire, car ils sont plus sensibles à un mouvement des taux d’intérêt», note Raymond Kerzhéro. On souhaite plutôt détenir des titres de bonne qualité avec une échéance plus courte (moins de cinq ans). En période d’incertitude, les obligations de qualité, comme celles émises par le gouvernement fédéral, provincial ou municipal, contribuent à préserver le capital et jouent le rôle de filet de sécurité en cas de catastrophe boursière.

Dans un environnement où l’inflation demeure élevée, les actions devraient bien performer. On suppose que les sociétés cotées en Bourse seront en mesure d’accroître leurs revenus et leurs bénéfices au même rythme que l’inflation. «On veut alors miser sur des entreprises qui ont la capacité d’augmenter leurs prix et dont la demande ne sera pas trop touchée par une telle hausse, remarque Philippe Le Blanc. C’est le cas de sociétés qui évoluent dans un secteur aux barrières élevées à l’entrée ou de produits non discrétionnaires, comme ceux des épiciers.» On risque en effet de couper les sorties au restaurant et d’aller davantage au marché d’alimentation si l’inflation reste élevée. Les banques canadiennes en situation d’oligopole et les assureurs ont aussi ce pouvoir de hausser les prix. Quant aux activités liées au tourisme et au voyage, la hausse des coûts du carburant et les vagues successives de la pandémie pourraient freiner la reprise dans ce secteur.

Les gens qui sont tentés de retirer leurs billes du marché boursier en misant sur leurs liquidités gagnent à y réfléchir deux fois. «En période inflationniste, on ne devrait pas garder trop d’encaisse au-delà d’un coussin financier pour les imprévus», rappelle Philippe Le Blanc. Avec une hausse annuelle du coût de la vie de 5 % ou 6 %, cet argent qui dort perd de la valeur et on finit par s’appauvrir au fil des mois.

Autre point non négligeable: l’effet à long terme des frais de gestion sur le rendement de nos placements. «Ils grugent les rendements et nuisent à la santé financière des investisseurs, estime Raymond Kerzhéro. Si on paie 2 % de frais de gestion par année, c’est un taux élevé quand on sait qu’il existe des options passives ou indicielles beaucoup plus abordables.»

Nos placements devraient idéalement générer un rendement positif après inflation et frais de gestion. Avec une hausse du coût de la vie d’environ 5 % et des frais de gestion oscillant entre 1 % et 2 %, il nous faudra dégager un rendement net après impôts de quelque 6 % pour éviter de voir notre capital s’éroder. Si on place plus de la moitié de nos avoirs dans des obligations de qualité offrant des rendements moyens autour de 2 % ou 3 %, le défi s’avère de taille. En cas d’inquiétudes ou de doutes, mieux vaut revoir nos prévisions en consultant un planificateur financier ou un conseiller en placement.

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Le billet de Linda Priestley, Rédactrice en chef

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