Oui à une sexualité épanouie

Oui à une sexualité épanouie

Par Carolyne Ann Boileau

Crédit photo: iStock

À l’âge de 60 ans, 60 % des hommes ont des troubles érectiles et de 40 % à 80 % des femmes souffrent d’une dysfonction sexuelle. Cela dit, il ne faut pas se décourager, car certains professionnels de la santé ont plus d’un tour dans leur sac pour nous redonner du pep sous la couette!

Qui ne rêve pas de satisfaire sa libido à 60 ans, à 70 ans, voire à 80 ans? Parce que, disons-nous les vraies choses, avoir des rapprochements avec l’autre, peu importe notre âge, est gage de complicité, de partage, de bien-être et d’intimité. Ça ne peut faire que du bien!

«Chez les gens qui ont encore une sexualité active à l’âge de 70 ans, 46 % sont des hommes et 16 % sont des femmes. Bien souvent, les rapports sexuels à cet âge sont davantage satisfaisants qu’à 40 ans parce que les personnes sont moins complexées; elles s’écoutent et leur lâcher-prise est plus significatif», affirme Marie-Ève Prince, physiothérapeute experte en rééducation pelvi-périnéale et propriétaire de la Clinique Cigonia, à Sherbrooke.

Alors, pourquoi n’est-on pas plus nombreux à sauter au cou de notre partenaire? Parce qu’avec le vieillissement viennent des désagréments qui ont l’effet d’un croc-en-jambe, autant pour l’homme que la femme, au moment où le couple essaie de prendre son pied dans la chambre à coucher. Et encore faut-il que le duo soit au même diapason côté désir, ce que les statistiques énoncées par Marie-Ève Prince ne semblent pas démontrer...

Ménopause et andropause

Les hormones féminines (œstrogène et progestérone) cessent d’être produites à 51,4 ans, soit l’âge moyen de la ménopause. À partir de la préménopause, qui a lieu de deux à huit ans environ avant l’arrêt des menstruations, la libido décroît naturellement, sauf peut-être si la femme entreprend une hormonothérapie.

Chez l’homme, la baisse des hormones sexuelles, nommée andropause, est un phénomène beaucoup plus variable dans le temps. Elle peut s’annoncer dans la cinquantaine, voire seulement dans la soixante-dizaine ou... jamais: «Je n’aime pas appeler ça andropause, car on a l’impression que tous les hommes vont la vivre, alors que ce n’est pas le cas», affirme Carlos Marois, urologue et propriétaire des Cliniques Marois. Il ne faut donc pas s’étonner si une personne de sexe masculin âgée de 80 ans a une érection naturelle. Cet individu n’est pas libidineux – comme plusieurs personnes pourraient le penser, à tort –, mais plutôt chanceux! À ce propos, la sexualité des moins jeunes est un sujet tabou qu’il faut démystifier et, surtout, cesser de l’associer à des jugements sans fondement. Heureusement, des gens comme Marie-Ève Prince font des conférences pour sensibiliser les professionnels de la santé et le personnel des maisons pour aînés à l’existence de cette réalité.

À quelques exceptions près, la vie sexuelle tend à diminuer avec l’âge. Chez les femmes, plusieurs facteurs rendent les rapports intimes douloureux et moins satisfaisants. Quant aux hommes, la difficulté à obtenir ou à maintenir une érection est la principale préoccupation. D’un côté comme de l’autre, il faut également tenir compte de la santé globale des individus. «Ces gens sont dans une catégorie d’âge où il y a une augmentation des atteintes physiques et sexuelles, ce qui peut jouer dans la balance des rapports intimes», affirme Mme Prince. Qu’on soit diabétique, ménopausée, hyper- tendu(e) ou déficitaire en testostérone, il existe heureusement plusieurs traitements pour nous aider à garder le cap sur l’objectif, soit de vivre une sexualité aussi satisfaisante qu’agréable.

Un problème, des solutions

Tour d’horizon des principaux troubles sexuels et propositions pour améliorer ou renverser ces conditions.

Chez la femme

✔ Atrophie vaginale
C’est quoi? Avant la ménopause, le vagin a des replis et est humide. Après l’arrêt définitif des menstruations, la muqueuse commence à s’atrophier, à devenir sèche, pâle et lisse; le vagin perd progressivement son élasticité, rendant le coït douloureux. On parle alors souvent d’atrophie ou de sécheresse vaginale.

Que faire?
• Appliquer dans le vagin un lubrifiant intime naturel (huile de coco, beurre de karité, etc.) ou commercial, conçu pour cet usage. Les peaux sensibles préféreront de loin les ingrédients non chimiques.

• Recourir à la rééducation pelvi-périnéale auprès d’un ou d’une physiothérapeute qui détient une expertise en la matière. «C’est un traitement de première ligne pour aider le vagin à regagner de la souplesse, dit Marie-Ève Prince. En général, on parle de cinq traitements étalés sur 12 semaines. Parfois, on voit suffisamment d’amélioration après deux séances pour passer aux visites de maintien. Mais il faut à tout prix faire les exercices d’étirement et de contraction à la fréquence recommandée et avoir un minimum d’activité sexuelle. Ça en vaut la peine, car le taux de succès est très élevé (80 %).» Cela dit, si on n’est plus du tout intéressée à avoir des rapports intimes, il faut néanmoins subir des examens gynécologiques sur une base régulière; un orifice vaginal souple les rendra plus confortables.

• Faire appel à l’hormonothérapie locale, qui consiste à enduire les parois vaginales d’une crème à base d’œstradiol (œstrogène synthétique). Elle serait plus efficace qu’une hormonothérapie systémique (comprimés oraux), en autant que la sécheresse soit notre seul problème. Notre médecin pourra nous conseiller à ce sujet.

• S’informer sur les traitements de radiofréquence, nouveaux au Canada et qui semblent prometteurs pour favoriser la lubrification. Ils sont d’ailleurs une des avenues à envisager par les femmes qui ont un cancer du sein et pour lesquelles l’hormonothérapie serait en principe contrindiquée. «La radiofréquence permet d’aller plus en profondeur qu’avec le laser. Ce sont des microaiguilles qui sont insérées dans la paroi vaginale et sous la peau. La qualité des tissus semble alors s’améliorer; ils deviennent plus flexibles», signale l’urologue Carlos Marois. Il faut prévoir quelques séances et un traitement d’entretien annuel.

✔ Lichen scléreux vulvaire
C’est quoi? Il s’agit d’une maladie chronique de la peau qui affecte le plus souvent les femmes ménopausées. «C’est un problème souvent sous-diagnostiqué, affirme le Dr Marois. La peau de la vulve, du clitoris, des petites lèvres et du périnée devient moins élastique, a une apparence “cartonnée” et peut se fissurer, ce qui occasionne des douleurs. Parfois, la paroi vaginale peut même se refermer.»

Que faire?
• Une biopsie, pour éliminer la possibilité d’un cancer.

• Appliquer un traitement topique à base de corticoïdes sur la région affectée durant environ un mois, puis deux ou trois fois hebdomadairement par la suite. Ça peut être jumelé à une hormonothérapie locale ou systémique, selon l’avis du médecin traitant.

• La rééducation pelvi-périnéale avec dilatations peut aussi améliorer la condition des femmes aux prises avec cette maladie.

• Recourir à l’injection intravaginale de plasma riche en plaquettes (PRP), une technique expérimentale qui semble jouer un rôle dans l’amélioration de la qualité des tissus (densité, coloration, texture et épaisseur). Cette intervention non douloureuse n’est pas couverte par la RAMQ.

✔ Panne de désir
C’est quoi? Quand faire l’amour devient une corvée plutôt qu’une activité stimulante, il y a tout lieu de penser qu’on a la libido à zéro... Pas de panique, car nos pulsions sexuelles peuvent revenir au galop!

Que faire?
• Les femmes ayant un cancer du sein et celles qui sont sous hormonothérapie et qui voudraient un coup de pouce additionnel pour augmenter leur désir peuvent bénéficier d’un supplément de testostérone. «Ce sont de très petites doses, souligne le Dr Carlos Marois. Généralement, on donne à une femme de 10 à 20 fois moins de testostérone qu’à un homme. Dans nos cliniques, ce supplément de testostérone se présente sous forme d’implant, dans la fesse. Son efficacité dure environ quatre mois. Au besoin, on peut aussi ajouter des hormones féminines. Ce n’est pas couvert par la RAMQ, mais il s’agit d’un traitement bio-identique. Les femmes qui le reçoivent redeviennent en forme, elles sont plus actives et leur libido s’améliore. Souvent, c’est leur partenaire qui vient me voir par la suite parce qu’il n’arrive plus à suivre!» raconte à la blague l’urologue.

• Les psychologues et les sexologues ne chôment pas depuis la pandémie. Une consultation avec un de ces professionnels peut aussi aider dans le cas de panne de désir.

Chez les hommes

✔ Dysfonction érectile
C’est quoi? L’absence d’érection ou la difficulté à la maintenir pour pouvoir pénétrer sa ou son partenaire. À noter que les troubles érectiles touchent 10 % de plus d’hommes par décennie (50 % dans la cinquantaine, 60 % dans la soixantaine, et ainsi de suite). Parmi les conditions médicales affectant aussi la qualité de l’érection, le diabète est fortement pointé du doigt: 75 % des diabétiques souffriront d’une dysfonction érectile. L’obésité, les troubles vasculaires, le tabagisme, les effets secondaires de certains médicaments et les séquelles d’une chirurgie à la prostate peuvent aussi engendrer des difficultés à faire raidir le pénis.

Que faire?
• En première ligne, les médecins vont habituellement prescrire des comprimés oraux, par exemple du Viagra® ou du Cialis®, pour traiter les problèmes d’impuissance. «Je vois beaucoup de patients qui sont là-dessus depuis 20 ans. Généralement, ils présentent des comorbidités», signale le Dr Carlos Marois.

• En deuxième ligne viennent les injections intracaverneuses. «Si le patient n’a pas peur des aiguilles, c’est un traitement qui fonctionne très bien. La personne doit s’injecter un mélange de médicaments près de la base du pénis, dans l’un des deux corps caverneux. C’est très facile à faire. Des hommes âgés de plus de 70 ans se font de telles injections régulièrement», affirme l’urologue.

• L’implant pénien arrive en dernier recours. «C’est un dispositif médical implanté dans les corps caverneux du pénis. Il convient à ceux qui n’arrivent plus à produire une érection ou à ceux qui ont beaucoup de difficulté à la maintenir. Généralement, on pose soit un implant semi- malléable, qui ne gonfle pas mais ne requiert aucune dextérité manuelle, ou un implant gonflable, grâce à une pompe interne qui se trouve près des testicules», explique le Dr Marois. Bon à savoir: cette procédure est irréversible. En effet, nul ne pourra faire marche arrière pour recevoir des injections intra-caverneuses par la suite.

✔ Déficit en testostérone
C’est quoi? Selon Carlos Marois, le taux de testostérone baisse de 1 % à 2 % par année après 40 ans. Cela entraîne une baisse de libido, mais aussi une perte d’énergie, de masse musculaire, d’endurance et de motivation. Souvent, c’est une cause sous-jacente à la dysfonction érectile et, aux dires de l’urologue, «un problème sous-diagnostiqué».

Que faire?
• Un bilan sanguin comprenant une analyse de la testostérone.

• Advenant un faible taux de testostérone, le médecin ou l’urologue peut prescrire un gel (Androgel), une injection hebdomadaire ou, comme le suggère le Dr Marois, un implant sur mesure qui sera en place durant quatre ou cinq mois. Quand l’hormone contenue dans l’implant est complètement absorbée, il faut répéter l’intervention.

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