Fuites urinaires: des causes aux traitements

Fuites urinaires: des causes aux traitements

Par Linda Priestley

Crédit photo: shutterstock.com

Un éclat de rire, un éternuement, quelques exercices au gym, une envie pressante: il suffit parfois de peu pour qu’une légère fuite urinaire se produise. Avec l’inconfort et la gêne qui accompagnent ce phénomène involontaire... on préfère souvent taire la chose devant les autres, médecin y compris. 

Pourtant, selon une enquête menée par la Fondation canadienne pour l’incontinence, 33% des femmes de plus de 40 ans subissent des pertes involontaires d’urine. Parmi elles, seulement 26% l’ont confié à leur praticien. Certaines études ont même démontré qu’il peut s’écouler en moyenne sept ans avant que le problème soit signalé. À ce propos, il est bon de savoir que des solutions peuvent être d’un grand secours. 

En temps normal, si on ne s’échappe pas constamment, c’est grâce au plancher pelvien (ou périnée), un groupe de muscles, ligaments et tissus dont le rôle est de soutenir la vessie et de contrôler l’urine. Mais parce que le système urinaire et génital se transforme avec le temps, on n’est plus toujours capable de se retenir d’uriner. Autre facteur déterminant: la ménopause. «Elle entraîne une chute d’oestrogènes, contribuant ainsi à l’affaiblissement des muscles du plancher pelvien», explique Tanya Gutierez, physiothérapeute spécialisée en rééducation périnéale.

Bien qu’il y ait une augmentation de cas d’incontinence chez la femme à partir de 50 ans ou à la ménopause, le phénomène n’est pas uniquement lié à l’âge, loin de là. «On constate des pics de prévalence également chez les femmes plus jeunes, enceintes ou qui viennent d’accoucher», explique Chantal Dumoulin, directrice du Laboratoire incontinence et vieillissement de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal. En effet, certaines femmes ont, au départ, une fragilité au niveau des muscles pelviens. «Un problème d’incontinence survenu après un accouchement pourrait se résorber, puis se manifester de nouveau quelques années plus tard», ajoute Mme Dumoulin. Cela dit, d’autres facteurs, qui n’ont rien à voir avec l’âge, sont aussi évoqués. «Une infection des voies respiratoires ou urinaires, une chirurgie pelvienne, l’obésité et le tabagisme peuvent en être la cause», confirme le Dr Dean S. Elterman, chirurgien urologue. Tout comme l’hérédité, la constipation et certains troubles neurologiques.

Les types d'incontinence urinaire

Parmi les divers types d’incontinence, trois surviennent plus souvent. Dans le cas d’une incontinence urinaire à l’effort (IUE), un simple mouvement, éternuement ou quinte de toux suffit à entraîner une fuite d’urine involontaire. Quant à l’incontinence urinaire d’urgence (IUU), on en souffre lorsqu’une sensation d’envie pressante donne lieu à une fuite plus abondante, voire au vidage complet de la vessie. Une incontinence urinaire mixte (IUM) signifie que l’effort et l’urgence font éprouver une envie pressante qui entraîne de petites ou de grandes fuites.

Or, ces incidents peuvent avoir de fâcheuses répercussions, tant sur le plan psychologique que physique. «Parce qu’elles craignent les fuites ou d’avoir à porter une couche, de nombreuses femmes cessent de pratiquer tout loisir ou activité physique, constate le Dr Elterman. S’ensuit une prise de poids qui aggrave leur condition.» Selon le chirurgien urologue, les fuites réduisent également l’appétit sexuel: «Certaines évitent les ébats de crainte d’uriner pendant l’acte. L’intimité du couple peut alors en prendre un coup.»

Par ailleurs, si on multiplie les visites nocturnes aux toilettes, l’épuisement nous guette. «Sans compter que les muscles du plancher pelvien risquent de s’affaiblir», renchérit Chantal Dumoulin. La chercheuse signale en outre qu’il y aurait un rapport entre les fuites... et les chutes: «Nous avons constaté un risque plus élevé de chute chez les personnes âgées souffrant d’incontinence, rapporte-t-elle. Est-ce parce qu’elles doivent se concentrer sur les muscles du plancher pelvien qu’elles avancent d’un pas irrégulier? Ou encore parce qu’elles font moins d’exercices, vu leur condition? Le cas est présentement à l’étude.»

Enfin, les pertes urinaires condamnent parfois à l’exil volontaire. «Un grand nombre de personnes aux prises avec ce problème se sentent stigmatisées, explique Mme Dumoulin. Elles ont peur de dégager une odeur d’urine ou de déranger les autres quand elles se lèvent pour aller aux toilettes. Alors elles ne vont plus jouer aux cartes avec leurs amis, ni au cinéma ou dans un voyage organisé, par exemple. Et cette propension à s’isoler peut mener à une baisse d’estime de soi, une augmentation de l’anxiété ou une dépression. On éprouve aussi une sensation de perte de contrôle du corps, ce qui entraîne des sentiments très négatifs.»

Les traitements de l'incontinence urinaire

On peut pourtant guérir ou prévenir l’incontinence rapidement et efficacement, et ce, sans avoir recours à la chirurgie. «Les traitements conservateurs, qui consistent à changer nos habitudes de vie, à garder un poids santé et à exercer les muscles du plancher pelvien afin d’empêcher la descente des organes, permettent en effet d’obtenir d’excellents résultats», affirme Chantal Dumoulin. Sur le plan de l’alimentation, on met toutes les chances de son côté en éliminant du menu tout irritant pour la vessie, comme le café, le thé, le chocolat, les boissons gazeuses et l’alcool. Mieux vaut aussi consommer avec modération les fruits ou jus de fruits très acides (orange, citron, pamplemousse, lime, ananas), les tomates et les mets épicés.

La rééducation du périnée est également possible à tout âge. «Cette technique permet de renforcer la musculature à n’importe quelle étape de notre vie, assure Tanya Gutierez. Après une évaluation de la condition physique de la personne, on travaille sur les muscles du plancher pelvien affaiblis dans le but de renforcer le soutien des organes et d’augmenter l’occlusion urétrale. Une fois que les symptômes ont considérablement diminué, la personne peut accomplir des exercices de maintien à la maison, selon ses capacités», précise la physiothérapeute. Dans 75% à 80% des cas, les muscles sont raffermis et plus résistants, à tel point que celles qui portaient des couches peuvent s’en débarrasser! 

D’autres traitements – comme la rétroaction biologique et la stimulation électrique du périnée – sont également utilisés pour renforcer les muscles du plancher pelvien. En attendant qu’ils fassent effet, on recourt à des protections temporaires: couches, serviettes, protège-dessous ou culottes, le choix ne manque pas. De nos jours, il existe même des dispositifs urétraux qui agissent comme des tampons en bloquant l’émission d’urine!

Les interventions chirurgicales

Dans le cas d’incontinence ayant résisté aux traitements conservateurs, il est possible d’envisager diverses interventions chirurgicales, affirme le Dr Dean S. Elterman: «Si la condition demeure gênante, on peut en discuter avec son médecin de façon à trouver la procédure la plus appropriée.» Parmi les options: l’opération de fronde mi-urétrale (pose d’une bandelette naturelle ou synthétique sous l’urètre), la colposuspension (qui se sert de la paroi vaginale pour garder en place l’urètre et le col de la vessie) ou l’installation d’un sphincter artificiel. «Des traitements récemment mis au point, qui utilisent le laser ou des cellules souches, sont désormais offerts aux femmes atteintes d’incontinence sévère», ajoute le spécialiste. 

Pour obtenir de l’aide ou de l’info

  • Clinique Pelvi-Santé (Rive-Sud de Montréal, pelvisante.com); 
  • Fondation d’aide aux personnes incontinentes (canadiancontinence.ca);
  • La Cité Médicale (plusieurs cliniques au Québec, lacitemedicale.com);
  • Ordre professionnel de la physiothérapie du Québec (un grand nombre de physiothérapeutes sont maintenant formés en rééducation périnéale, oppq.qc.ca). 

Pas seule! 

On a envie d’échanger, tout en profitant gratuitement de soins experts? Le Laboratoire incontinence et vieillissement, dirigé par la chercheuse Chantal Dumoulin, est toujours à la recherche de participantes dans le cadre d’études sur les différents traitements conservateurs de l’incontinence. «Comme les traitements se font en groupe, cela fournit aux femmes l’occasion de se créer un réseau d’entraide et de voir qu’elles ne sont pas seules aux prises avec cette situation.» 
Info: criugm.qc.ca/labo/ Chantal_Dumoulin.
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