10 facteurs protecteurs contre l’Alzheimer

10 facteurs protecteurs contre l’Alzheimer

Par Carolyne Ann Boileau

Crédit photo: Photo by Joe Hepburn on Unsplash

Plus de 153 000 Québécois sont atteints de la maladie d’Alzheimer. Les experts estiment que ce nombre passera à plus de 260 000 dans moins de 10 ans. Mais la plupart d’entre nous pouvons heureusement réduire nos risques d’en souffrir un jour. Dix boucliers pour la déjouer.

 

Des chiffres qui parlent

À Denver, en juillet dernier, l’Alzheimer’s Association International Conference a rendu publique une donnée accablante: le nombre de personnes sur la planète qui seront atteintes d’un trouble neurocognitif majeur en 2050 est estimé à plus de 152 millions, soit le triple des cas actuels. «Cette augmentation touchera surtout l’Afrique subsaharienne, l’Afrique du Nord et les pays du Moyen-Orient puisque ce sont des populations jeunes», observe Nouha Ben Gaied, directrice recherche et développement, qualité des services, à la Fédération québécoise des sociétés Alzheimer.

La société québécoise compte déjà parmi les plus vieillissantes du globe. L’impact des troubles neurocognitifs majeurs sur notre population est considérable, non seulement sur les personnes malades, mais aussi sur leurs proches aidants, sur le système de santé et sur les contribuables. Un diagnostic de trouble neurocognitif majeur engendre des coûts directs (hébergement en CHSLD, transports médicaux, frais d’hospitalisation, etc.) et indirects (absentéisme au travail des proches aidants, baisse de productivité, etc.) importants. «On considère que plus de 40 % des proches aidants d’une personne atteinte d’un trouble neurocognitif seront plus en détresse qu’un proche aidant qui apporte du soutien à une personne atteinte d’une autre maladie», note la directrice.

 

Alzheimer sous deux formes

La maladie d’Alzheimer représente actuellement de 60 % à 80 % des cas de troubles neurocognitifs majeurs diagnostiqués. Elle se décline sous deux formes: sporadique et génétique. La première se manifeste chez les gens âgés de 65 ans et plus, tandis que la seconde apparaît plus tôt dans la vie. Le déclin cognitif est nettement plus rapide quand une personne est atteinte de la forme génétique.

Les médecins ont accès à un choix très limité de médicaments pour s’attaquer aux symptômes des troubles neurocognitifs majeurs. Certains ont un effet sur la perte de mémoire, d’autres sur les troubles moteurs et de langage, mais aucun n’agit sur les causes. Et encore faut-il qu’ils soient prescrits quand le patient est à un stade léger de la maladie pour que leur action soit optimale…

 

Une protéine qui change tout

«Après une période sombre où de nombreuses compagnies pharmaceutiques avaient abandonné leurs essais cliniques, là, on sent que ça bouge», poursuit Nouha Ben Gaied. Entre autres, l’approbation aux États-Unis d’un nouveau médicament, Aduhelm, suscite beaucoup d’espoir ici. En effet, cet anticorps cible la protéine bêta-amyloïde, longtemps présumée responsable de la maladie d’Alzheimer. Chez une personne en santé, cette protéine est éliminée naturellement, tandis que chez une personne atteinte d’Alzheimer, elle ne sera pas évacuée adéquatement et formera des plaques dans le cerveau, nuisant ainsi à la communication entre les cellules. «Une demande a été déposée auprès de Santé Canada pour l’approbation d’Aduhelm. On espère un dénouement positif et rapide, car les diagnostics, eux, continuent d’être posés tous les jours.»

Quand on parle de troubles neurocognitifs majeurs, l’âge, le sexe et l’hérédité sont des facteurs contre lesquels on ne peut rien faire. En effet, il est impossible de modifier notre âge ni le bagage génétique hérité de nos parents. Aussi, plus de femmes sont touchées que d’hommes, à cause de facteurs hormonaux et d’une espérance de vie plus longue. Cela dit, il est tout à fait possible de faire un pied de nez aux troubles neurocognitifs en intégrant dans son quotidien un ou plusieurs des facteurs protecteurs ci-dessous. Pour une majorité d’entre nous, la balle est dans notre camp!

 

1. Faire des activités cognitivement stimulantes.

Un métier ou un passe-temps captivant a une action protectrice sur le cerveau. «Cela fait en sorte que nos neurones restent actifs, affirme Sylvie Belleville, directrice de laboratoire du Centre de recherche de l’Institut universitaire de gériatrie de Montréal et professeure au département de psychologie de l’Université de Montréal. On encourage les gens à utiliser leur cognition de façons différentes, riches et variées pour stimuler leur cerveau. On peut apprendre de nouvelles choses à tout âge.»

La clé, ici, est d’avoir du plaisir. Aussi, il ne faut pas hésiter à sortir de sa zone de confort cognitif. «Si on aime les sudokus, on ne doit pas se contenter de faire seulement ceux de niveau facile, il faut tester nos limites.» Mots croisés, lecture, apprentissage d’un instrument de musique ou d’une langue étrangère, écriture… autant d’activités enrichissantes pour le coco, qu’on peut faire en solo. On aime être entouré de gens? Dans ce cas, on se tourne vers le bénévolat, les clubs de lecture ou les cours de danse, par exemple.

 

2. Bouger plus.

L’Organisation mondiale de la santé prône 150 minutes cumulatives d’activité physique par semaine. Marcher, nager, pédaler, voire danser, est accessible à tous. «L’activité physique est très associée à l’obésité et à la sédentarité. Plus on va bouger, plus on va améliorer notre capacité respiratoire et diminuer nos chances d’avoir des troubles cardiaques. On favorisera aussi la santé de notre cerveau. Et c’est bien important de se protéger la tête, car les traumatismes crâniens peuvent engendrer des troubles neurocognitifs majeurs», soutient Nouha Ben Gaied.

 

3. Rechercher l’interaction sociale.

On l’a vu, le confinement a eu des répercussions terribles sur les personnes seules. Faute d’être adéquatement suivis par leur médecin ou thérapeute durant cette période, privés de contacts avec leurs proches, beaucoup de gens ont décliné sur le plan cognitif. «Être en interaction sociale implique qu’on sort de la maison, qu’on voit des gens, qu’on discute avec l’entourage, qu’on partage un repas avec d’autres personnes. Tout cela nous stimule cognitivement, précise Sylvie Belleville. Plusieurs facteurs positifs autour du réseau social sont protecteurs. Et on ne dit pas de s’entourer de gens qu’on n’aime pas! On mise sur la qualité de nos amitiés et non sur la quantité.» Pourquoi ne pas en profiter pour bouger en groupe et doubler les bienfaits?

 

4. Adopter la diète méditerranéenne.

Les vedettes de ce régime alimentaire sont l’huile d’olive, les céréales à grains entiers, les fruits, les légumes, les noix, les légumineuses, les poissons, le vin rouge, les aromates et les produits laitiers maigres. Les viandes rouges, les sucreries et le sel sont peu consommés. «Des études ont démontré qu’une alimentation qui s’apparente à la diète méditerranéenne est favorable pour le cerveau», affirme la professeure. Il n’est jamais trop tard pour modifier son menu.

 

5. Voir aux examens des yeux et de l’ouïe.

La perte d’audition est taboue pour plusieurs, gênés ou refusant de porter des appareils auditifs. «La littérature scientifique récente a dévoilé que tout ce qui nous limite au niveau sensoriel est défavorable pour le cerveau, souligne Sylvie Belleville. Si une personne entend mal et qu’elle voit mal, c’est certain qu’elle aura une baisse de stimulation cognitive. Elle se retirera des discussions et sera moins intégrée dans son environnement.» La vision et l’audition favorisent la communication.

 

6. Dormir à poings fermés.

Il y aurait un lien entre les problèmes de sommeil et les troubles cognitifs. La protéine bêta-amyloïde, toxique pour les neurones, serait surtout évacuée pendant le dodo. Or, une personne qui fait de l’apnée du sommeil ou de l’insomnie aura de la difficulté à l’éliminer… Il existe heureusement plusieurs stratégies pour favoriser un sommeil de qualité: utiliser un appareil de type CPAP pour oxygéner le cerveau quand on fait de l’apnée du sommeil, faire des siestes le jour pour récupérer, cesser d’ingurgiter des boissons stimulantes après une certaine heure, laisser son cellulaire hors de sa chambre, éviter de faire autre chose dans son lit que dormir ou avoir des activités sexuelles.

 

7. Boire de l’alcool avec modération.

«Une étude à Bordeaux a démontré qu’une petite quantité d’alcool avait un effet protecteur pour le cerveau, relève Sylvie Belleville. Étonnamment, l’abstinence n’a pas démontré d’effet bénéfique, tandis qu’on sait qu’une consommation excessive est toxique pour le cerveau.» Pour connaître la quantité d’alcool à ingérer, on se réfère aux règles relayées par Éduc’Alcool (educalcool.qc.ca) selon l’âge, le sexe et les vulnérabilités (diabète, médicaments, etc.).

 

8. Viser un poids santé.

L’obésité entraîne des effets négatifs sur la santé cardiovasculaire, sur le sommeil et sur le cerveau. «Selon des études, perdre juste 2 kg a déjà un impact positif sur la cognition, confirme la professeure. Avoir un poids santé est une des clés pour protéger son cerveau.»

 

9. Contrôler l’hypertension, le cholestérol et le diabète.

Ces trois facteurs peuvent affecter la santé du cerveau. «Dès qu’il y a une prise en charge de ces troubles, on diminue le facteur de risque pour les maladies vasculaires, mais aussi pour les troubles neurocognitifs majeurs», précise Nouha Ben Gaied. Les suivis médicaux sont donc à prendre au sérieux.

 

10. Arrêter de fumer.

Ce n’est pas d’hier qu’on dit que le tabagisme est nuisible pour la santé. Non seulement il affecte la santé cardiovasculaire, mais il est clairement associé à un déclin des facultés cognitives. Comme l’obésité et la sédentarité, l’usage du tabac est un facteur de risque modifiable. Adopter de saines habitudes de vie peut aider à modifier la trajectoire de la maladie d’Alzheimer et d’autres troubles neurocognitifs majeurs… un pas à la fois.

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