Plan de match pour financer un rêve

Plan de match pour financer un rêve

Par Sophie Stival

Crédit photo: iStock

Quels que soient les fonds dont on dispose, concrétiser un projet de vie, ça se planifie. Alors, on se lance dans l’aventure?

Rêver sa vie, c’est facile. Passer à l’action en réalisant ses rêves exige un peu plus de volonté et de prépara- tion. Sara Gilbert, stratège d’affaires et coach certifiée, a fait ce choix. Elle qui aura 50 ans l’an prochain a plié bagage pendant cinq mois pour visiter le Costa Rica avec sa fille de 14 ans en 2023. Et au printemps de la même année, elle a exaucé un autre souhait de longue date: faire un voyage humanitaire en Afrique.

«Depuis longtemps, je voulais travailler en ligne. La COVID-19 a accéléré les choses. Au Costa Rica, j’ai pu le faire à distance, tout comme ma fille pour ses études», explique Sara Gilbert. Voyager tout en travaillant a facilité le financement de son projet, reconnaît-elle.

De son côté, Christiane Yoakim avait 60 ans lorsque la compagnie pharmaceutique où elle travaillait a fermé ses portes. Or, la nouvelle sexagénaire n’était pas prête pour la retraite; elle ressentait une insécurité financière à l’idée de ne plus travailler. «Je me suis alors lancée en politique, même si je n’y connaissais rien. J’étais curieuse d’en apprendre plus sur le milieu communautaire», souligne-t-elle. Malgré son inexpérience, elle réussit à se faire élire en 2013 comme conseillère municipale de Val-des-Arbres, à Laval, en plus d’être nommée présidente du conseil municipal pendant ses deux mandats.

«J’ai alors découvert la pauvreté, la vulnérabilité et la solitude de bien des gens.» Durant la pandémie, elle s’implique dans la popote roulante et livre des dîners à domicile. Aujourd’hui retraitée, Christiane Yoakim a grandement apprécié son passage en politique. «Je poursuis mon action communautaire avec la popote roulante, en plus d’être présidente du conseil d’administration de l’organisme.»

À vrai dire, la pandémie a brassé la cage de nombreux travailleurs et même des retraités. On se demande si le travail ou notre vie en général est une source d’accomplissement, de bonheur. À cet égard, l’absence de contacts externes a permis une certaine introspection. Des phénomènes comme la «grande démission» (mouvement populaire qui consiste à démissionner du jour au lendemain) ont fait les manchettes. On constate que la société se transforme et que le travail n’est plus autant valorisé. La vie personnelle et familiale prend plus de place.

Selon Sara Gilbert, plusieurs souhaitent aujourd’hui défier le statu quo. «On cherche à s’accomplir, à s’épanouir et à donner du sens à son travail. Auparavant, on était trop occupés à être occupés. » Les retraités deviennent conscients du temps qui passe et du temps qu’il leur reste à vivre en bonne santé. Avec les enfants devenus adultes et l’hypothèque complètement ou en partie remboursée, l’heure est venue de mener à terme des projets se trouvant sur leur bucket list!

Des voyages qui sortent de l’ordinaire

Voyager figure souvent en tête de liste des projets de congés prolongés. Certains souhaitent explorer de lointains continents, comme l’Asie ou l’Océanie. D’autres veulent assister à la floraison des cerisiers au Japon, faire un roadtrip en Californie ou encore un pèlerinage sur le chemin de Saint-Jacques de Compostelle. Bref, les idées ne manquent pas et le coût de telles aventures est bien sûr très variable.

Cela dit, il existe des communautés en ligne permettant de voyager à peu de frais. Par exemple, une plateforme comme HomeExchange.fr facilite l’échange de maisons ou d’appartements entre particuliers. Le troc est gratuit, mais on doit s’abonner au site moyennant certains frais. Quant au gardiennage de maison (house sitting) ou d’animaux de compagnie (pet sitting), la formule s’adresse à un propriétaire qui s’absente pour une durée variable et qui souhaite offrir son logement à une personne afin qu’elle assure une présence sur les lieux, notamment pour arroser les plantes ou prendre soin des animaux, ramasser le courrier, etc. Bien que l’échange de services soit souvent gratuit, soulignons que certaines plateformes permettent à un propriétaire qui héberge une personne pour prendre soin de sa maison et ses animaux de la rémunérer sur une base quotidienne ou hebdomadaire. Cela dépend de la tâche à accomplir.

Des plateformes comme housesitterscanada.com mettent en lien les personnes intéressées. «Au Costa Rica, j’ai croisé un Québécois qui voyage à travers le monde en faisant du house sitting, relate Sara Gilbert. Il allait bientôt partir vers le Panama et avait déjà vécu en Australie. Chaque fois, il doit seulement payer son billet d’avion.» En Amérique centrale, les demandes de gardiennage proviennent souvent d’expatriés américains qui veulent retourner chez eux temporairement, par exemple durant leurs vacances.

Le désir de s’engager socialement, d’agir concrètement pour changer les choses peut aussi devenir réalité lors d’un voyage humanitaire. Plusieurs organismes, dont Habitat pour l’humanité, permettent de combiner bénévolat et voyage. Cet OSBL a pour mission de bâtir des maisons pour des familles dans le besoin, entre autres grâce à son programme de bénévolat international à court terme. Le coût du billet d’avion pourrait alors être déductible d’impôt s’il est considéré comme un don. Les participants au programme fournissent ainsi de l’aide aux populations locales tout en découvrant leur pays.

Avertissement: avant de s’engager dans un projet humanitaire, mieux vaut s’assurer que celui-ci aura des retombées à long terme dans la communauté concernée. Car le tourisme bénévole peut renforcer les inégalités et même enlever des sources de revenus à des travailleurs locaux. En cas de doute, on se renseigne auprès d’organismes comme Uniterra et l’Association québécoise des organismes de coopération internationale.

Signalons enfin que le cégep Marie-Victorin offre aux personnes de 50 ans et plus l’occasion de voyager différemment grâce à des partenariats à l’international. Depuis 2006, il propose une «immersion interculturelle en vivant dans une famille d’accueil et en s’impliquant dans une communauté», mentionne le site internet du collège. Les quatre destinations prévues en 2024-2025 sont le Pérou, l’Inde, le Vietnam et le Sénégal.

Une nouvelle carrière

La réalisation d’un projet de vie ne se limite pas aux voyages et au tourisme. On peut aussi souhaiter améliorer ses conditions de travail ou carrément changer de métier. À cet égard, le désir de ralentir, d’avoir des horaires plus flexibles ou de choisir son lieu de travail vaut son pesant d’or. On pourrait donc mettre à profit ses compétences professionnelles pour offrir des services de consultation ou se lancer à son compte. Certains emplois ont également la cote parmi les fervents du télétravail. Pensons aux postes de traducteur, d’informaticien, de comptable, de graphiste, de rédacteur Web, de prof en ligne, d’assistant virtuel, etc. Dans ce contexte, les passionnés de voyage peuvent joindre l’utile à l’agréable en gagnant un revenu tout en parcourant le monde.

Ainsi, une quarantaine de pays, dont le Costa Rica, le Canada, le Portugal, les Canaries, la Grèce et la Thaïlande offrent aux «nomades numériques» la possibilité de travailler à distance. Ce type de visa, plus flexible que le visa touristique, permet de vivre légalement loin de son pays d’origine. Il suffit généralement de fournir une attestation de son employeur ou une preuve d’une activité légitime de pigiste afin de prouver qu’on a les moyens financiers de vivre dans le pays. Le visa de nomade numérique est délivré pour quelques mois, voire plusieurs années.

Un retour aux études

Le désir de changer de carrière ou d’améliorer son sort peut aussi se traduire par un retour sur les bancs d’école, ce qui suppose de se priver d’un salaire ou de revenus pendant un certain temps. Dans le cas d’études à temps plein, on pourrait avoir droit au régime d’encouragement à l’éducation permanente (REEP), qui permet de puiser sans pénalité dans son régime enregistré d’épargne-retraite (REER) ou dans celui de son conjoint afin de financer ce projet.

Grâce au REEP, il est possible de retirer jusqu’à 10 000$ par année, pour une limite totale de 20 000$ sur une période de quatre ans. Et cet argent peut servir à d’autres fins que le paiement des frais d’admission et de scolarité. Le REEP permet donc de piger des sommes avant impôt, ce qui correspond ni plus ni moins à un prêt sans intérêt remboursable sur 10 ans. Il faudra par contre rembourser ces montants dans le délai prescrit, soit au plus tard la cinquième année après le premier retrait REEP. Les critères d’admissibilité étant assez stricts, il est important de bien se renseigner au préalable. Dans certains cas, il sera plus profitable de retirer des sommes du REER sans passer par le REEP. Si on est n’est pas admissible au REEP, le compte d’épargne libre d’impôt (CELI) s’avère un outil intéressant. On peut aussi vérifier si on a droit à une bourse, à un prêt étudiant ou encore à du soutien aux études de la part de son employeur.

Financer un projet d’études une fois qu’on est à la retraite requiert certaines précautions. Si on a peu de revenus et qu’on a droit au Supplément de revenu garanti (SRG), il pourrait s’avérer plus judicieux de retirer des sommes d’un compte non enregistré ou d’un CELI, puisqu’on ne paiera alors aucun impôt. Par ailleurs, l’Agence du revenu du Canada rappelle sur son site Web que la participation au REEP doit se faire avant la fin de l’année où l’étudiant atteint l’âge de 71 ans. En consultant un expert, comme un planificateur financier, on aura une meilleure idée des options qui s’offrent à nous.

La populaire sabbatique

On n’a pas toujours besoin de quitter son emploi pour s’accorder un répit bien réfléchi! En effet, beaucoup d’employeurs permettent à leur personnel de solliciter un congé sans solde de longue durée. Des sociétés comme Hydro-Québec prévoient même des clauses à cet effet dans leur convention collective. Et dans la fonction publique, on connaît tous un enseignant qui a déjà profité d’un tel congé. Mais à ce sujet, le secteur privé n’est pas en reste. «J’ai une amie qui travaille dans un bureau d’avocats et elle peut prendre une sabbatique de trois mois tous les sept ans», mentionne Sara Gilbert.

On gagne donc à bien s’informer sur ce qui est offert dans notre milieu de travail. Avec la pénurie de main-d’œuvre qui sévit dans plusieurs secteurs, une demande de congé prolongé pourrait être acceptée si ça permet de fidéliser un employé compétent. Bien souvent, la sabbatique ou congé à traitement différé sous-entend que le travailleur finance son absence en réduisant son salaire d’un certain pourcentage. Par exemple, pour un congé de 12 mois, la réduction salariale sera de 25 % pendant quatre ans ou de 20 % pendant cinq ans. Une formule qui permet à l’employé d’être rémunéré pendant son congé.

Le coup de pouce du sociofinancement

Le financement participatif ou sociofinancement a la cote. Il permet à une personne ou à une entreprise de récolter de l’argent par le biais d’une plateforme numérique afin de réaliser un projet précis.

Les montants recueillis peuvent financer des projets dans plusieurs domaines, comme les arts, la culture, l’éducation, la philanthropie, la santé et le bien-être. En échange de leur contribution, les donateurs reçoivent parfois des rabais, des articles promotionnels ou autres. La plupart des plateformes de sociofinancement exigent l’atteinte d’un objectif précis, autrement les fonds récoltés ne sont pas versés à celui ou celle qui a lancé la campagne.

Quelques exemples de sites connus? La Ruche, Yoyomolo (toutes deux des entreprises québécoises), Ulule et GoFundMe. Signalons enfin qu’il y a généralement des frais de transactions (d’environ 3%) et de service (autour de 5%) prélevés à même les contributions.

En mode action

Quel que soit le projet qu’on envisage, il faut réfléchir aux démarches à entreprendre pour qu’il devienne réalité. Et si nos finances sont serrées, on devra établir un budget afin de mieux comprendre où va notre argent et d’éventuellement changer nos habitudes de consommation. Pour un coup de main supplémentaire, il est également possible de recueillir des sommes grâce à une campagne de sociofinancement.

Préparer un budget exige deux éléments essentiels: avoir des objectifs et un plan d’action. On divise ensuite nos objectifs en projets à court, moyen et long terme. La sabbatique pour voyager ou retourner aux études est un projet à court ou moyen terme. En compilant pendant quelques mois nos dépenses fixes et variables, on cherche à dégager des surplus pour financer notre rêve. Des prélèvements automatisés sont un autre excellent moyen d’y parvenir. Ça exige bien sûr un certain effort. On peut demander de l’aide à l’Association coopérative d’économie familiale (ACEF) de notre quartier, qui offre des consultations budgétaires en personne, par téléphone ou en téléconsultation afin d’aider les gens à atteindre leurs objectifs. Si on fait plutôt appel à un planificateur financier, il pourra nous indiquer s’il est plus avantageux d’épargner dans un REER ou un CELI, par exemple.

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