Envoûtante Andalousie

Envoûtante Andalousie

Par Nathalie De Grandmont

Crédit photo: Henrique Ferreira via Unsplash

Patrie du soleil, des oliviers, des tapas et du flamenco, l’Andalousie recèle tant de mystères… Cette belle gitane nous ensorcelle avec ses villages blancs, ses anciennes médinas, ses jardins et ses palais des mille et une nuits! 

Au carrefour de la Méditerranée et des côtes africaines, l’Andalousie a été sous l’emprise des Romains, des Wisigoths et, surtout, des Maures, qui y établirent leur royaume Al-Andalus pendant plus de huit siècles, jusqu’à l’ultime conquête de Grenade par les rois catholiques, en 1492.

Cette même année, la découverte de l’Amérique par Christophe Colomb signe le début d’un autre âge d’or dans la région espagnole, sous le règne de Ferdinand d’Aragon et d’Isabelle de Castille. Les deux souverains y feront construire quantité d’églises et de palais, souvent à même les anciens alcazars et mosquées. Ce mélange d’influences donne beaucoup de charme aux villes andalouses, tout comme la variété des paysages, entre sierras enneigées et plages de la Costa del Sol. 


L’hiver au chaud

La Costa del Sol constitue souvent la porte de l’Andalousie pour les Québécois, en raison de ses températures clémentes (même en hiver), de ses nombreux terrains de golf et de ses stations balnéaires, qui se succèdent de Malaga à Marbella (la plus huppée), en passant par Torremolinos et Benalmádena, propices aux longs séjours. Au menu: lèche-vitrines, longues promenades, crevettes ou sardines grillées au bord de la plage et, bien sûr, farniente en admirant la mer et les montagnes.

C’est d’ailleurs dans ces altitudes que se niche Ronda, un des plus beaux et plus anciens villages blancs d’Andalousie, perché au cœur de la Sierra de las Nieves. Séparé en deux par un pont et une gorge spectaculaire (168 m de haut!), Ronda attirait beaucoup d’écrivains romantiques au XIXe siècle. On les comprend quand on découvre ses ruelles truffées d’églises, ses maisons aux fenêtres grillagées pour laisser passer l’air frais et ses caves où goûter le vin des sierras voisines. De l’autre côté du pont, la célèbre Plaza de Toros nous plonge dans l’univers de la tauromachie, si chère aux Andalous. Ces arènes de bois datant de 1795 ont vu défiler de nombreux toréadors légendaires, comme en témoignent les costumes, photos et objets du musée attenant.

Autre incontournable: Malaga. L’Alcazaba, une forteresse arabe érigée depuis plusieurs siècles, domine le port et la vieille ville, tous deux très animés. On peut y magasiner dans plusieurs avenues commerçantes piétonnes et y visiter plusieurs musées d’envergure. Celui consacré à Pablo Picasso, natif de la ville, offre un bel aperçu de son œuvre et de sa démarche artistique dans un ancien palais du XVIe siècle (museopicassomalaga.org). Pour casser la croûte, on se dirige ensuite vers le marché Atarazanas ou la bodega El Pimpi. Cette institution locale, aux murs et barriques couverts de signatures et de vieilles affiches de corridas, appartient à l’acteur Antonio Banderas (elpimpi.com). L’endroit idéal pour un petit verre de Virgen de Malaga, un vin doux local.

Sur les traces de l’Histoire

Cap sur Séville, l’actuelle capitale de l’Andalousie. Au XVe siècle, son fleuve, le Guadalquivir, était devenu LE carrefour du commerce vers le Nouveau Monde. Sa fameuse Torre del Oro servait même de coffre-fort pour l’or ramené du Pérou. Autrefois, cette tour était reliée à la forteresse du Real Alcázar, où nous attendent les anciens palais royaux des époques maure et chrétienne, bordés de jardins d’orangers. Juste en face, l’imposante cathédrale gothique abrite le tombeau de Christophe Colomb. Son clocher, la fameuse Giralda, n’est autre que l’ancien minaret d’une mosquée, tout cela au cœur de Santa Cruz, l’ancien quartier juif de la ville médiévale.

Difficile de ne pas se perdre dans le labyrinthe de ses ruelles, mais qu’importe: mieux vaut se laisser guider par nos sens… On hume les fleurs qui jonchent les balcons en fer forgé, on jette un coup d’œil par les portes entrouvertes pour admirer les cours typiques, avant de s’arrêter sur les placettes pour savourer un apéro et quelques tapas. Comme Séville revendique la paternité du flamenco, c’est aussi l’occasion d’aller voir un spectacle au Musée du flamenco (museoflamenco.com) ou dans un des tablaos (bars-restos) comme le Los Gallos, qui réunit sur scène plusieurs artistes de styles différents.

Rejoignons ensuite Cordoue, une autre belle andalouse qui compte pas moins de quatre sites classés au Patrimoine mondial de l’Unesco, dont l’ensemble de son centre historique, qu’on atteint en traversant un pont datant de l’époque romaine. C’est là que serpente le labyrinthe de l’ancienne médina, construit précisément pour confondre l’ennemi… Aujourd’hui, on y trouve de petits salons de thé, d’anciens palais devenus musées et des boutiques de souvenirs ou d’artisanat, notamment de cuir ou de céramique, deux traditions héritées de la période maure.

Souvent, entre deux ruelles, émerge la tour de l’étonnante Mezquita, le véritable trésor de Cordoue. Cette cathédrale fut construite au milieu d’une vaste mosquée, éblouissante avec ses arches mauresques bicolores à perte de vue. Ces arches reposent sur des colonnes de marbre que les Arabes avaient eux-mêmes récupérées d’anciens temples romains. Un endroit unique et émouvant! Les jardins de l’Alcázar, ornés de belles fontaines, et les anciens bains califaux, qui expliquent le fonctionnement des hammams de l’époque, valent également le détour.

 

L’ultime capitale

Mieux vaut réserver Grenade comme point d’orgue… La ville, dernière capitale maure des Nasrides pendant plus de deux siècles, se déploie tout en étages, sur plusieurs collines, au pied de la Sierra Nevada et de la citadelle de l’Alhambra. D’un côté, on distingue les collines et les cavernes du Sacromonte. De l’autre, la colline de l’Albaicin, l’ancien quartier arabe, que l’on rejoint en longeant le rio Darro. Le centre-ville en bas est dominé par l’imposante cathédrale, où reposent ces fameux rois catholiques, si souvent représentés sur les monuments. On y flâne dans l’ancien souk de la médina, les rues piétonnes et les places animées (comme la Bib-Rambla), où les pâtisseries orientales côtoient les bars à tapas.

Si la gastronomie andalouse nous intéresse, pourquoi ne pas participer à un circuit gourmand? Celui de Spain Food Sherpas (spainfoodsherpas.com/granada), par exemple, permet de goûter à de nombreuses spécialités régionales, dont des fromages, des huiles d’olive de qualité supérieure, des fruits et noix séchées (dont des hibiscus et des pamplemousses), le fameux pionono (dessert local créé pour un pape), des tapas et le fameux jambon ibérique, qui respecte toute une série de règles, de l’élevage du porc jusqu’à la coupe des tranches. Pendant plus de trois heures, on découvre aussi des commerces centenaires et des restaurants originaux, au rythme de nombreuses anecdotes sur le mode de vie des Andalous.

Le lendemain, le moment est venu de s’attaquer à l’Alhambra. Cet immense complexe englobe l’ancienne forteresse militaire (l’Alcazaba), l’ancien palais d’été et ses jardins (le Generalife) et, surtout, les Palais nasrides, qui représentent l’apogée de la période maure avec leurs pièces entièrement couvertes de céramiques et de stucs finement sculptés. Dans un bal d’ombres et de lumières, tous les arcs mauresques ouvrent sur des cours et des jardins où se marient l’arôme des orangers et le murmure des fontaines (alhambradegranada.org). Plus loin, le Generalife nous réserve des vues incroyables sur la ville, sans parler de ses allées de cyprès et de ses parterres fleuris.

Pour se reposer tout en restant dans l’ambiance, on peut s’offrir l’expérience des bains arabes. Le hammam Al-Andalus (granada.hammamalandalus.com) s’est brillamment inspiré des bains d’autrefois pour l’aménagement des bassins (chauds, froids et tièdes), tous décorés de céramiques, de stucs et de lampes de style arabe. S’y ajoutent l’éclairage tamisé des chandelles, les arômes d’huiles essentielles, le bruit des cascades dans les bassins et le thé à la menthe, qu’on déguste à volonté entre deux bains. Toute une expérience sensorielle!

En fin de journée, lorsque le soleil descend, on se promène dans les ruelles étroites de l’Albaicin. Cela grimpe un peu, certes, mais l’ambiance bohème et les panoramas inattendus sur l’Alhambra nous récompensent largement! L’idéal? Orchestrer la balade pour arriver au belvédère de San Nicolás un peu avant le coucher du soleil pour un moment magique: celui où l’Alhambra («la rouge», en arabe) embrase littéralement la ville. L’Andalousie conserve toujours quelques beautés et secrets en réserve, promettant mille et une autres découvertes à venir… 

En pratique

Y aller Air Transat propose des vols directs vers Malaga toute l’année, ainsi que de nombreux forfaits (dont des longs séjours) sur la côte, notamment à Benalmádena, et beaucoup d’excursions. Info: airtransat.com. L’autobus public 110 relie le centre de Malaga, Torremolinos et Benalmádena. Une gare (à Benalmádena-Pueblo) permet aussi de rejoindre Séville, Cordoue ou Grenade en train.

Quand En été, les températures frôlent les 40 ºC. Prévoyez donc les visites de sites le matin et en fin de journée. Pour l’Alhambra, mieux vaut acheter ses billets plusieurs semaines à l’avance. À noter aussi: Séville est très courue durant la semaine sainte, en raison des nombreuses processions et festivités religieuses, notamment dans le quartier de la Macarena. 

S’informer On visite les sites andalucia.org, visitcostadelsol.com ou spain.info.  

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